Philippe Béranger en 10 questions...."Je préfère être clown blanc plutôt qu'Auguste"

Publié le par Jef

Philippe Béranger en 10 questions...."Je préfère être clown blanc plutôt qu'Auguste"

Bonjour Philippe Béranger, vous inaugurez une nouvelle rubrique qui vise à faire connaître les artistes aux couleurs de l’Opérette qui sillonnent la France.

Très tôt, vous êtes entré dans le monde de l’opérette avec la grande chance d’enregistrer une intégrale aux cotés de Christian Borel, Eliane Varon, Micael Piéri, Pierrette Delange et Andrex ? Comment en êtes vous arrivé à endosser le tablier de Piccolo et avez gardé des souvenirs de cet enregistrem
ent ?

Ma grand-mère était ouvreuse et ma maman tenait le vestiaire au théâtre municipal de Rennes alors je passais tous mes week end d’octobre à Avril dans ce magnifique théâtre qui proposait alors une quinzaine d’opérettes et opéras dans sa saison (Epoque bénie !). Ma passion pour le lyrique et plus particulièrement l’opérette est née ainsi et j’ai aussitôt choisi de m’orienter dans la carrière artistique.

J’étais ami d’enfance de Carole Clin, nous passions toutes nos vacances scolaires ensemble et c’est son papa Serge qui m’a présenté à Robert Piquet en 1973 pour auditionner dans le rôle de Piccolo de « l’Auberge du cheval blanc »et c’est ainsi que de 1973 à 1979 j’ai pu endosser l’habit du petit apprenti maître d’hôtel de la célèbre Auberge tyrolienne. L’enregistrement de l’intégrale a eu lieu en 1978 j’en garde un souvenir amusé car les artistes faisaient aussi les petits rôles et Christian Borel en particulier se démultipliait en prenant de nombreuses voix différentes. Ce disque a malheureusement été peu distribué car la sublime orchestration modernisée de Jo Moutet avait déplu aux ayant droit de l’œuvre et un procès avait condamné les éditeurs du disque. Il en sera de même pour l’intégrale du « Chanteur de Mexico » avec Rudy Hirigoyen un peu plus tard…

Picollo de l'Auberge du Cheval Blanc à Toulon en 1976

Picollo de l'Auberge du Cheval Blanc à Toulon en 1976

Après de si brillants débuts, la voie de l’opérette était-elle toute trouvée où avez-vous été tenté par d’autres horizons ?

Non, je n’ai toujours eu pour seul but qu’une carrière dans le lyrique même si par ailleurs j’ai pratiqué le sport (tennis de table) à haut niveau mais la priorité est restée le spectacle.

Engagé par Francis Lopez, vous avez créé trois de ces dernières opérettes à Paris. Comment avez-vous rencontré le compositeur ?

Francis Lopez a écrit pour moi le rôle de Montbrun dans la « Marseillaise » à Rochefort en 1989 cette magnifique opérette hélas méconnue a ensuite été donnée à Paris l’été 1989 dans le cadre du bicentenaire de la révolution. A la rentrée suivante c’est la « Belle Otéro » qui était créée et j’ai remplacé très rapidement le titulaire du rôle de Momo pour plus de 100 représentations. La « Marseillaise » est ensuite revenue quelque peu modifiée sur les planches parisiennes de l’Eldorado sous le titre « Marianne mes amours » puis ensuite est arrivée la création de « Sissi » qui m’a permis de rencontrer Isabelle Fleur, tellement charmante partenaire à la scène qu’elle est devenue celle de ma vie !

Philippe Béranger et Francis Lopez

Philippe Béranger et Francis Lopez

On sait moins que ces opérettes ont connu une tournée au Canada. Quel accueil aviez-vous eu?

Des dernières opérettes de Francis Lopez, seule « Sissi » a bénéficié d’une tournée au Canada en septembre 1992. C’était une version plus grandiose qu’à Paris avec plus de 100 personnes en scène, des chevaux et des superbes décors. Nous avions signé pour 10 représentations il y en a eu 27 à guichets fermés à la Place des Arts à Montréal et à l’opéra de Québec !

Vous avez promené votre art dans toute la francophonie et même jusqu’en Ukraine. Quelles œuvres avez-vous « exportées » si loin ?

Après « Sissi » au Canada, j’ai eu la chance de partir à l’île Maurice pour la saison d’opérettes en 1996. Nous avons donné un total de 45 représentations de 5 ouvrages différents en 2 mois. A l’affiche : L’Auberge du cheval blanc, Valses de Vienne, Méditerranée, Gipsy et un ouvrage bien oublié en France « Gladys » de Victor Puget.

En Turquie à Ankara et en Ukraine à Kiev c’est la « Vie parisienne » que j’ai eu la joie d’interpréter tout comme en septembre 2008 à Tahiti avec cette fois la compagnie Philippe Erme
lier.

Comment pourrait-on définir le fantaisiste dans l’opérette ?

Je tiens à préciser que je ne suis pas cantonné aux emplois de « fantaisiste » dans l’opérette puisqu’à mon répertoire figure aussi des rôles plus vocaux comme Jean-Pierre dans la « Route fleurie » , Mario dans « Méditerranée » ou encore Toinet dans « Un de la Canebière » mais aussi Gardefeu dans la « Vie parisienne ». Dans la catégorie des fantaisistes il y a aussi des rôles très différents car cet emploi dans le répertoire des opérettes viennoises demande des moyens vocaux importants car les tessitures sont souvent tendues comme Léopold dans « L’Auberge » ou encore Szupan dans « Comtesse Maritza » que je viens d’interpréter en Belgique . Le fantaisiste dans l’opérette peut être comparé au clown du cirque, il est parfois un « Auguste » comme dans la plupart des opérettes de Lopez ou un « clown blanc » comme Sandor dans « Rose de Noël » qui fait le pendant de « Popelka ». Pour ma part j’ai une nette préférence pour les rôles qui n’exigent pas un comique trop forcé je préfère être clown blanc plutôt qu’ « Auguste ».

Philippe Béranger, vous avez plusieurs cordes à votre arc. Dans les années 1990, vous avez écrit les lyrics d’une opérette de Guy Motta et depuis peu, vous abordez la mise en scène. Qu’est ce qui vous inspire dans une opérette ?

J’ai écrit les lyrics de 7 opérettes composées par Guy Motta (Sissi impératrice, Casanova, Mexico, Fanfan la tulipe, escale à Hawaï, Eternelle Sissi, le Prince des Tziganes). J’intervenais en dernier pour la conception de l’ouvrage, le livret était écrit par Claude Dufresne, Guy Motta composait les chansons et ce n’est qu’ensuite que j’écrivais les lyrics en essayant toujours de me documenter pour trouver une inspiration basée sur des anecdotes réelles telles que la « Dame blanche des Habsbourg » dans « Sissi Impératrice » ou encore les « Mystères de Venise » que chantait Cagliostro dans « Casanova ».

Dans mon travail de mise en scène je tiens d’abord à respecter l’œuvre et les auteurs mais j’accorde une attention particulière au rythme de la pièce et à la direction d’acteur car le public ne doit pas s’ennuyer une seconde et il n’est plus possible de proposer des opérettes qui durent 4 heures c’est pourquoi des coupures (intelligentes !) dans le texte et la musique sont souvent nécessai
res !

Gipsy en Avignon avec Carole Clin en 1990

Gipsy en Avignon avec Carole Clin en 1990

Quel est votre meilleur souvenir dans votre métier ? Des regrets ?

Ma rencontre avec Francis Lopez l’idole de mon enfance vient en premier d’autant plus que c’est chez lui Boulevard Hausmann que j’ai rencontré pour la première fois Isabelle Fleur …

Du côté des regrets, le plus vif c’est le profond dédain des décideurs politiques et culturels envers l’opérette et tout ce qui est spectacle de divertissement, je peux vous dire que les salles sont pratiquement toujours pleines et le public enthousiaste alors pourquoi le priver de ce qu’il aime ?

Alors que la plupart des grandes maisons d’opéra en province se ferment à l’opérette, quel avenir a ce patrimoine selon vous ?

Les théâtres étaient autrefois dirigés par des chefs d’orchestre, des anciens chanteurs ou des metteurs en scène c'est-à-dire des gens de métier. Aujourd’hui la plupart sont des technocrates et on transforme un lieu artistique en grande bureaucratie. Par exemple à Nice les loges des artistes qui donnaient sur la mer sont devenues des bureaux et il n’y a même plus de place pour une salle de répétition il faut aller à l’autre bout de la ville, on nage en pleine absurdité !.. Je me souviens également que le théâtre de Rennes fonctionnait avec un directeur, un administrateur et une secrétaire, pas besoin de l’assistant à l’assistant de l’assistant aux relations publiques !

Il est pour moi incompréhensible que l’opérette n’ait pas un théâtre qui lui soit dévolu à Paris avec une saison variée dans toute sa diversité. On monterait chaque saison un ouvrage classique (style Mousquetaires au couvent) une opérette viennoise, un Lopez, un ouvrage 25/30 (style Phi Phi) et une création car un art qui ne crée pas est un art qui meurt. Avec un système de troupe d’artistes et des abonnements pour le public je suis certain que cela cartonnerait !

Quelle va être votre actualité pour les saisons à venir ?

Il est fini le temps ou l’on savait 2 ans en avance les contrats à venir, aujourd’hui tout se décide au dernier moment. A venir pour moi ma pièce fétiche « L’Auberge du cheval blanc » plus dans le rôle de Piccolo mais celui de Léopold, « Andalousie » rôle de Baedeker car il faut savoir aussi évoluer vers des rôles de son âge c’est primordial... Rouen, Liège puis le traditionnel festival de Lamalou cet été qui commence à ressembler au village d’Astérix avec ses irréductibles amoureux de l’opérette qui résistent à l’envahisseur « kultureux »

Discographie



BENATZKI
L’Auberge du Cheval Blanc
Borel, Varon, Pieri, Delange, Andrex, Dunand, Albert. Rôle de Piccolo.
Dir : Jo Moutet

LOPEZ
Sissi
Finel, Keller, Fleur, Béranger.
Dir : Guy Motta

La Marseillaise
Finel, Keller, Langlois, Van Acker, Béranger
Dir : Guy Motta

Divers compositeurs :

Au bon vieux temps du music hall
13 titres d’opérettes et de comédies musicales enregistrés par Philippe Béranger sur des orchestrations de José Pick

Biographie



1961
Naissance de Philippe Béranger à Rennes

1973
Premier Piccolo à Charleroi en Belgique

1978
Enregistrement de L’Auberge du Cheval Blanc

1982 à 1992
Interprète et régisseur général au festival de Rochefort sur Mer

1989
Rochefort
La Marseillaise de Lopez
R. Finell, Simone Langlois, Kriss Keller, P. Van Acker, P. Béranger.

Eldorado
La Belle Otéro de Lopez
M. Candido, T. Gama, R. Finell, J. Andrieux, P. Béranger


1991
Eldorado
Sissi de Lopez
K. Keller, R. Finell, I. Fleur, P. Béranger

1992
Tournée de Sissi au Canada

Eldorado
Marianne Mes Amours de Lopez
R. Finell, Kriss Keller, P. Van Acker, P. Béranger.

1996
Saison d’opérettes à l’Ile Maurice

1998 à 2000
Régisseur et interprète au festival d’Aix les Bains

1998
1ère participation au festival d’Aix-les-Bains
La Vie Parisienne d’Offenbach
I. Charles, A.M. Lyonnaz, D. Dinant, J.F. Vinciguerra, P. Béranger, P. Sybil, F. Lelièvre, C. Crapez.
Dir : H. Gallien

2000
La Vie parisienne opéra d’Ankara (Turquie)

2002
La vie parisienne Kiev (Ukraine)

2003
1ère participation au festival de Lamalou-les-Bains
Dédé de Christiné
P.Y. Duchesne, P. Béranger, V. Filippi, C. Mauro, M. Delfaud, P. Fargues.

2008
La vie parisienne (Tahiti)

2009
Lyon (CALA)
Dédé de Christiné
Mise en scène et rôle de Robert

Firminy
Au Pays du Soleil de Scotto
Philippe Béranger, Calude Deschamps, Elisabeth Aubert, Carole Clin.

Lamalou-les-Bains
Valses de Vienne de Strauss
Mise en scène et rôle du prince Gogol.

2010

Saint-Laurent-Blangy
La Belle Hélène d'Offenbach
Claudia Mauro, Stéphane Malbec, renaud Sorel, Philippe Bérannger

Toulouse
Gipsy de Lopez
Aurélie Baudet, Agnes Pat, Frédérique Varda, Mathieu Sempere, Philippe Béranger.

Ath (Belgique)
Comtesse Maritza de Kalman
Corinne Gautier, Valérie Filippi, Daniel Houbrechts, Philippe Béranger.

Deville-les-Rouen
L'Auberge du Cheval Blanc
Philippe Béranger, Carole Clin, Claude Deschamps, Sandra Giambra, Karin Gossart, Fabrice Todaro
18 et 27 avril

Entretien réalisé par Jef.
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© INF'OPERETTE et L'Opérette c'est la fête

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