Le Vaisseau fantôme au théâtre de Caen...Même pas peur

Publié le par Jef

Crédits photographiques : © Grégory Batardon

Crédits photographiques : © Grégory Batardon

Quelle joie en début de saison de lire sur le dépliant que notre théâtre municipal présenterait cette saison un opéra de Wagner. Pas besoin de courir à Paris, à Toulouse, à Bordeaux, voire à Bayreuth pour entendre la musique de mon compositeur préféré. Surprise, Daland était remplacé par Donald et Eric par Georg. Le théâtre de Caen nous proposait une autre version, la version de Paris. Il existait donc une autre version que la version officielle, une version parisienne. Je suis alors tombé dans mon Avant scène Opéra pour apprendre que les esquisses d’orchestre avait été composés à Meudon. Donc, une version de Meudon…mais comme le dirait Reynaldo Hahn, Meudon…c’est pas Paris, c’est sa banlieue.

Le programme du spectacle nous apprend que le compositeur ne cessa de modifier son drame jusqu’en 1860 où il ajouta à l’ouverture et au final du 3e acte les motifs de la rédemption. Arrivé à Paris, grâce à des lettres de recommandation, notamment celle de Meyerbeer, Wagner propose en 1840 au directeur de l’Opéra l’idée d’un opéra sur la légende du Hollandais maudit et de son navire de fantômes. Léon Pillet, alors directeur, en est ravi mais propose de lui racheter l’idée pour la donner à un autre compositeur, ce qui est conclu le 2 juillet 1841. Pendant toutes ces tractations, Wagner décide de composer un Vaisseau Fantôme destiné à l’Allemagne et il écrit un manuscrit qu’il termine en août 1841 à Meudon. Seule l’ouverture manque encore. Il l’écrit à Paris, ayant quitté Meudon. Après de nombreuses vicissitudes, Der Fliegende Holländer est créé à Dresde en le 2 janvier 1843.

Tout naïf que j’étais, je pensais qu’une version de Paris serait en français. Grave erreur, la version de Paris a été écrite pour l’Allemagne. La version française ne sera créée qu’en 1872 pour Bruxelles et ce n’est qu’en 1897 que les parisiens pourront l’entendre à l’Opéra-Comique. Tant pis, cela ne fera que mon cinquième Fliegende en langue originale. Bien installé dans mon fauteuil presque tout neuf, le théâtre vient de rouvrir flambant neuf en janvier, j’applaudis, confiant, l’arrivée du chef d’orchestre François-Xavier Roth que j’avais apprécié dans une belle reprise de Mignon en 2010 à l’Opéra-Comique. L’ouverture débute donnant le ton à tout le reste de l’œuvre. Un son riquiqui, des vents plus ou moins justes, des couacs, des cordes peu nombreuses d’où sortaient parfois des vieux relents de sonorités « baroques ». Certes, les musiciens de l’orchestre « Les Siècles » jouent sur « des instruments historiques appropriés ». Mais, mince, le résultat n’est pas probant. L’inspiration de Wagner pour cette œuvre vient de ses mésaventures en mer du Nord lors d’une traversée de Riga à Londres où il dû subir plusieurs tempêtes. Mais, là, pas cette sensation de rouleaux immenses, d’écumes, de vent, de tempêtes, pas cette impression que l’on va chavirer à tout instant….rien, plutôt ambiance clapotis sur la méditerranée à Palavas-les-Flots.

Et ce n’est pas la mise-en-scène qui fait chavirer. D’ailleurs peut-on réellement parler de mise-en-scène quand le Hollandais et Senta chantent une grande partie de leur duo face au public, sans bouger, comme si nous étions en version concert. Je peux comprendre le postulat de départ : toute cette histoire est dans la tête de Senta que l’on voit du début jusqu’à la fin sur scène, dans une affreuse liquette rose. L’idée n’est pas mauvaise et le décor, très sobre, peut faire penser à une des cases, vides, de son pauvre cerveau. De bonnes idées tout de même avec l’arrivée du Hollandais, empêtré dans une longue traîne, prisonnier des voiles de son navire, sortant de cela comme un affreux insecte de son cocon. Les déplacements des chœurs étaient bien pensés, du tangage des marins au premier acte, à la scène d’introduction de la ballade et tout le 3e acte, seul moment réellement saisissant dans le fameux duo entre les fantômes et les matelots norvégiens. Mais tout cela tourne court. La pauvre Senta s’écrase sur le fond blanc comme ses oiseaux idiots qui se tapent dans les vitres l’été car ils n’appréhendent pas bien la réflexion de la lumière sur ce support.

Heureusement, le plateau est lui magnifique et digne des plus grandes maisons d’opéra. Ingela Brimberg est une Senta bien chantante, convaincante qui se plie obéissante à tous les caprices de cette mise en espace. Voix assurée, elle s’impose jusqu’à ces dernières notes. Belle émotion aussi avec Alfred Walker et Liang Li. Me semblant un peu impressionné dans son premier air, Marcel Reijans se rattrape rapidement. Les chœurs ont été beaucoup applaudis. C’était bien mérité.

Ne boutons pas notre plaisir, j’ai eu enfin le plaisir d’entendre du Wagner à Caen et de découvrir des voix nouvelles. Le plateau vocal sauve le spectacle et de nombreux spectateurs ressortent satisfaits d’avoir pu entendre de belles et grandes voix.

En relisant le programme, je me suis pourtant interrogé. Les chanteurs français sont dans le chœur. N’y a-t-il plus de chanteurs français pour interpréter les rôles principaux ? Crespin, Blanc et plus près de nous Denize et Laffont étaient-ils les derniers ?

Direction : François-Xavier Roth

Mise en scène : Alexander Schulin

Donald : Liang Li

Senta : Ingela Brimberg

Georg : Marcel Reijans

Mary : Kismara Pëssati

Steuermann : Maximilian Schmitt

Holländer : Alfred Walker

Chœur et Orchestre des Siècles,

Crédits photographiques : © Grégory Batardon

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