La Périchole à Bruniquel...entretien avec Maryline Fallot

Publié le par Jef

La Périchole à Bruniquel...entretien avec Maryline Fallot

Après Barbe Bleue, La Grande Duchesse et la Belle Hélène, la compagnie de la Tour Brune-haut a enchanté le festival de Bruniquel avec la Périchole.

Bruniquel est un lieu magique. La nuit n’a pas encore enveloppé le site historique et nous nous pressons tous pour assister au seul festival français consacré uniquement à la musique de Jacques Offenbach. Mais avant d’assister au spectacle et à la table d’hôte qui suit, il y a une route à faire. La ville haute de Bruniquel à l’intérieur de ses fortifications romantiques ne comporte que quelques rues dont une très en pente. Comme un bon vin, un spectacle d’Offenbach, ça se mérite et c’est souvent à bout de souffle que les festivaliers arrivent au pied du château, massive forteresse chargée d’histoire qui a servi de décor au célèbre film Le Vieux Fusil avec Romy Schneider et Philippe Noiret. Le festival a lieu dans un grand espace au pied du Donjon surmontant la vallée de l’Aveyron. La magie continue. Perché sur les gra-dins; à l’ombre de cet imposante bastide, le festivalier a l’impression d’être en équilibre au dessus d’un paysage sans égal, assistant en première partie du spectacle au couché de soleil sur les châteaux de Bruniquel. Le spectacle peut commencer.

La Périchole à Bruniquel...entretien avec Maryline Fallot

L’introduction au spectacle est faite par Thibaut T’Hézan, sur ses échasses qui raconte aux enfants une histoire, celle de la Périchole. Les personnages principaux sont des marionnettes qu’il dirige tout le long de l’histoire. Cette mise en bouche fort bien vue nous ouvre le specta-cle servi par une mise en scène à la fois dynamique et drôle. Franck T’Hézan a beaucoup de chance. Il a entre ses mains de très bons comédiens; Pas un ne démérite. Il est aussi servi par un costumier, Stefan Früh, qui caractérise chaque personnage à coup de velours, de dentelles et de soie. C’est vraiment très réussi. Stefan Früh réussit à traduire la folie de l’opéra-bouffe dans ses costumes. Le dispositif scénique est assez simple mais très efficace.

Le duo Périchole-Péquillo est le centre de toute cette histoire autour duquel gravite un vice roi, deux hurluberlus, trois cousines, des courtisanes, deux notaires et un prisonnier muni d’un petit couteau. La Périchole, c’est Maryline Fallot, aussi à l’aise dans la comédie que dans les airs plus lyriques. Elle détaille fort bien sa lettre, très applaudie, et on comprends aisément que son Piquillo lui pardonne après son Je t’adore brigand. Elle conjugue aussi bien la comé-die que le chant et avec son Piquillo, Frédéric Mazotta, ils forment un couple «au diapason». Alliant toutes les facettes de la comédie, ils donnent une saveur à la fois tendre et décalé à ce couple de saltimbanques.

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Le vice-roi est campé par le bien chantant Till Fechner et les deux hurluberlus, très appréciés par le public, sont interprétés par Philippe Ermelier et Michel Vaissière à qui ont doit une bonne partie de la réussite de ce spectacle. Tous les seconds rôles, ils ne le sont pas tant que cela, sont admirablement bien tenus aussi bien par Daniel Desmons, Aude Fabre-Sardier, Isa-belle Fleur, Annaïs Constant et Jeanne-Marie Levy.

Pays de bons chairs et de bons vins, cette Périchole est servi par Jean-Christophe Keck, que l’on ne présente plus, et qui, comme un grand chef de cuisine, nous sert des morceaux de mu-siques de haute teneur et qui, comme tout chef à Bruniquel, agrémente les mélodies du maî-tres de petites anecdotes bien venus.

Une Périchole inoubliable pour les festivaliers 2012 qui, pour beaucoup, ont continué leur nuit dans des agapes dignes de Gargantua.

La Périchole à Bruniquel...entretien avec Maryline Fallot

Avant la représentation, Maryline Fallot a pu m’accorder quelques minutes pour me parler de sa Périchole.

Bonjour Maryline Fallot, nous sommes dans ce site enchanteur qu’est le château de Bruni-quel. Il fait beau. Il fait chaud. Cela sent les vacances?

On pourrait le penser. Mais, on travaille tous les soirs, cinq soirs de suite exactement. Le spectacle commence à 21h30. On se fait maquiller deux ou trois heures avant. On finit avec les tables d’hôtes vers 2h00 voire 2h30. Ces sont des journées bien remplis. On essaye de dormir le matin.

Revenons sur votre parcours. Comment êtes vous venus à la musique?

La voix m’intéressait. J’ai fait mes études supérieures à Grenoble et j’ai rencontré une per-sonne qui donnait des cours et qui avait une petite compagnie d’opérette. J’ai commencé avec elle dans les chœurs. Après, tout s’est enchaîné. Je suis entré au conservatoire de Grenoble puis à Lyon où j’ai obtenu une médaille d’or. Ensuite, je suis parti en Italie pendant deux an-nées dans une académie d’art lyrique. Quand je suis revenu, j’ai été engagé dans la troupe de l’Opéra de Lyon et j’ai débuté avec Panima. Beaucoup de rôles de Soprano. Avec l’Atelier Lyrique, j’avais des rôles important et puis avec Nagano et les chefs invités, j’ai commencé par des petits rôles et fini avec Musette, Suzanne…

Et maintenant, vous êtes mezzo.

C’est l’évolution de ma voix. Après 15 années de soprano, avec la maturité, la voix s’est étof-fé dans le médium. Et puis, une carrière de soprano peut s’écourter assez vite. Les rôles de mezzo permettent de continuer une carrière.

La Périchole à Bruniquel...entretien avec Maryline Fallot

Vous êtes une fidèle de Bruniquel.

Oui, c’est ma huitième année.

Vous avez abordé une bonne partie du répertoire d’Offenbach.

La Belle Hélène, je ne l’ai pas faite à Bruniquel mais à Lausanne et à Saint-Etienne. La Grande duchesse, je l’ai chanté dans ces murs et cette année la Périchole.

Qui est cette Périchole?

C’est une femme merveilleuse. C’est une grande amoureuse et c’est aussi une femme libre. Je la considère comme un peu l’égal de Carmen. Ce sont des femmes qui sont libérées, qui n’ont peur de rien. Leur seul objectif, c’est d’être avec l’homme qu’elles aiment. La Périchole, c’est une grande héroïne romantique tout en étant une femme qui défend la condition féminine au sein du couple; au sein de la société. Elle est vraiment très intéressante.

Et puis, pour l’époque, elle porte un regard original sur l’homme.

Oui, complètement...(rires). Elle le traite de bête mais c’est fait avec beaucoup d’humour. Elle a beaucoup de tendresse pour son Piquillo même s’il ne lui rapporte pas assez d’argent pour qu’elle puisse manger. Elle n’est pourtant pas vénale puiqu’elle va venir le retrouver en prison alors qu’elle aurait pu rester auprès du vice-roi et avoir l’argent et surtout les dîners...(rires).

La Périchole, La Belle Hélène et La Grande duchesse sont trois rôles qui ont été écrits pour une seule chanteuse: Hortense Schneider. Existe-t’il un lien entre ses trois rôles?

Au niveau vocal, c’est certain. Je me sens très bien dans les rôles d’Hortense Schneider. J’y navigue très bien. Je n’ai pas fait Barbe Bleue.

L’autre lien, c’est que ce sont trois amoureuses. La différence, c’est que La Belle Hélène et la Grande Duchesse vont se laisser mener par leurs amours. Tandis que Boulotte et Périchole sont des femmes qui vont diriger et qui vont décider ce qu’elles vont fa
ire.

Musicalement, quels sont les défis d’un tel rôle?

Dans les premiers duos, l’aspect théâtral est plus important. Les airs vocaux sont plus ceux de la Lettre et du 3e acte. C’est beaucoup plus lyrique et l’on a besoin de bien respirer, de bien poser la voix. Avec la Griserie, on retombe dans la comédie. Avec l’air du final du 2e acte, que les hommes sont bêtes, on est un peu entre les deux.

Vous avez de grandes aînées dans ce rôle, que cela soit Crespin, Berganza ou Rhodes. Une préférence?

J’aime Crespin. Elle a pu apporter quelques choses de plus lyrique. On m’a aussi comparé à Jane Rhodes.

Revenons à Bruniquel. Comment se passe le festival?

Nous avons très peu de temps de répétitions; Pour monte cette œuvre, treize jours exactement avec pratiquement trois services par jour. Tout s’enchaîne très vite: pré-générale, générale, quatre spectacles la première semaine, deux jours de repos et puis de nouveau, cinq specta-cles. C’est assez difficile. Mais, en même temps, on est programmé pour cela. J’ai l’habitude de faire ce festival et je sais bien gérer ma journée et mon énergie pour tenir d’un bout à l’autre.

Et puis, après la mi-temps, il y a les célèbres tables d’hôtes?

Nous chantons quelques duos, trios selon notre envie.

Et quel rapport avec le public?

Le public change d’endroit. Nous avons un très bon contact avec eux...Beaucoup d’habitués du festival. Il y a aussi quelques touristes... On retrouve un public qui a l’habitude d’aller à l’opéra mais aussi des habitants de la région qui savent que l’on va partager avec les artistes des moments plus intimes, plus privilégiés. On est un peu plus débridé et on chante des chan-sons rigolotes... (rires)... et pas que du Offenbach.

Comment se sont passées les premières de la Périchole?

Très bien. Nous avons eu un très gros orage lors de la deuxième, ce qui a interrompu le spec-tacle après le 1er acte. Sinon, tout s’est bien déroulé.

Cet été, nous avons entendu deux grands du lyrique appeler le retour à la troupe. Qu’en pensez-vous?

Je pense qu’ils ont complètement raison. J’ai eu la chance de faire parti de la dernière troupe de l’Opéra de Lyon. C’est là que j’ai appris mon métier. Pour un jeune chanteur, c’est fondamental de pouvoir d’une part côtoyer les grands chanteurs et ensuite de faire son expérience sur scène. L’Allemagne a conservé cette façon de fonctionner et elle a complètement raison. Cela permet d’avoir une palette d’artiste toujours présent pour faire des plus petits rôles et par la suite des rôles plus importants...et aussi pour finir sa carrière et retrouver des rôles de compositions. Pour apprendre le métier, c’est très bien

Qu’aimeriez vous chanter?

J’aimerais chanter Carmen. . C’est un appel à ceux qui lisent Inf’Opérette...(rires) C’est la continuité des rôles que j’ai joué. Pourquoi pas aussi Madame Phidias dans Phi-Phi. Je suis en train de travailler Sylva de Princesse Czardas.

Et après Bruniquel?

Je continue avec La Périchole à Paris, salle Gaveau.

Merci Maryline Fallot et bonne Périchole.

Distribution

Direction musicale : Jean-Christophe Keck
Mise en scène : Franck T’Hézan
Chorégraphie : Julie Moryousef
Costumes: Stefan Früh

La Périchole: Maryline Fallot
Piquillo: Frédéric Mazotta
Le Vice Roi: Till Fechner
Panatellas: Michel Vaissière
Don Pedro: Philippe Ermelier
Gualdania et Manuelita: Jeanne-Marie Levy
Berginella et Frasquinella: Aude Fabre-Sardier
Mastrilla et Brambilla: Isabelle Fleur
Magdalena et Ninetta: Anaïs Constans
2e Notaire, Tarapote et le Geolier: Dominique Desmons
1er notaire et le marquis de Santarem: Frank T’Hézan
Pantalones: Thibaut T’Hézan

Festival de Bruniquel
2 août 2012


Photos :
La Dépêc
he

Propos recueillis par Jef
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© INF'OPERETTE et L'Opérette c'est la
fête

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