La Caravelle d'Or: Renaissance à Mérignac, entretien avec Richard Finell

Publié le par Jef

La Caravelle d'Or: Renaissance à Mérignac, entretien avec Richard Finell

Bonjour, Richard Finell. Vous créez l’évènement de la saison en février prochain au Pin Galant à Mérignac en mettant en scène une œuvre peu représentée du répertoire de Francis Lopez : La Caravelle d’Or. Chanteur, metteur en scène, ancien directeur du festival de Rochefort-sur-Mer, propriétaires des droits de nombreuses opérettes, vous êtes un passionné de lyrique.
Comment vous est venu cette passion pour l’opéret
te ?

C’est à 4 ans que j’ai découvert l’opérette en assistant à une représentation du Prince de Madrid au Châtelet. En voyant apparaître Luis Mariano, je me suis écrié : « Je ferai cela et je chanterai ce qu’il chante ». Dieu a permis que ma tessiture de ténor corresponde aux ouvrages de Francis Lopez, auprès duquel j’ai collaboré 15 années et dont je fus le dernier créateur à Paris.

Vous avez débuté tout jeune au théâtre de la Renaissance. Quel souvenir gardez-vous de cette période ?

A l’âge de 16 ans, Francis Lopez m’a engagé au théâtre de la Renaissance à Paris et si l’on peut discuter le choix des pièces, les distributions et le montage de certaines créations, il n’en reste pas moins que cette époque est la dernière glorieuse pour l’opérette à Paris. Je ne peux qu’en garder un souvenir ému et nostalgique, surtout quand je pense à ma grande amie, Anja Lopez, trop vite disparue….On peut critiquer cette époque, il n’empèche que ceux qui tentent d’écrire aujourd’hui des spectacles musicaux dont on nous rabat les oreilles n’ont pas fait mieux ! Alors….

1989, année du bicentenaire, connaît votre première opérette avec Francis Lopez, La Marseillaise. Créée à Rochefort, puis à l’Eldorado et même reprise en 1992, comment s’est concrétisé cette création atypique d’une opérette de Francis Lopez sur la Révolution Française ?

Devenu directeur du théâtre de Rochefort-sur-Mer à 25 ans, je commandais une création à mon ami Lopez. Le bicentenaire de la Révolution Française a servi de support pour l’écriture. Paradoxe pour moi, qui suis royaliste et grand soutien du comte de Paris. Mais le théâtre n’a pas de frontières, ni d’états d’âmes. Quand un sujet est bon, il faut lui donner vie. Devenant directeur artistique du théâtre de l’Eldorado à Paris, cette œuvre fut créé dans la capitale quelques mois plus tard et reste la dernière grande partition de Francis Lopez.

En tant que directeur du festival de Rochefort, vous avez eu une programmation des plus originales en proposant des œuvres peu jouées. Ne regrettez-vous pas ces moments où vous avez pu redonner la vie à Michel Strogoff, Les Amants de Venise, Naples au baiser de feu ou Venise ?

Je regrette et déplore surtout l’inculture et la facilité stupides de certains directeurs de théâtre ou de tournée, à remonter toujours les mêmes ouvrages, sous prétexte de rentabilité…Faux. D’autres titres font aussi recettes. J’en suis le témoin et l’acteur. Trop de dits « metteur s ne espace » se plaisent à détruire les pièces existantes sous couvert de modernité. Qu’ils écrivent à leur tour et l’on jugera.

Si vous aviez pu continuer votre lancée à Rochefort, quelles œuvres auriez-vous fait renaître ?

J’aurai sans doute monté Pour Don Carlos, Les 3 Mousquetaires, le Secret de Marco Polo, La Danseuse aux Etoiles, Rose de France, Les Amours de Don Juan, Maria-Flora…..


Depuis quelques années, vous êtes passez de l’autre coté de la fosse d’orchestre et mettez en scène des opérettes ? Que vous apporte de plus cette nouvelle activité ?

Beaucoup de joies et la possibilité de remonter des ouvrages oubliés, dans l’esprit et le respect des auteurs, de vivre ou revivre des moments de rêve, chers à l’opérette à grand spectacle, de créer aussi. Mon opérette : La Valse royale a été jouée un an au théâtre Déjazet à Paris en 1994. Que de souvenirs qui ne demandent qu’à devenir quotidiens et réalité !

Pourquoi vouloir reprendre La Caravelle d’Or ? A cause de Luis Mariano ?

La Caravelle d’Or reste pour moi mon plus beau souvenir théâtral. Un livret bien ficelé par Jean Valmy, des couplets dus au poète de la chanson Jacques Plante, une musique pétillante et lyrique due au talent de Lopez.
Si le livret n’est pas sans évoquer le Don Carlos de Schiller, si la partie comique semble tout droit sortie des pièces de Molière, si la musique emporte le spectateur vers des rivages nouveaux et inattendus, alors la Caravelle d’Or réuni bien tout ce que j’aime : le faste, les décors, les costumes et la féerie du spectacle de divertissement. Cette Caravelle est une des plus grandes opérettes de Francis Lopez et nous la fêterons en rendant hommage aux 40 ans de sa création, au 40e anniversaire de la mort de Luis Mariano et du 15e anniversaire de la mort de Francis Lopez. Un bel hommage à Mérignac le 12 et 14 février 2010.
En 1993, j’avais déjà remonté la Caravelle d’Or sous chapiteau avec trois plateaux panoramiques, chevaux, carrosses, cascadeurs, etc… Lors d’un festival que j’avais créé à Cerisiers dans l’Yonne, j’y interprétais Don Predo de Bragance et assurait la mise en scène. Puis, lors de la disparition de Francis Lopez, en 1995, l’ouvrage fut remonté pour palier le manque laissé par le défunt, non à l’Eldorado comme annoncée, mais au Trianon pour 17 représentations. 15 après, elle revoit le jour à Mérignac grâce à la volonté de Jean-Paul Burle, directeur, véritable animateur, et pour cette reprise, j’abandonne le rôle créé par Luis Mariano pour me consacrer à la production et à la mise en scène. Mais je n’abandonne pas ma carrière de chanteur pour
autant.

La Caravelle d’Or n’est pas un petit spectacle. Dans votre mise en scène à Mérignac, allez-vous être fidèle à l’esprit grand spectacle de la version d’origine ou prendre le parti de revoir le livret et de condenser cette opérette en deux actes et 38 tableaux ?

Je resterai fidèle à l’esprit de la création en comprenant bien que ni le lieu ni les moyens ne sont ceux du Châtelet. C’est une production neuve et les costumes et décors sont encore à la confection grâce à ma société « Féérie costumes ». Aucun tableau n’est coupé. Parfois, certains tableaux sont adaptés pour les besoins de la mise en scène, plus interactifs, éféistes avec des changements à vue… Mais chut, ne révélons pas tout.

Vous allez travailler avec le chef d’orchestre Thierry Stallano. Comme pour la mise-en-scène allez vous être proche de la partition originale et nous proposer l’intégralité de ce qu’on pu entendre les spectateurs du Châtelet en 1969 ou être tenter par une nouvelle orchestration ?

Thierry Stallano est très respectueux de la partition et est un excellent chef d’orchestre, qui aime le style lopézien. Il n’est aucunement question de réorchestrer l’ouvrage dont les arrangements de Bernard Gérard étaient savants et novateurs. Dépoussiérer sans dénaturer. Voila ma devise qui devrait être plus respectée

La distribution de votre spectacle est assez jeune. Comment l’avez-vous constituée ? Qui va succéder à Luis Mariano et à vous dans le rôle de Don Pedro de Bragance ?

Après auditions ou simplement en faisant confiance à de nouveaux talents qui m’ont accompagné dans différents spectacles. Richard Bousquet sera mon successeur dans le rôle de Don Pedro de Bragance. C’est un jeune ténor bon comédien. La distribution est composée de chanteurs dans les rôles de chanteurs et de comédiens dans les rôles parlés, ainsi chacun sera à sa place.

L’évènement sera-t’il marqué par la diffusion d’un Cd ou un DvD ?

Ce n’est pas à l’ordre du jour.

Je suppose que La Caravelle d’Or va naviguer dans toute la France. Où la ferez vous accoster ensuite ?

En novembre 2010, Lagny Opérette accueillera le spectacle pour trois représentations à Lagny-sur-Marne et j’espère que son voyage ne va pas s’arrêter en si bon chemin.

Quels sont vos projets ? Quelle opérette aimeriez-vous ressusciter ?

J’aimerai remonter Sissi, La Belle Otéro et Les Mille et une nuits, qui furent écrites pour moi et peut être revenir à des ouvrages que je n’ai pas eu le temps de représenter à Rochefort. Dans un délai proche, je mets en scène Faust et le Chanteur de Mexico tout en continuant de composer la musique d’un opéra sur un livret du comte de Paris. Mais cela est une autre histoire, une autre aventure, mais toujours du bonheur.

Merci Beaucoup Richard Finell pour ce long entretien et tous nos vœux de réussite pour votre Caravelle.

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