Une gamine charmante à l’Athénée...Phi-Phi retrouve Paris

Publié le par Jef

Une gamine charmante à l’Athénée...Phi-Phi retrouve Paris

Après plus de vingt ans d’absence, Phi Phi revient à Paris dans une mise en scène des plus inventives. Le chef d’orchestre et chanteur Christophe Grapperon nous raconte comment il va mettre en valeur cette partition qui n’a pas pris une ride.

Bonjour Christophe Grapperon, vous êtes le chef d’orchestre de la reprise de Phi-Phi à l’Athénée. Quelle partition allez-vous nous servir ? Originale ou réorchestration ?

La partition de Phi-Phi a eu de nombreuses versions, tout d’abord parce que l’effectif de la création était déterminé par les conditions particulières d’un temps de guerre, et d’autre part parce que son succès est tel que les projets les plus divers se sont emparés de l’œuvre.
Notre réflexion, avec Loïc Boissier le directeur artistique de la compagnie, Thibault Perrine, l’orchestrateur, et Christophe Mirambeau, a consisté à trouver un terrain commun entre ces deux chemins : l’esprit de la création d’une part et les habitudes de jeux et d’écoute de notre époque d’autre part.

Dès le départ, la compagnie Les Brigands parie que les œuvres choisies pourront être jouées par un petit effectif instrumental et vocal. On facilite du coup la production des œuvres dans des lieux qui ne pourraient pas accueillir la forme originale parce que trop imposante ou trop coûteuse.

Mais en définitive, le pragmatisme, quand bien même il revêt un intérêt de diffusion culturelle capital, ne supplante pas l’intérêt musical que cet exercice commande : je remarque que de tout temps la transcription a été non seulement un moyen de connaissance et de diffusion mais aussi un acte artistique. C’est ainsi que dans chacun de nos spectacles, la transcription pour un ensemble vocal limité aux solistes et l’orchestration pour un ensemble instrumental plus léger est une démarche authentique, sincère de recréation respectue
use de son aînée.

Une gamine charmante à l’Athénée...Phi-Phi retrouve Paris

Quel sera votre effectif dans la fosse du théâtre ?

Lors de la création le 12 novembre 1918 au théâtre des bouffes-Parisiens, l’orchestre était certainement composé de 9 poly-instrumentistes : cinq instrumentistes à vent jouant au moins de deux instruments différents, deux cordes (violon contrebasse), et un piano (qui certainement dirigeait). Nous avons repris cet effectif en le transposant à notre pratique musicale : les musiciens sont davantage spécialistes de leur instrument. Nous avons préféré réduire au final la nomenclature instrumentale mais garder l’excellence des musiciens qui jouent régulièrement avec la compagnie. Thibault Perrine a donc fait une nouvelle et magnifique orchestration pour ce spectacle, mais a œuvré également dans la perspective de pouvoir proposer une partition « adéquate» pour les productions à venir de Phi-Phi.

Qu’est ce qui a fait le succès de Phi-Phi ? Ce succès va-t’il se poursuivre en 2010 ?

Je ne peux m’empêcher de dire à quel point le genre de l’opéra bouffe ou de l’opérette est un « poil à gratter » qui agit sur nous quelle que soit l’époque à laquelle il est joué : le succès est à chercher d’abord dans l’oeuvre elle-même.

Je n’arriverai pas ici à faire un tour exhaustif des ses qualités qui l’ont propulsé au panthéon des opérettes les plus jouées dans le monde…

Mais je peux pointer déjà le génie mélodique d’Henri Christiné. Son art est tel que nous découvrons ses mélodies comme si nous les connaissions déjà, et on repart avec au moins deux ou trois airs solidement ancrés dans nos têtes ! C’est en effet une période ou chaque ouvrage devra produire des « tubes » et de laquelle Albert Willemetz dira avec la verve qui le fit connaître « C 'est un des rares métiers qui permettent à un poète de transformer sa lyre en tirelire »…

Henri Christiné signe par ailleurs une partition qui reste encore dans le sillage des maîtres (Messagers, Terrasse, Offenbach) prenant le public là où il était resté avant la guerre. D’un autre côté il a l’intuition géniale des autodidactes de ne pas charger son écriture, favorisant la syncope ou la simple pompe, laissant entrevoir la prochaine influence décisive du jazz, ouvrant la voix à des compositeurs non moins géniaux comme Maurice Yvain, Raoul More
tti ou Marcel Lattès…

Visuellement, que va nous montrer Johanny Bert ? Qu’en pensez-vous ?

Je dois ici dire la joie que j’ai de travailler avec des artistes soucieux du discourt musical comme par exemple Jean Philippe Salériot (la cour du roi Pétaud) ou ici Johanny Bert.
Johanny Bert aime jouer avec le rapport qu’entretient la forme marionnetique avec les acteurs. Je trouve ce partit pris très pertinent pour une oeuvre comme Phi-Phi car il crée une distance avec le propos des personnages. Après quelque représentation, nous mesurons à quel point cela construit un écrin qui permet d’entendre la musique de Christiné et de savourer la truculence du texte de Willemetz.

Le travail avec les marionnettes nous a obligé à beaucoup de rigueur et de précision, ce qui n’a pas empêché que le croisement entre chanteurs et marionnettistes ait été d’une très grande fécondité qui a alimenté une ambiance de travail entre nous tous assez remarquable.

Pendant le travail Johanny s’est montré être une oreille particulièrement sensible et pertinente, et il nous a été très facile de présenter in fine quasiment l’intégralité de la mu
sique de Phi-Phi.

Une gamine charmante à l’Athénée...Phi-Phi retrouve Paris

Depuis Arsène Lupin banquier, vous avez quitté la scène pour la fosse. Un autre univers ? Entre les deux, votre cœur balance ?

Vous avez raison de souligner cette ambivalence entre la scène et la fosse. Quand j’étais petit, je voulais être chef d’orchestre ; quand j’ai commencé mes études de direction, je me suis aperçu qu’il fallait aussi savoir diriger des chanteurs, et j’ai commencé le chant qui m’a, entre autres, amené sur scène ; je renoue avec mon rêve d’enfant quand je descends dans la fosse avec l’orchestre … Mais je ne peux m’empêcher d’être sensible aux sirènes de la rampe, répondant parfois aux sollicitations des metteurs en scène : que ce soit l’an dernier avec Philippe Nicolle qui a inclut à mon plus grand plaisir le chef d’orchestre et l’orchestre lui-même dans tout le dispositif théâtral, ou encore avec Philippe Labonne dans « Arsène Lupin banquier » qui propulsait le chef d’orchestre en inspecteur Guerchard. Dans Phi-Phi, je fais aussi l’homme politique Péricles. Jongler avec la fosse et un petit rôle donne beaucoup de relief, pour le spectateur mais aussi dans ma pratique : je dois par exemple être concentrer quasiment deux fois plus !...

Je suis convaincu que la musique est comme une « inconscience » qui colore, oriente les situations théâtrales ou les états d’âme des personnages. En déplaçant le chef d'orchestre un peu plus vers le théâtre, on rend un peu plus évidents les liens dramaturgiques qui unissent intrinsèquement le plateau et l’orc
hestre.

Après l’Athénée, Phi-Phi va-t’il partir en tournée dans toute la France ?

Après notre passage au théâtre de l’Athénée, nous partirons pour Arras (15-16/01), Elbeuf (25/01), Lons-Le-Saunier (30/01), Niort (27/01), Miramas (5/02) puis Besançon (10/02).
Nous avons créé à La Rochelle en octobre, et la fidélité dont nous témoignent l’équipe de La Coursive à La Rochelle et celle de l’Athénée en nous permettant ces belles résidences, est non seulement une grande chance mais aussi une condition « sine qua non » pour faire aboutir un travail d’une aussi grande exigence que celui que nous présentons cette ann
ée.


Depuis Toi c’est Moi, la compagnie des Brigands a beaucoup travaillé sur le répertoire de l’entre deux guerres ? Reverrons nous des redécouvertes du répertoire de Jacques Offenbach comme Le Docteur Ox ?

Au début, la compagnie avait entamé une trilogie Offenbach, avec « Barbe Bleue » en 2001, « Geneviève de Brabant » en 2002, et « Docteur Ox » en 2004. Puis elle a entamé une trilogie Willemetz avec « ta bouche » « Toi c’est moi » et « Arsène Lupin Banquier » .
Il est des auteurs comme des compositeurs qui attachent : le génie d’Offenbach nous a incité à donner « les brigands », et de retrouver avec Phi-Phi celui de Willemetz.
Je dois avouer que grâce à la sagacité de notre chef de chant Nicolas Ducloux- grand spécialiste de tout ce répertoire – la découverte de « La cour du roi Pétaud » a été pour l’ensemble des artistes de la compagnie, une grande rencontre musicale avec Léo Delibes qui signe ici une partition d’une beauté remarquable. C’est dire notre sympathie pour le répertoire du XIXème qui présente une très grande diversité d’esthétiques : qu’on pense à Offenbach ou Messager, Lecocq ou Delibes, Terrasse ou Bizet en passant par
Hervé…

Et l’opérette ou la comédie musicale d’après guerre?

Le choix de l’oeuvre est le fruit d’une longue maturation tant il est décisif !...
Et en effet le répertoire du théâtre lyrique léger est d’une ampleur qui donne le vertige : on ne sait où donner de la tête tant il y a encore des œuvres dont on se dit qu’elles sont faites pour la compagnie !
...

Merci Christophe Grapperon pour cette entretien.

Distribution



Direction musicale : Christophe Grapperon
Mise en scène : Johanny Bert
Compagnie Les Brigands

Assistant à la mise en scène : Thomas Gornet
Orchestration : Thibault Perrine
Scénographie : Audrey Vuong
Chorégraphie : Jean-Marc Hoolbecq
Costumes : Élisabeth de Sauverzac
Lumières : Jean-Francois Breut
Marionnettes : Einat Landais
chef de chant : Nicolas Ducloux


Phi-Phi : Gilles Bugeaud
Madame Phidias : Emmanuelle Goizé
Périclès : Christophe Grapperon
Ardimédon : Olivier Hernandez
Aspasie : Lara Neumann
Le Pirée : Antoine Sastre

Les Modèles
Florence Andrieu, Nadine Béchade, Marie Blondel, Alexandra Courquet, Nathalie Davoine
Laetitia Le Mesle, Isabelle Monier-Esquis, Laure Pierredon, Marion Sicre

Les musiciens
Violon : Pablo Schatzman, Benjamin Fabre
Violoncelle : Annabelle Brey, Jérôme Huille, Marlène Rivière
Contrebasse : Nicolas Crosse, Benjamin Thabuy
Piano : Nicolas Ducloux
Flûte : Boris Grelier, Claire Luquiens
Clarinette : François Miquel, Christian Laborie, Julien Chabod
Saxophone : Émilie Heurtevent
Trompette : André Feydy, Vincent Mitterrand, Rodolphe Puechbroussous
Trombone : Frédéric Lucchi



Sources :
Dossier de presse
Crédit photo: Elisabeth de Sauverzac.


Propos recueillis et dossier réalisé par Jef
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