Un Bal au Savoy inoubliable à Budapest

Publié le par Jef

Un Bal au Savoy inoubliable à Budapest

Après l'Allemagne en juin dernier, notre ami Frederico parcourt toujours l'Europe et pose ses valises en Hongrie au théâtre d'opérette de Budapest pour nous parler d'une représentation exceptionnelle: une opérette peu connue de Paul Abraham.

Inédite en France (alors qu’on la donne aux Usa, en Angleterre, Allemagne etc…), cette opérette de Paul Abraham possède tous les ingrédients du genre : un bon livret certes à la trame classique du couple et de la maîtresse, une musique idéale sachant mêler des valses à des rythmes anglo-saxons, bref tous les éléments pour passer une bonne soirée et c’est le cas.

Le théâtre d’Opérette de Budapest possède trois salles de différentes capacités ce qui permet certains soirs de donner trois spectacles de genre différents (sans compter un autre théâtre de la capitale spécialisé dans les comédies musicales).

« Bal au Savoy « est donné dans la petite salle du Théâtre (100 places) qui est réservée aux créations ou bien aux œuvres à petit effectif (en France pour le répertoire des « Dédé », « Pas sur la bouche » et consorts). C’est dans cette configuration de chambre que le travail remarquable de la troupe prend tout son sens. Avec les acteurs à deux mètres des premiers spectateurs pas de possibilités de tricher. On est bon ou on ne l’est pas. Le moindre défaut vocal, un pas de danse mal maîtrisé, une petite baisse de régime, tout est immédiatement perçu par le public. Il faut donc se donner à deux cent pour cent. L’homogénéité scénique, la complicité entre les chanteurs, la maîtrise des rôles sont évidents. Voila pourquoi le travail de troupe reste pour moi comme pour beaucoup, artistiquement la seule formule viable.

La mise en scène est très inventive, avec un jeu de tiroirs alternativement lits, tables ou bar et même jakusi avec le couple de jeunes mariés couverts de mousse . La transposition d’époque ne pose aucun problème car elle est assumée, juste et complète (par exemple Henry reçoit un email au lieu du traditionnel télégramme).

C’est une belle découverte que la soprano Barbara Bordas . Au physique parfait, elle sait allier une voix souple , puissante et maîtrisée, a un jeu tout en nuance et est à mille lieu des jeunes premières nunuches .

La pétulante Daisy (la nièce américaine) est interprétée par la non moins pétulante Gabriela Abraham excellente danseuse et chanteuse.

C’est à chaque fois un plaisir d’applaudir Soma Langer. Toujours très élégant, toujours juste, il met sa grande taille et sa belle voix de baryton basse au service de rôles insensés comme le très équivoque Pommerol .

Mais le grand triomphateur de la soirée est sans conteste Pal Kökeny. Dans le rôle de Musztafa, il est comme un diable qui sort de sa boite et ne va plus lâcher la scène par sa présence. Impeccable vocalement, idéal en danse, irrésistible scéniquement, Pal Kökeny enchante le public du début à la fin, une grande leçon et un artiste à revoir sans modération.

Quelques points faibles : la Tangolita vocalement inexistante et vulgaire ; On aimerait de la part de Gergely Boncser des aigus plus stables et plus assurés (je crains le pire dans les Kalman), et enfin le jeune Adam Nemeth est un peu trop en retrait.
Ces quelques dernières réserves sont vite balayées par l’enthousiasme de la distribution qui mènent l’œuvre sur un rythme endiablé, une drôlerie omniprésente et qui ravi dans la salle toutes les générations présentes.

Frédéric Taillandier

Distribution

Bal au Savoy
Opérette de Paul Abraham

Madeleine : Barbara Bordas
Henry : Gergely Boncser
Daisy Parker : Gabriela Abraham
Musztafa bey : Pal Kökeny
Tangolita : Szilvi Szendy
Archibald / Pommerol : Soma Langer
Célestin : Adam Nemeth
Théâtre d’Opérette de Budapest
4 février 2012

Commenter cet article