La Vie Parisienne

Publié le par Jef

La Vie Parisienne

L’opérette la plus connue de Jacques Offenbach est sûrement l’opérette la plus célèbre mondialement. Cependant, ce n’est pas la plus simple à raconter : multiples versions, orchestrations controversées, La Vie Parisienne est toute une histoire.

En 1866, la France de Napoléon III se prépare pour accueillir une nouvelle exposition universelle. Jacques Offenbach, après avoir triomphé avec Orphée aux Enfers et La Belle Hélène se pose comme le maître de la musique de divertissement dans ce Paris qui ne pense qu’à s’amuser. Il montre brillamment Barbe Bleue au théâtre des Variétés et à la même époque est courtisé par Plunkett, le directeur du théâtre du Palais Royal.

Plumkett veut comme ses confrères un succès au moment de l’exposition et n’a de regards que pour Jacques Offenbach. Cependant, il fixe aussi des conditions qui ne sont pas des plus simples. La nouvelle création se fera avec les membres de la troupe du Palais Royal. Or, la troupe du Palais Royal n’est composée que d’acteurs…..

La Vie Parisienne au théâtre des Variété en 1911
La Vie Parisienne au théâtre des Variété en 1911

Cette gageure qui pouvait se révéler être un handicap va se transformer en un énorme succès. Les répétitions se déroulent dans une humeur maussade. Certains se plaignent de leur rôle, d’autres de leurs airs. Offenbach compose en fonction des défauts de chacun : l’aphonie de Brasseur (Le Brésilien), la voix de fausset de Gil Pérès (Bobinet), la voix nasillarde de Lasouche (Urbain). Il impose tout de même une chanteuse : Zulma Bouffar dans le rôle de Gabrielle. Les répétitions se déroulent sous les plus mauvais auspices. La veille de la première, tout s’emballe. Paurelle qui joue Pauline est tellement persuadée que la pièce ne durera pas qu’elle ne se fait même pas faire de nouvelles robes. Meillac et Halèvy prennent peur et veulent retirer la pièce. Seul Offenbach est confiant.

Le 31 octobre 1866, tout Paris déboulent rue de Montpensier pour entendre cette nouveauté et c’est le succès. Même la Princesse de Metternich est présente. Un contemporain écrit :
« Ce qui m’a le plus frappé dans cet important épisode de l’histoire de la pure tradition comique, c’est qu’Offenbach a réussi ce miracle de faire chanter des comédiens la plupart dénués de toute éducation musicale et qui doivent même une partie de leurs succès aux notes discordantes de leur voix !….Quant aux actrices, elles sont jolies, parfois très jolies et je ne sais pas si c’est leur talent ou leurs charmes que nous applaudissons. »

Mistingett, Pauline en 1911
Mistingett, Pauline en 1911

Le nouvel opéra bouffe comprend alors cinq actes. Le quatrième acte sera abandonné lors des représentations de 1873, sans doute trop court et ralentissant peut être l’action.
Quant à l’orchestration, combien d’ouvertures différentes ont été enregistrées. Lors de la reprise au Châtelet en 1980, le chef d’orchestre, Laurent Petitgirard, reviendra sur ces multiples orchestrations en en proposant une nouvelle ! :
« Il n’existe aucune partition d’orchestre imprimée de La Vie Parisienne…Seul a été imprimé le matériel d’orchestre tiré de la partition « piano et chant » avec des indications d’orchestration d’Offenbach….Le matériel d’orchestre correspondant à la partition originale a été modifié au gré des représentations, des chefs ou des effectifs, de telle sorte qu’il n’a que peu de rapport avec la partition originale. On trouve des versions originales d’Offenbach pour 60 musiciens avec quatre cors. Lorsque l’on connaît les effectifs extrêmement réduits pour lesquels écrivait Offenbach, il y a de quoi sourire. »

Rien n’est simple avec La Vie Parisienne. Cependant, c’est sans doute l’œuvre d’Offenbach la plus reprise à Paris :
De 1873 à 1911, rien de moins que cinq reprises dont celle de 1873 avec Dupouis, celle de 1889 avec Jeanne Grannier et surtout celle de 1911 avec Max Dearly, Prince et Mistinguet dans le rôle de Pauline.

En 1934, La Vie Parisienne s’installe à Mogador avec les stars de l’époque : Danielle Brégis, Urban, toujours Max Dearly mais dans le rôle du baron.

En 1958, des comédiens se réapproprient l’oeuvre assez brillamment. C’est la compagnie de Jean-Louis Barrault qui fait salle comble au Palais-Royal avec Pierre Bertin, Simone Valère, Suzy Delair et Jean Parades.

1974 est la date de son entrée à l’Opéra-Comique dans une mise en scène de Raymond Vogel avec Nicole Broissin, Michel Caron, Henri Gui, Danièle Millet, Jacques Mareuil et Luc Barney.

Le Châtelet rouvre ses portes en 1980 avec une nouvelle mise-en-scène d’Yves Robert et une nouvelle orchestration de Laurent Petitgirard. Michel Caron, Michel Roux, Danielle Chlostawa, Renée Auphan, Jacques Tayles se partagent l’affiche. Une reprise a lieu l’année suivante avec Jean-Luc Tardieu, Annie Franz et Danielle Dinant.

Jane Rhodes, Gabriel Bacquier et Bernard Alane l’interprètent au théâtre de Paris à la fin 1985. Gabriel Bacquier retrouvera son rôle de baron dans une autre mise en scène à l’Opéra Comique en 1990.

Deux versions bien différentes en 1997 : une à la Comédie Française dirigée par Michel Franz et une autre à Bercy ( ! ! ! !) dans une mise en scène de Roger Louret. Qu’est venu se perdre le chef d’œuvre d’Offenbach dans cette arène ?

Enfin, il faudra attendre 2002 pour revoir La Vie Parisienne à l’Opéra-Comique à la sauce Savary, mise en scène qui bénéficiera d’une reprise en 2004. On pouvait y applaudir Michel Trempont ou Patrick Rocca, Franck T’Hezan, Pierre Yves Duchesne et Eric Huchet, le tout sous la direction de Grard Daguerre.

La Vie Parisienne à Mogador

La Vie Parisienne à Mogador

Grand spectacle au Châtelet en 1980

Grand spectacle au Châtelet en 1980

La Vie Parisienne entre à la Comédie-Française en 1997

La Vie Parisienne entre à la Comédie-Française en 1997

A la sauce Savary en 2001 à l'Opéra Comique

A la sauce Savary en 2001 à l'Opéra Comique

La Vie Parisienne connaît aussi deux intégrales (Plasson et Rauber aux antipodes l’une de l’autre) et d’innombrables sélections. Christian-Jacques en fait un film en 1977 avec Bernard Alane, Jean-Pierre Darras, Dany Saval et Martine Sarcey.

Il existe aussi de nombreuxn DVD dont la Version Pelly de l'opéra de Lyon mais aussis de la version la plus indigne qui puisse exister. Il s'agit de la version de l'Opéra de Lyon en 1990 avec Hélène Delavault. Seul l'affiche vaut le détour.

La Vie Parisienne

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