Les Cloches de Corneville: dicographie comparée

Publié le par Jef



Créée en 1877, Les Cloches de Corneville est l’opérette la plus connue de Robert Planquette et pendant une longue période, l’opérette la plus populaire et la plus jouée en France. Reprise sans cesse à Paris au Trianon Lyrique, à Mogador et à la Gaité-Lyrique, la dernière représentation dans la capitale est jouée au théâtre de la Porte-Saint-Martin en 1968. La province n’est pas en reste et de nombreuses productions sillonnent la France jusqu’au début des années 1990.


Cette opérette, au scénario simple mais qui se tient, semble sortie des images d’Epinal de la fin du XIXe siècle. La critique a beaucoup reproché aux auteurs d’avoir plagier La Dame Blanche et la Fille du régiment pour l’histoire et de n’être qu’une suite de valses et de polkas pour la musique. Qu’importe. Cette œuvre agréable aux nombreux refrains et ensembles bien plaisants a charmé de nombreuses générations et certains airs, comme ceux des Cloches ou du rondeau valse de Henri de Corneville font parti du patrimoine musical national.


L’œuvre a été beaucoup enregistrée et c’est à travers ces quelques enregistrements qui sont disponibles en CD que l’on va pouvoir se faire une idée sur cette opérette un peu oubliée en ce début du XXIe siècle.




Orchestre et partitions



Le choix proposé de ces enregistrements des Cloches de Corneville se divise en deux rubriques : les intégrales et les sélections. Deux intégrales sont disponibles : celle de Pierre Dervaux en 1957 et celle de Jean Doussard en 1974. Pierre Dervaux, un des éminents chefs d’orchestre de l’Opéra de Paris dans les années 1950 et 1960, propose une intégrale un peu light. Les coupures sont nombreuses, du duo Germaine-Grenicheux du 1er acte à de nombreuses réductions de couplets (Chanson du Cidre et air de Gaspard au 3e acte). Au contraire, Jean Doussard propose une version plus complète. Quant aux sélections, elles ne se ressemblent guères. Jesus Etcheverry enregistre les 3 finals alors que Franc Pourcel ne conserve que celui du dernier acte. Jacques Metehen, avec un orchestre plus restreint que ces confrères, privilégie les duos Henri/Germaine que les deux premiers négligent.
A part la version de Jacques Metehen, les autres versions sont jouées sur des orchestres imposants. De toutes, Pierre Dervaux et Jesus Etcheverry proposent des versions dans le ton de cette opérette. Les tempi sont vifs, enlevés. Tout est gai, rien ne traîne et le ton est donné. Jean Doussard impose des tempi plus lents et une direction un peu empesée qui rend l’œuvre plus classique et en retire un peu le dynamisme.


Gaspard



C’est le personnage central de l’œuvre. Gaspard est souvent confié à un acteur ou un chanteur patenté, avec beaucoup de caractère. Il faut bien avouer que Fernand Ledoux est un magnifique Gaspard. Son final du 2e acte et sa chanson des Gueux sont saisissantes. On sent le grand acteur, le comédien français. Louis Musy, célèbre baryton de l’Opéra Comique de l’entre deux guerre, apporte à Gaspard un aplomb et son chant est dans la grande tradition de cette vénérable institution. En comparaison, le Gaspard de Jean-Christophe Benoît apparaît bien jeune.

Henri de Corneville



Le choix est difficile entre Michel Dens, le Henri de la Gaîte-Lyrique entre 1951 et 1958, Julien Haas et Ernest Blanc, le Telramund de Bayreuth 58. Il est dur de départager ces trois grands barytons, les meilleurs de l’époque. On aurait aimé entendre Gabriel Bacquier. Ils allient tous le charme autant que la vaillance. Marcel Merkes, pourtant bien chantant, me paraît un peu jeune comparé à ces aînés.

Germaine



Le choix n’est pas plus simple pour la partenaire de Henri de Corneville. Notons la fragilité et la jeunesse d’Huguette Boulangeot, la virtuosité de Mady Mesplé et les facilités de Lyne Cumia. A leurs cotés, Janine Michaud apparaît en retrait, un peu pale.

Serpolette



La divette Serpolette est interprétée avec brio par Colette Riedinger et Janine Ribot. Janine Ribot a la jeunesse, le brio, l’espièglerie d’une Serpolette. Colette Rideinger, sans avoir les facilités de Janine Ribot, a le ton. On sent en elle toute la malice de la jeune servante. Nicole Broissin et Christiane Stutzmann chantent fort bien mais apparaissent beaucoup trop sages. A noter : Nicole Broissin nous chante tous les couplets de l’air du cidre. Quant à Paulette Merval, elle est plus à son aise dans Serpolette que dans Germaine.

Grenicheux



Pour Grenicheux, nous avons le même souci que pour notre casting de baryton et les mêmes choix. Grenicheux est le ténor léger, si caractéristique de ce genre d’œuvre à cette époque et il est difficile de faire un choix entre René Coulon, Jean Giraudeau et Michel Sénéchal. Un petit plus pour Michel Sénéchal qui nous chante ce rôle avec tellement de facilité.

Conclusion



Il faut choisir son enregistrement selon ce que l’ont veut écouter. Si on veut une intégrale, la version Dervaux est supérieure à bien des niveaux à celle de Doussard, mais celle de Doussard est plus complète. Pour une sélection, sans aucune hésitation, la version Etcheverry pour son chef et sa distribution. On ne peut ignorer la version Pourcel rien que pour les deux Michel (Dens et Sénéchal). Si on reste sur une sélection et qu’on veut le plein de duo, la version Metehen fera l’affaire.


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