Orphée aux Enfers par la Cala à Lyon, entretien avec Fabien Attias

Publié le par Jef

Orphée aux Enfers par la Cala à Lyon, entretien avec Fabien Attias

« Je suis Cupidon, Mon amour ……. » fera bientôt l’école buissonnière à Lyon, à la Bourse du travail, pour deux représentations les 6 et 7 février. La CALA, théâtre d’opérette de Lyon, va réchauffer la capitale des Gaules avec les rythmes endiablées, où plutôt plutoniens, du premier grand succès de Jacques Offenbach : Orphée aux Enfers.

Créé en 1858 au théâtre des Bouffes-Parisiens, d’abord dans une version en deux actes, Jacques Offenbach suscite l’événement par ce détournement irrévérencieux de ce mythe jusque là intouchable. L’humour et le scandale du livret additionnés à l’innovante musique du maître du Second-Empire en font un succès dès sa première série de représentations. Succès qui semble relancer son auguste aîné, Hector Berlioz révise la partition de Gluck qui est représentée au théâtre Lyrique en 1859 avec Pauline Viardot. Jacques Offenbach proposera une seconde version en 1874, en quatre actes cette fois-ci, au théâtre de la Gaité-Lyrique. C’est cette version qui est le plus souvent reprise et enregistrée de nos jours.

Dans une mise en scène de Frédéric L’Huillier et sous la baguette d’Andreï Chevtchouk, Karine Gossart (Eurydice) pourra se disputer avec Philippe Nonce (Orphée) avant d’être ravie par Jean-Noël Poggiali (Aristée-Pluton) et lorgnée par Patrice Berger (Jupiter) qui se posera sur elle sous la forme d’une délicate mouche.

En avant première, Fabien Attias nous reçoit pour nous parler de la CALA mais aussi de ce spectacle passionnant.

Bonjour Fabien Attias, vous êtes l’heureux directeur de la compagnie Cala de Lyon et le grand animateur de tout ce qui concerne l’opérette dans la deuxième ville de France. Ce goût passionné pour l’opérette vous a pris assez tôt, il me semble ?

J’ai commencé à chanter à 8/9 ans dans la maîtrise de l’Opéra d’Oran (Carmen, Werther, etc.), puis tout naturellement je suis resté dans le milieu. L’expérience de l’Opéra d’Oran avec un opéra et une opérette par semaine a été décisive pour ma connaissance du répertoire.

Vous abordez ensuite le conservatoire avec des professeurs aussi illustre que Jacqueline Brumaire, Paul Finel ou Alain Vanzo. Quels souvenirs gardez-vous de leur enseignement ?

Jacqueline Brumaire m’a enseigné la solidité technique, Paul Finel, les ficelles du métier, et Alain Vanzo, tout le reste en plus de son amitié qui m’honore. J’ai terminé mes études totalement paré : prix de chant, art lyrique, mélodie, et opérette.

Ainsi, suit une carrière de chanteur lyrique et vous avez parcouru toute la France avec un répertoire mêlant l’opéra à l’opérette. Quelles étaient vos préférences ?

J’ai beaucoup chanté Gontran des Mousquetaires, Parîs de belle Hélène, et aussi Sou-chong, mais mon tempérament méditerranéen et le timbre de ma voix m’ont conduit vers le répertoire Lopezien où j’excellais dans Cadix, Mexico, Andalousie, etc…Quelques opéras comme Les pécheurs de Perle, Rigoletto mais surtout j’ai eu mes plus belles émotions avec Bohème plus tard.

Et puis vient cette expérience fantastique de la CALA ? Comment est né cette aventure ?

En troupe à l’Opéra de Lyon, j’ai eu l’opportunité d’organiser quelques concerts d’opérette avec quelques collègues, puis très vite la demande s’est intensifiée au point de produire des opérettes intégrales pour les centres culturels de la région. J’ai profité de mes libertés de l’Opéra pour créer la compagnie Cala et produire les premières saisons d’opérettes à Lyon, voici près de 20 ans. Depuis j’ai quitté l’Opéra de Lyon pour ne me consacrer qu’à l’Opérette avec le soutien de la ville de Lyon à laquelle je suis lié par une convention.

Orphée aux Enfers par la Cala à Lyon, entretien avec Fabien Attias

Vous proposez chaque année 5 opérettes toutes périodes. Comment effectuez-vous le choix ?

Principalement en se rapprochant des goûts de notre public que nous connaissons bien maintenant, afin d’avoir le plus de chance possible de remplir la salle. Car, pratiquement sans subventions, nous sommes condamnés à boucler les budgets avec la seule recette, sous peine de faire faillite, d’où notre impossibilité de tenter des « expériences » hasardeuses.

Quel est le public de l’opérette à Lyon ? Envers le jeune public, vous avez une politique particulière ?

Bien sûr, vous vous en doutez, une majorité de retraités et des actifs entre 50 et 60 ans, pour nos abonnés, mais le samedi soir, le public se rajeunit beaucoup. Nous totalisons près de 1800 abonnés et enregistrons plus de 20000 entrées par saison. Enfin, nous avons un tarif de -50 % pour les moins de 25 ans.

Quels sont les effectifs de vos productions (musiciens, choristes, danseurs) ?

Entre 18 et 25 musiciens selon les ouvrages, 20 à 24 choristes, 8 à 10 danseurs. Sauf pour Nabucco en fin mars où nous aurons 80 choristes.

Quelle est la recette en 2010 pour faire d’une opérette un spectacle réussi ?

Surtout une distribution qui « colle » le plus possible aux profils des rôles tant en âge qu’en caractère. Je tiens à l’importance de la qualité vocale mais aussi de la comédie et de la danse. Un artiste d’Opérette doit être complet. Ensuite, un bon orchestre, un bon cadre de chœurs, des chorégraphies plaisantes, des décors et costumes homogènes font le reste.

Comment s’est passé ce début de saison à Lyon ?

Nous commençons à subir les effets de la crise, car nous n’avons pas eu assez de monde pour Dédé, ni pour La Belle de Cadix. Heureusement il y a eu la Veuve Joyeuse pour les fêtes, mais nous ne sommes qu’au milieu du gué, nous verrons à la fin de la saison…

Vous présentez en février Orphée aux Enfers, le premier grand succès de Jacques Offenbach. Pourquoi Orphée et pas une autre œuvre du Mozart des Champs-Elysées ?

Tout simplement parce que c’est le seul ouvrage d’Offenbach que nous n’avons jamais programmé à Lyon, alors que nous avons joué plusieurs fois tous les autres.

Plus de 10 ans après la mémorable production de l’opéra de Lyon avec Dessay et dirigé par Minkowski, enregistrée aussi bien en cd qu’en dvd, sans doute encore dans les mémoires des lyonnais, que va apporter cette nouvelle production ?

J’ai demandé à Frederic L’Huillier dont on connaît les qualités de mise en scène, de me créer une version un peu déjantée tout en respectant l’esprit d’Offenbach. Me basant sur sa dernière géniale production de « La vie Parisienne », je lui ai demandé de récidiver avec Orphée.

Pour conduire cet Orphée, vous avez fait appel à Andréï CHEVTCHOUK. Nous proposera-til la version de 1858 en deux actes ou celle de 1874 en quatre actes ?

Je pense qu’en accord avec F. L’Huillier on se dirige sur une version de 1874 en 3 actes et 4 tableaux. Je vous le confirmerai …

Orphée nécessite de nombreux chanteurs solistes. Comment avez-vous composé votre distribution ?

Le couple Jupiter- Eurydice sera Patrice Berger et Karine Gossart, Orphée sera Philippe Noncle. Autour quelques artistes invités mais surtout tous les solistes de notre troupe auxquels se joignent les artistes lyonnais issus de l’Opéra et des grandes structures lyonnaises.

Vous me semblez sensible aux nouveaux talents ? Comment les repérez-vous ?

Sur audition principalement mais aussi, certains me sont adressés par nos partenaires avec lesquels nous entretenons des contacts permanents : Pierre Sybil à Aix, F. L’Huillier à Lamalou, J.Jacques Chazalet à Marseille, etc…

Après Orphée, qui n’est pas souvent joué, quelles raretés vous nous proposerez dans les prochaines saisons ?

Très peu pour les raisons que j’ai dites plus haut, car notre public ne vient pas si le titre est, tant soit peu tombé dans l’oubli, et je ne peux prendre de risques.

Une envie particulière peut-être ?

Oui … que çà dure le plus longtemps possible … !

Merci Fabien Attias pour cet entretien et bonne chance pour votre Orphée.

Dossier réalisé par Jef. Tous droits réservés.
©INF'OPERETTE L'Opérette c'est la fête

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