Les Mousquetaires au Couvent à l'Opéra de Metz, entretien avec Didier Henry, metteur en scène

Publié le par Jef

Les Mousquetaires au Couvent à l'Opéra de Metz, entretien avec Didier Henry, metteur en scène

L'opéra de Metz propose du 14 au 16 mai prochain trois représentations des Mousquetaires au Couvent de Louis Varney.

Didier Henry nous reçoit pour nous parler de son travail sur cet opéra-com
ique.


Bonjour Didier Henry, vous mettez en scène Les Mousquetaires au Couvent à l’Opéra de Metz. Rappelons que vous êtes aussi un baryton qui a beaucoup chanté et qui chante toujours l’opéra, l’opéra comique, l’opérette et la mélodie. Avez-vous déjà chanté cet opéra comique ?

Oui de nombreuses fois. C’est sans doute l’ouvrage que j’ai le plus chanté avec la Fille de Madame Angot et Valse de Vienne…

Comment êtes-vous venu à la mise en scène ?

C’est une rencontre qui a déterminé mon – premier - engagement comme metteur en scène. Et c’était à l’Opéra de Metz avec Danielle Ory, qui en a été la directrice pendant de nombreuses années. Elle m’avait annoncé qu’elle désirait programmer un Messager : Monsieur Beaucaire. Cela faisait quelque temps que j’avais envie de mettre en scène un ouvrage de ce genre, où la musique et le théâtre étaient étroitement mêlés. Je lui ai demandé si elle avait déjà choisi son metteur en scène, et devant sa réponse négative, je me suis proposé.

Ce n’est pas votre première mise en scène lyrique à Metz ? Qu’avez-vous déjà présenté ?

Et bien donc, Monsieur Beaucaire, puis j’ai remplacé au pied levé pour la Mélodie du Bonheur dans lequel je chantais également. Eric Chevalier m’avait proposé pour cette saison Hamlet d’Ambroise Thomas, mais j’ai préféré interpréter à nouveau le rôle titre dans cet opéra que j’affectionne particulièrement ; et il aurait été un peu délicat de faire la régie en même temps !

A quoi ressemblera la scénographie des Mousquetaires ?

La difficulté pour moi de mettre en scène un ouvrage aussi connu que les Mousquetaires au Couvent, est de restituer l’œuvre telle que l’on se l’imagine - ou l’on s’en souvient -, tout en essayant de lui donner une résonance un peu actuelle. Les décors – d‘Eric Chevalier - et les costumes – de Dominique Burté - sont en rapport avec le XVIIe siècle où se passe l’action, le texte de l’ouvrage est du XIXe… j’essaie d’en faire une synthèse ! Pas de « transposition » donc.

Dans les 1er et 2e actes, seulement quelques libertés de langage dont on devrait à peine se rendre compte. Dans le 3e, la promenade des pensionnaires se transforme en séance de sports avec des costumes un peu particuliers (je vous laisse la surprise). J’ai également travaillé l’argument du ballet, rarement exécuté, avec le chorégraphe – Patrick Salliot - de façon à l’intégrer au mieux dans l’action théâtrale, et non comme un moment à part.

Mais surtout, tout en laissant, pour la joie de beaucoup, quelques traditions, j’ai voulu, avec mes camarades chanteurs ET comédiens, approfondir le texte de cette très bonne pièce, pour qu’ils aient de vrais rapports entre eux « personnages », qu’ils aient chacun un caractère précis, que le comportement de l’un aille jusqu’à modifier la réaction de
l’autre.

Didier Henry

Didier Henry

Dans une mise en scène, que peut on mettre en relief dans une œuvre comme Les Mousquetaires au Couvent ?

Tout d’abord pour moi, je dois être au service de l’ouvrage, et ne pas m’en servir pour briller comme metteur en scène avec quelques idées tape à l’œil !

Ensuite, les Mousquetaires au couvent est une œuvre très bien construite, avec des ressorts bien placés. Chacun - même les petits rôles - est également bien servi. Mettre en relief tel personnage ou telle scène, déséquilibrerait les autres.

Mais d’une façon plus générale, je dirais : conserver du début à la fin la vivacité des personnages, leur vérité d’individu
autonome.

Quels seront vos liens avec le chef d’orchestre ? Avez-vous eu un droit de regard dans le choix des chanteurs ?

A priori non, pas de « droit de regard » sur le choix des artistes ! Cela reste le fait du directeur artistique du théâtre.

En ce qui concerne les liens avec le chef d’orchestre – Gwénnolé Rufet -, je peux d’ores et déjà vous dire qu’ils sont productifs, cordiaux, et musicaux. Etant musicien moi-même, je ne conçois pas le travail scénique en dehors d’une globalité musicale, et donc avec le chef d’orches
tre.

Comment allez vous mettre les chanteurs en valeur dans cet opéra comique ?

Cet ouvrage de Varney étant particulièrement réussi, autant d’un point de vu théâtral que musical, les chanteurs vont surtout briller grâce au compositeur !

Après ces Mousquetaires, projetez vous d’autres mises en scène ?

J’enchaine à Paris (Espace Reuilly 12e fin mai) un autre « opéra-comique » : Béatrice et Bénédict de Berlioz. J’ai un projet d’un Pelléas et Mélisande, et je rêve de faire revivre une opérette à grand spectacle de Wall-Berg : Casanova.

Quelle est votre actualité mais cette fois-ci comme chanteur ?

La saison prochaine, le Marquis de la Force du Dialogue des Carmélites, une reprise du Portrait de Manon de Massenet, la Veuve Joyeuse, les Mamelles de Tirésias de Poulenc… et quelques récitals de mélodies et de Lieder.

Il y a encore 50 ans, il n’était pas rare de voir des chanteurs français d’opéra (André Baugé, Michel Dens, Jacques Jansen, Willy Clément, tous des barytons !!) chanter aussi de l’opérette. Pourquoi ce « mélange des genres » est-il moins présent dans le paysage lyrique français alors que ce n’est pas le cas chez nos amis de langue allemande ?

Mais y a t-il encore beaucoup d’opérettes programmées en dehors des fêtes de fin d’années ?

Pourquoi nos élites s’obstinent-elles à dire que l’opérette est un genre moribond, que cela n’intéresse plus personne ? Pas assez intellectuel sans doute. La fonction crée l’organe, mais malheureusement certains opèrent et font une ablation totale… et donc plus de public !

Non voisins allemands ont d’autres problèmes de désaffection de leur public, dus souvent à des mises en scènes trop éloignées de la sensibilité des spectateurs.

Mais pour répondre plus précisément à votre question, je crois sincèrement qu’aujourd’hui, nombre de jeunes chanteurs français n’ont aucunement honte de chanter de l’opérette… à la simple condition qu’elle soit montée avec le même soin que l’on a
pour l’opéra !

Merci beaucoup Didier Henry d’avoir répondu à ces questions et bonne chance pour vos Mousquetaires.

Louis Varney


Les Mousquetaires au Couvent à l'Opéra de Metz, entretien avec Didier Henry, metteur en scène

Louis Varney naît le 30 mai 1844 à la Nouvelle-Orléans. Son père, Alphonse Varney, est un compositeur et chef d’orchestre bien connu, qui a dirigé l’orchestre du Théâtre des Bouffes-Parisiens avant d’en devenir le directeur lorsqu’Offenbach démissionne de ce poste en 1862.

Dès son enfance, le jeune Varney baigne dans une ambiance musicale et grandit parmi les acteurs et les musiciens. Il entre au Conservatoire et apprend à jouer de tous les instruments. En 1870, il devient à son tour chef d’orchestre au petit théâtre de l’Athénée Comique, alors dirigé par Montrouge, où se jouent des revues et de petits spectacles accompagnés de musique. Il collabore musicalement à quelques-uns de ces ouvrages, car ce qui l’intéresse avant tout, c’est la composition. Il écrit une opérette, Il Signor Pulcinella (1876), et deux revues, Babel-Revue (1879) et Bric-à-Brac (1880). Il va également diriger au Caire les spectacles d’opéra comique de la troupe française.

Le directeur des Bouffes-Parisiens propose à Varney de composer une opérette inspirée d’un vaudeville ; Les mousquetaires au couvent sont présentés en mars 1880 aux Bouffes-Parisiens et connaissent immédiatement un énorme succès.

Il compose ensuite d’autres opérettes (près d’une quarantaine), quelques revues et ballets : Fanfan la Tulipe en 1882, autre grand succès, Les Petits Mousquetaires, directement inspiré de l’œuvre d’Alexandre Dumas, L’Amour mouillé, Le Papa de Francine, Dix jours aux Pyrénées, La Fée aux chèvres, Miss Robinson, Cliquette, La Falote, L’Âge d’Or.

Il meurt à Cauterets, dans les Hautes-Pyrénées, le 20 août 1908, laissant une œuvre d’une grande élégance musicale.


La naissance des Mousquetaires au couvent

Les Mousquetaires au Couvent à l'Opéra de Metz, entretien avec Didier Henry, metteur en scène

En 1879, Charles Comte, beau-fils d’Offenbach et directeur du Théâtre des Bouffes-Parisiens, est contraint de laisser son siège à Louis Cantin, homme avare, peu doué sur le plan artistique, mais excellent administrateur.

En décembre 1879, il rencontre Paul Ferrier et Jules Prevel. Paul Ferrier est un auteur dramatique déjà confirmé (il écrira en tout 66 livrets) et Jules Prevel est journaliste de théâtre au Figaro, librettiste lui aussi. Cantin cherche de nouveaux talents et se plaint auprès d’eux de la difficulté de trouver de bons livrets d’opérette. Ferrier lui conseille de fouiller dans la mine de sujets que représente le répertoire du vaudeville, très en vogue au début du siècle. Le directeur des Bouffes-Parisiens se rappelle alors d’une pièce comique qu’il a vu dans sa jeunesse, L’Habit ne fait pas le moine, écrite en 1935 par Saint-Hilaire et Duport. Il confie aux deux hommes la tâche de rajeunir ce vieux vaudeville. Ceux-ci se mettent rapidement au travail et, dès le 28 février 1880, le livret est prêt. Il privilégie l’action et développe la sarabande qui mêle mousquetaires et religieuses. Patronné par la meilleure amie de Cantin, Louis Varney est choisi pour écrire la partition. C’est pour lui une occasion formidable de se faire véritablement connaître, et il se met à composer avec enthousiasme.

Mais il est bientôt nécessaire d’avancer la date de présentation du spectacle. La reprise de l’opérette Fleur de Thé de Lecocq n’ayant pas eu le succès escompté et la création des Noces d’Olivette d’Audran ne pouvant rester indéfiniment à l’affiche, Varney doit accélérer le rythme de la composition. On demande donc en catastrophe à un ami de Varney, Achille Mansour, d’écrire une série de morceaux pour le troisième acte. Malchance supplémentaire, le régisseur de scène et l’un des acteurs du spectacle sont blessés dans un accident de train quelques jours avant la création. Cantin est obligé de trouver un autre acteur et remplace lui-même le régisseur.

Finalement, la première du spectacle peut avoir lieu le 16 mars 1880…


L’argument



En Touraine, sous le règne de Louis XIII

Acte I - L’Auberge « Au Mousquetaire Gris » (Mousquetaires aux ordres du Roi, en opposition à ceux du Cardinal en Rouge), rendez-vous des bourgeois en quête de distraction auprès de ces valeureux mousquetaires qui clament leurs exploits, dont un en particulier, le capitaine Narcisse de Brissac. Celui-ci est inquiet de voir son ami Gontran atteint de mélancolie avancée : il est amoureux ! Brissac appelle à la rescousse le précepteur de Gontran, l’abbé Bridaine, homme bon par excellence.
Le Gouverneur de Touraine passe par Vouvray pour demander un « service » à Bridaine : convaincre ses nièces Louise et Marie (celle dont est amoureux Gontran), actuellement pensionnaires au couvent des Ursulines, de prendre le voile pour raison politique. Bridaine, qui voulait intercéder en faveur de Gontran auprès du Gouverneur, ne sait plus que faire. Brissac et Gontran, eux, n’hésitent pas une seconde. Ils subtilisent les frocs de deux moines et pénètrent sous la robe de capucins dans le couvent pour enlever les jeunes filles.

Acte II – Dans le couvent, la supérieure présente les faux moines aux pensionnaires. Gontran reconnaît Marie. Brissac n’est pas insensible aux charmes mutins de sa sœur Louise. N’ayant pas déjeuné, il arrive à manger, et surtout à boire, plus que de raison. Il s’ensuit un sermon improvisé de Brissac, fin saoul, sur l’amour : scandale !

Acte III – Brissac se remet des brumes de la veille et est prêt à se déclarer à Louise. Les pensionnaires, fâchées d’être réprimandées par la supérieure, se révoltent (ballet). Bridaine doit expliquer, dans une grande improvisation, le comportement pour le moins étrange de Brissac.
Les deux couples d’amoureux sont prêts à se sauver avec l’aide de Simone, la servante de l’auberge, lorsqu’arrivent le Gouverneur et toute la troupe. Ils cherchent les conjurés déguisés qui se sont introduits dans le couvent.
En effet, les capucins séquestrés à l’auberge étaient de faux moines décidés à assassiner le Cardinal. Ayant permis leur arrestation, Gontran et Narcisse seront récompensés au lieu d’être punis : ils épouseront Marie et Louise.

La distribution

LES MOUSQUETAIRES AU COUVENT

Opéra-comique en trois actes
Livret de Paul Ferrier et Jules Prevel
Création à Paris le 16 mars 1880

Nouvelle production de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole


Direction musicale : Gwennolé Rufet
Mise en scène : Didier Henry
Décors : Éric Chevalier
Costumes : Dominique Burté
Lumières : Patrice Willaume
Chorégraphie : Patrick Salliot
Chef de chant : Marie-Claude Papion

Marie de Pontcourlay : Julie Cherrier
Louise de Pontcourlay : Clémence Olivier
Simone : Nicole Fournié
La Mère supérieure : Jeanne-Marie Lévy

Narcisse de Brissac : Michel Vaissière
Gontran de Solanges : Richard Bousquet
L’abbé Bridaine : Franck Cassard
Le Gouverneur : Frank Thézan
Rigobert : Yvan Rebeyrol


Chœurs et Ballet de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole

Orchestre national de Lorraine


Sources: dossier de presse
Propos recueillis par Jef.
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