Maria Candido "la Mariano en jupon" de Francis Lopez

Publié le par Jef

Maria Candido "la Mariano en jupon" de Francis Lopez

Etant petit, à la maison, Maria Candido était une grande vedette. En outre, on ne disait pas Maria Candido, mais La Candido comme on disait ailleurs La Callas pour l’opéra. Sa voix lyrique et suave, ses aigus faciles, sa grande beauté faisaient de toutes ses apparitions sur scène un événement que j’attendais de voir avec beaucoup d’impatience. C’est avec beaucoup d’émotion que je me suis entretenu avec elle et avec plaisir que je vous ouvre sa boite aux souvenirs.

Bonjour Maria Candido. Comment est née cette passion pour le spectacle ?

De toute petite. J’ai toujours chanté. Je suis monté tout de suite à Paris et j’ai commencé ma carrière très tôt. J’ai eu beaucoup de chance.

Avec votre voix, vous auriez pu chanter l’opéra ?

J’ai travaillé pour les concours les grands airs comme La Bohème, Tosca et Butterfly. Je n’avais pas l’intention de faire carrière dans le lyrique. J’ai été tout de suite prise dans la comédie musicale et j’aimais beaucoup cela. Si j’avais été tout de suite dirigée vers l’opéra, peut être. Mon mari, Pierre Havet, était dans la chanson. Pierre Delanoé travaillait aussi pour moi et il m’a écrit mon plus grand succès : le Torrent.

Maria Candido à l'époque de Rêve de Valse

Maria Candido à l'époque de Rêve de Valse

En 1947, vous débutez au coté de Marcel Merkes et Paulette Merval à Mogador ? Comment cela s’est il passé ?

Je jouais la petite princesse Hélène. J’ai auditionné devant Henri Varna et j’ai été prise tout de suite. C’était un très grand spectacle. Monsieur Varna ne faisait que des choses grandioses au Casino de Paris comme à Mogador.

C’était un second rôle mais le lendemain de la première, les journaux ont dit que la véritable vedette du spectacle était la petite Simone Favry « doté de ceci et de cela », ce qui avait rendu furieux Merkes et
Merval.

Simone Favry, Simone Marius et enfin Maria Candido. Pourquoi ce choix ?

Marius est le nom de mon père et Candido celui de ma grand-mère. Comme Simone Marius ne m’allait pas, j’ai changé de nom d’artiste. Simone était mon premier prénom que je n’aimais pas. J’aimais mieux Maria et cela se mariait mieux avec Candido donc j’ai choisi de les associer.

Maria Candido "la Mariano en jupon" de Francis Lopez

Et puis en 1954, c’est le grand succès avec A la Jamaïque. Comment avez vous rencontré Francis Lopez ?

C’était au théâtre de la Porte-Saint-Martin. Mon premier mari qui était un auteur connu connaissait Francis. Il m’a entendu et j’ai eu le rôle pour A la Jamaïque.

Francis Lopez a fait de grandes comédies musicales. Ce n’était déjà plus de l’opérette. L’opérette, c’est Messager. Francis est le premier à avoir fait des comédies musicales en France. On a appelé cela des opérettes car en France, on est vie
ux jeu.

Francis Lopez vous a sûrement écrit ses plus beaux airs pour soprano. Est ce vrai que l’on vous a surnommé Le Mariano en jupon ?

Francis a beaucoup écrit pour les hommes tant qu’il a eu Mariano et quand je suis entré dans le cercle, il a écrit pour moi. Il a dit: « Maria, c’est mon Mariano en jupon ». C’était très flatteur pour moi.

Maria Candido et Francis Lopez à l'époque des Trois Mousquetaires

Maria Candido et Francis Lopez à l'époque des Trois Mousquetaires

Vous avez été à cette époque l’interprète de très gros succès comme Le Torrent, Je Te le le, Gondolier, les Gitans. Quels souvenirs gardez-vous de cette époque ?

Période fantastique. Le torrent a été un énorme succès. Nous étions copines-rivales entre Dalida et Gloria Lasso. J’ai créé pas mal de chanson. On se les fauchait aussi. Il y avait toujours des espions qui ramenaient la nouvelle chanson de Dalida ou ceux qui ramenaient à Dalida la nouvelle chanson de Candido. C’était très marrant. Dalida est devenue ensuite une star parce qu’elle voulait le devenir. Moi, cela ne m’a jamais intéressé. J’adorais Dalida. Ce n’était pas mon genre et nous n’étions pas rivales. Nous étions très différentes toutes les deux.


Ce n’est qu’en 1973 que l’on vous retrouve dans une opérette au Châtelet, toujours signé Francis Lopez. Comment s’est effectué ce retour ?

Francis Lopez avait écrit le rôle d’Anne d’Autriche. Il m’a convoqué et après avoir chanté les grands airs, il a dit : « Il me faut Maria. Je ne pensais pas qu’elle pouvait chanter cela ». Tout s’est fait très vite et dans la nuit, tout était signé.

Gardez-vous un bon souvenir de cette période Châtelet ?

Oui. Oh la la ! C’est l’un des plus beau souvenir de ma vie. J’ai eu l’Olympia, Bobino mais le Châtelet, les Trois Mousquetaires et les neuf chevaux sur la scène, les cascadeurs, ce rôle d’Anne d’Autriche, Nicky Nancel dans Milady, quel merveilleux souvenir ! Cela a été la plus belle époque de ma vie. A l’époque, j’enchaînais comédie musicale sur comédie musicale. On me disait : « tu fais du non stop ! ». Francis composait pour moi. Nous nous entendions très bien. Il se mettait au piano et je chantais de suite. Il faisait comme il faisait avec Mariano. Il commençait à jouer et composait ses mélodies. Je chantais avec lui comme si je les connaissais. C’était un plaisir pour moi de travailler avec Francis. J’avais beaucoup de respect pour. Le seul regret, c’est qu’on n’en parle plus. Il y a encore des compositeurs qui font des mélodies mais lui, cinquante ans après, elles sont toujours dans la tête.

Final de Volga au Châtelet avec José Todaro

Final de Volga au Châtelet avec José Todaro

Pour Volga, je chantais avec Gérard Chapuis, Claude Cales et José Todaro. C’était un spectacle splendide. Mais au point de vue musique et atmosphère, j’ai préféré Les Trois Mousquetaires. Dans Volga, les rapports avec José Todaro n’étaient pas aussi idylliques qu’avec Mario Brunini. Le coté de jeu amoureux ne régnait pas de la même manière. Sur scène, je pense que cela ne se voyait pas trop.

Vous suivez Francis Lopez au théâtre de la Renaissance en premier lieu dans des reprises et puis dans une nouvelle création Soleil d’Espagne.

Francis Lopez m’a demandé de reprendre La Belle de Cadix, ce que je ne voulais pas faire. Je n’avais pas l’âge de Maria-Luisa. Il m’a dit : « Tu le fais quand même. Tu t’en sortiras très bien » Effectivement, cela s’est très bien passé. Nous avons fait des prolongations, des disques, une vidéo. On refusait du monde. Le théâtre de la Renaissance qui n’est pas grand est vite plein et cette Belle aurait pu durer très longtemps. Ils ont arrêté pour des raisons de paiement d’allocation. Dommage.

Soleil d’Espagne, c’était plutôt un bouche-trou. J’ai chanté avec José Villamor ce Soleil d’Espagne comme la Belle de Cadix et A la Jamaïque. Il chantait très bien et nous formions un beau couple. Il n’y avait rien entre nous. Ce n’était pas mon style d’homme et je n’étais pas non plus son style de femme mais quand on jouait la comédie, les gens y croyaient. On jouait volontiers ensemble et le public le ressentait. Il n’y avait ni disputes, ni jalousie. Tout était très sympa
thique.

A la Jamaïque à la Renaissance avec José Villamor

A la Jamaïque à la Renaissance avec José Villamor

La période Elysée Montmartre a été marquée par deux autres créations de Lopez avec Georges Guétary et José Villamor. Qu’est ce que cela vous a fait de chanter sur une scène de catch ?

Cela s’est fait la ou ils ont pu trouver. Tout le monde a crié et cela a bien marché. On s’est régalé sur cette scène. Le public était très proche et j’aimais beaucoup cela.

La Belle Otéro a été votre dernière création à Paris. Quand on compulse les articles de presse vous concernant, on s’aperçoit que c’est un projet que vous évoquiez déjà fin des années 1970. C’était une opérette qui vous tenait à cœur ?

Oui c’est vrai mais cela n’a pas été mon cheval de bataille. Je ne l’aurai pas refait. Ce n’était pas au point. Je n’avais pas assez travaillé mes castagnettes, mes danses et je ne l’ai pas joué comme je l’aurai voulu. Cela a marché quand même. Heureusement, je savais danser. Je savais le faire d’instinct. Francis le savait et l’avait dit au maître de ballet espagnol.


En résumé, quel est le meilleur souvenir que vous garderez de votre carrière ?

J’en ai tellement de bons souvenirs. J’ai eu la chance d’avoir Pierre Havet comme époux. Il m’a écrit mes premiers gros succès et cela a marché. J’ai eu la santé, deux beaux enfants. Et puis, je me suis marié avec Jean-Baptiste Hirigoyen, champion de France de pelote basque et avec qui j’ai chanté. Je me suis arrêté car je ne voulais plus chanter. Finis les soucis de la voix. Je voulais vivre. Je voulais sortir quand je veux sans me soucier pour la gorge. Je faisais cela depuis l’âge de 19 ans, alors…. Je me suis arrêté en ayant rempli mon rôle de chanteuse. J’ai donné au public tout ce que je pouvais donner, tout mon cœur. J’ai fait mon métier avec beaucoup d’amour.

Aventure à Tahiti à l'Eldorado avec Jean-Baptiste Hirigoyen

Aventure à Tahiti à l'Eldorado avec Jean-Baptiste Hirigoyen

Que devient Maria Candido ?

Maria Candido est toujours coquette. Il y a le chat, les enfants, les petits enfants et même les arrières petits enfants….

Merci beaucoup, chère Maria Candido pour ce long entretien qui va ravir bien de vos fans.

Biographie



1922
Naissance de Maria Candido à Hyères

1947

Théâtre Mogador
Rêve de Valse (Straus)
M. Merkes, P. Merval, S. Favry, R. Allard.

1951

Théâtre de l’Etoile
Les Caprices de Vichnou (Fontenoy)
R. Hirigoyen, Gabriello, A. Tissot, S. Marius, F. Paquet, L. Frebert, A. Tissot, I. Hilda.

1954

Théâtre de la Porte-Saint-Martin
A la Jamaïque (Lopez)
J. Morel, J. Sourza, M. Candido, J. De Mersan.

1952-1960

Le Torrent, Gondoliers, Je te le le, Les Gitans, Ciribiribin, La dame aux camélias…..

1973

Théâtre du Châtelet
Les Trois Mousquetaires (Lopez)
M. Brunini, M. Candido, J. Guy, M. Baquet, N. Nancel, J. Chazot, M. Montavon.

1975

Théâtre Mogador
Fiesta (Lopez)
F. Villano, M. Candido, M. Baquet, P. Doris, S. Baquet, K. Tchenko.

1976

Théâtre du Châtelet
Volga (Lopez)
J. Todaro, M. Candido, C. Cales, M. Baquet, G. Chapuis, S. Baquet.

1979

Théâtre de la Renaissance
A la Jamaïque (Lopez)
J. Villamor, M. Candido, H. Genes, J. Batti, J. Filh, J. Gradel, M. Mayou.

La Belle de Cadix (Lopez)
J. Villamor, M. Candido, J. Filh, A. Verlen, M. Montavon, N. Capri, Youri.

1982

Théâtre de la Renaissance
Soleil d’Espagne (Lopez)
J. Villamor, M. Candido, J. Filh, M. Mayou, J. Gradel.

1983

Elysée-Montmartre
L’Amour à Tahiti (Lopez)
G. Guétary, M. Candido, F. Linel, N. Capri.

1984

Elysée-Montmartre
Les Mille et Une Nuits (Lopez)
M. Candido, J. Villamor, F. Linel, P. Andrey, N. Capri.

1988

Théâtre de l’Eldorado
Une aventure à Tahiti (Lopez)
M. Candido, J. B. Hirigoyen, F. Linel, M. Deville.

1989

Théâtre de l’Eldorado
La Belle Otero (Lopez)
M. Candido, T. Gama, K. Keller, R. Finelle, P. Beranger.

Discographie


Lopez

A la Jamaïque
M. Candido, J. Sourza, J. Morel.

Amour à Tahiti
G. Guétary, M. Candido
D.m. : G. Motta

J.B. Hirigoyen, M. Candido
D.m. : G. Motta

Aventure à Tahiti
M. Candido, J. B. Hirigoyen.
D.m. : G. Motta

Belle de Cadix
J. Villamor, M. Candido, Youri.
D.m. : C. Oleg.

Belle Otéro
M. Candido, T. Gama, R. Finelle, J. Andrieux.
D.m. : G. Motta.

Fiesta
F. Villano, M. Candido, M. Baquet, P. Doris, K. Tchenko.
D.m. : P. Piot

Mille et Une Nuits
J. Villamor, M. Candido, P. Andrey, N. Capri
D.m. : G. Motta

Soleil d’Espagne
J. Villamor, M. Candido
D.m. : C. Oleg

Les Trois Mousquetaires
M. Brunini, M. Candido, N. Nancel.
D.m. : P. Bonneau

Volga
J. Todaro, M. Candido, C. Cales, G. Chapuis.
D.m. : P. Bonneau


Maria Candido chante Francis Lopez


Propos recueilli par Jef
Tous droits réservés.
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a fête

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bajou daniel 14/12/2016 10:33

j ai 81ans tout les jours pendant des heures j ecoute la merveilleuse voix de maria candido j ai une sclerose en plaque c est mon meilleur medicament merci maria que dieu nous protege

dominique 16/03/2017 15:43

Vous avez bien raison elle et MERVEILLEUSE