La Danse des Libellules à l'Odéon de Marseille, entretien avec Bruno Conti

Publié le par Jef

La Danse des Libellules à l'Odéon de Marseille, entretien avec Bruno Conti

Après des décennies d’absence sur les scènes françaises, La Danse des Libellules , l’opérette bien oubliée de Franz Lehar, revient pour un week end au théâtre de l’Odéon de Marseille.

Au début des années 1920, Franz Lehar se lie avec le compositeur italien Carlo Lombardo, son alter ego dans l’opérette italienne et heureux compositeur de La duchessa del Bal Tabarin. Lombardo se pique aussi à l'écriture de livrets comme Si sur une musique de Pietro Mascagni en 1917. La rencontre des deux compositeurs débouchent sur la conception d’une nouvelle opérette : La Danza del Libellule crée à Turin le 3 mai 1922 avec un certain succès. Franz Lehar a intégré dans cette nouvelle opérette un certain nombre d’extraits d’une œuvre qui avait moins marché en 1916 : Der Sterngucker. Il y ajouta un certain nombre d’airs et de danse dans la mode du temps (le fox-trot « Gigolette » et la java-gavotte). Cette habitude de transfert d’airs d’une opérette à une autre n’était pas nouvelle pour Lehar. On retrouve dans le comte du Luxembourg (1909) des réminiscences de Wiener Frauen (1902).

Après l’Italie, l’opérette est présentée à Paris au théâtre du Ba-Ta-Clan le 14 mars 1924. La distribution est de qualité et regroupe une vedette de l’Opéra-Comique, Maria Kousnezoff (Hélène). Marthe Ferrare, qui avait chanté l’année précédente dans l’Amour Masqué aux cotés de Sacha Guitry et d’Yvonne Printemps et qui sera une des créatrices du Comte Obligado, joue le rôle de Charlotte. Marie Dubas (Zuzu) qui créera PLM de Christiné, complète la distribution féminine. Coté homme, Jacques Vitry incarne Charles de Follevie. Florian Bruyas note que vocalement il était en progrès. Felix Oudart qui avait joué dans Nellyde Latès à la Gaîté-Lyrique en 1921 et dans Monsieur Dumollet d’Urgel en 1922 dans le même théâtre avec Edmée Favart, interprète le rôle de l’aventurier Dieuleveult. Sa carrière se continuera avec brio à Mogador dans les créations françaises de No No Nanette, Rose-Marie, Halleluia, à la Gaîté-Lyrique dans La Chanson du Bonheur de Lehar et dans la reprise d’Orphée aux Enfers à Mogador.

Cette opérette est perçue comme une mise au goût du jour du genre viennois, adaptée à la mode anglo-américaine comme le fait remarqué Bruyas dans son monumental Histoire de l’Opérette en France. L’œuvre ne semble pas rester longtemps à l’affiche car la directrice du Ba-Ta-Clan la remplace par La Divorcée de Léo Fall et à même le temps de reprendre Evade Lehar à la fin 1924. En province, elle a une vie un peu plus longue grâce à Réda Caire qui la jouera beaucoup à …………..Marseille.

Et c’est à Marseille, au théâtre de l’Odéon, que nous la retrouvons dans une mise en scène de Jean-Jacques Chazalet et sous la direction de Bruno Conti. Pour marquer cet événement et signaler l’audace de cette programmation, l’Opérette c’est la fête a la joie de recevoir le chef d’orchestre Bruno Conti pour nous parler de cette opérette mais aussi de lui.

Bonjour Bruno Conti, quel a été votre parcours de musicien avant de faire le choix de la direction d’orchestre ?

Je suis issu d’une famille de musiciens. J’ai fait des études de piano, trombone, harmonie et analyse avant d’obtenir une licence de musicologie en Sorbonne et entamer mes études de direction d’orchestre.

Comment avez-vous connu le répertoire d’opérette ?

Ayant une mère chanteuse, j’ai été plongé tout petit dans le répertoire lyrique qu’il soit d’opérette ou d’opéra. J’ai abordé ce répertoire très tôt dans mon activité de chef d’orchestre tout d’abord dans un groupe lyrique semi-professionnel.

Quelles sont vos références (en chef d’orchestre) qui vous ont amener à choisir plus l’opérette qu’un autre discipline (opéra, musique symphonique, musique sacrée) ? Existe-t-il un style « chef d’orchestre d’opérette » ?

Je n’ai pas choisi l’opérette. Les hasards des rencontres professionnelles ont fait que mon activité actuelle se situe plutôt dans ce genre sachant que je dirige aussi des opéras et que j’ai été pendant dix ans chef titulaire d’un orchestre en région Rhône-Alpes avec lequel nous abordions divers répertoires (symphonique, choro-symphonique, etc).

Je ne suis pas sûr qu’il y ait un style « chef d’orchestre d’opérette », par contre certains chefs d’orchestres ont une meilleure aptitude à être chef lyrique (opérettes et opéras) que d’autres. Un bon chef d’orchestre lyrique est souvent tout aussi bon chef d’orchestre symphonique, le contraire n’étant pas toujours vrai.

Franz Lehar

Franz Lehar

Ce n’est pas votre première direction à l’Odéon ? Qu’avez-vous déjà dirigé et quels sont les effectifs de ce théâtre ?

Monsieur Chazalet, directeur du théâtre de l’Odéon, me fait confiance depuis plusieurs années et m’engage pour la plupart de ses productions. La liste des œuvres que j’ai dirigé serait trop longue. Elle comporte tous les styles du genre (Opéra comique, opérette Viennoise, etc).

Aimez-vous diriger en fosse ?

Le métier de chef d’orchestre lyrique est passionnant même si j’éprouve tout autant de plaisir à diriger le répertoire symphonique. Mon égo n’étant pas surdimensionné, je n’éprouve aucune aigreur à m’effacer au profit des chanteurs. Nous sommes tous là pour offrir un spectacle au public quelle que soit la mise en lumière de chacun.

Le théâtre de l’Odéon fait une reprise courageuse en février prochain en programmant La Danse des Libellules de Franz Lehar, vous en êtes le chef d’orchestre. Qu’apporte cette partition, coincée entre la première ébauche du Pays du Sourire et de Paganini, plus qu’une autre œuvre de Lehar ?

Apporter quelque chose est peut-être un bien grand mot. Elle est en tout cas beaucoup moins lyrique et moins proche d’un répertoire plus opératique. Je la qualifierai de plus légère sans apporter aucune connotation péjorative dans ce terme.

Comment caractériserez-vous l’orchestre de Lehar et son écriture vocale ? Il y a un monde entre La Veuve Joyeuse et le Pays du Sourire. Vers quel genre se rapproche le plus cette Danse des Libellules ?

L’écriture de Lehar, éminemment Viennoise, mêlant marches, valses, etc, se situe dans la lignée de la famille Strauss. Elégance et raffinement sont peut-être les caractéristiques essentielles de sa musique, en plus d’un don évident de mélodiste. En ce qui concerne le Pays du sourire Lehar s’est « dramatisé » en se rapprochant de l’opéra, il suffit d’écouter le final du premier et du deuxième acte ou « je veux revoir mon beau pays » qui dans son introduction tout au moins nous fait penser quasiment à Richard Strauss. La Danse des Libellules se rapprocherait sûrement plus de la Veuve Joyeuse par son côté plus léger et plus « opérettique » même si je pense qu’elle est beaucoup moins inspirée, raison peut-être de sa totale disparition.

Lehar a utilisé pour cette partition des airs venant d’une œuvre plus ancienne « Der Sterngucker » et des morceaux nouveaux. Cette variété de compositions en font elle un ensemble musical cohérent ?

Absolument, il y mêle valses, moments doux et lyriques, marches et même fox-trot, diversité indispensable à une opérette de ce style là, en tout cas.

Quel a été (ou va être) votre travail avec le metteur en scène et les chanteurs ?

Pour le moment le travail a été de définir les coupures musicales avec le metteur en scène. Ensuite, le « montage » proprement dit du spectacle s’effectuera dès le début des répétitions au théâtre. Nous sommes tous vierges concernant cet ouvrage, nous apporterons donc chacun notre pierre, hors de toutes traditions quelquefois néfastes au genre, dans un esprit consensuel, pour redonner vie à cet ouvrage.

Que pensez-vous des réorchestrations que l’on retrouve de plus en plus dans les nouvelles productions d’opérette ?

Les réorchestrations ont pour origine généralement le fait que ces spectacles coûtent cher et qu’un des postes le plus coûteux est l’orchestre. Qui ne revêrait de monter ces spectacles avec 45 musiciens ? Seulement voilà, c’est impossible budgétairement. L’autre raison est que, de plus en plus de petites compagnies aspirent à monter de l’opérette, et, en plus de l’aspect budgétaire se greffe la taille des salles qui souvent ne peuvent accueillir une grande formation orchestrale du fait tout simplement de l’absence de fosse. Je passerai sur le fait de monter »la vie Parisienne » à l’opéra comique avec 12 musiciens et piano-chef !! En résumé, une réorchestration bien faite, si le but est de pouvoir monter des spectacles à moindre frais (pour les structures qui n’ont pas beaucoup de moyens) et ne pas faire tomber dans l’oubli ce répertoire, je suis d’accord.

Vous-même, pensez-vous à composer une œuvre lyrique légère ?

Je laisse ce travail à des gens beaucoup plus compétents que moi dans ce domaine et reste avec bonheur dans mon rôle d’interprète. Par ailleurs, je crois que composer et monter une œuvre lyrique légère à notre époque serait vouée à l’échec. L’avenir est maintenant dans la comédie musicale, la vraie, je ne parle pas de ces spectacles qui enchaînent les tubes médiatiques et qui n’ont de comédie musicale que le nom.

Après cette curiosité, quels sont vos projets qui vous tiennent à cœur dans les saisons à venir ?

Peut-être plus particulièrement la reprise au théâtre de l’Odéon de « Ciboulette » de Reynaldo Hahn, petit bijou musical de l’opérette Française.


Merci beaucoup Bruno Conti d’avoir accepter de répondre à ces quelques questions pour le forum L’opérette c’est la fête et bonne chance à votre Danse des Libellules.

Biographie

Bruno Conti

Bruno Conti

Après des études de piano, trombone et musicologie en Sorbonne où il obtient une licence en 1982, Bruno Conti, entame des études de direction d’orchestre avec Benoît RENARD puis Jean-sébastien BEREAU et enfin Dominique ROUITS avec qui il obtient un diplôme de direction d’orchestre à l’école normale supérieure de musique de Paris.

Tout d’abord chef de plusieurs orchestres de jeunes, notamment aux conservatoires de Brive la Gaillarde, Versailles et Villefranche sur Saône, il devient assistant de Jean-Marc COCHEREAU à l’orchestre symphonique Arpèges, en région Rhône-Alpes, ainsi qu’au festival de théâtre musical de Loches.

Il est pendant dix ans chef d’orchestre titulaire de l’ensemble orchestral Synaxis Vienne-Vallée du Rhône avec lequel il présente des concerts symphoniques, choro-symphoniques et lyriques.

Depuis 1993, il effectue des directions d’orchestres d’opérettes, opéras et comédies musicales tant en France qu’à l’étranger.
Notamment :
1994 Le chanteur de Mexico de F. Lopez Place des arts à Montréal.
1995 Barnum (comédie musicale) au théâtre de la mutualité à Paris.
1998 Là-haut de M. Yvain au théâtre des variétés à Paris.
2003 La chauve souris de J. Strauss au grand théâtre de Limoges.
2005 Carmen de G. Bizet aux arènes de Bayonne
Orphée aux enfers de J. Offenbach au festival d’opérette d’Aix les bains.
2006 Norma de V. Bellini au théâtre de Tarascon.
La fille du régiment de G. Donizetti au théâtre de l’Odéon à Marseille.
2007 Cosi fan tutte de Mozart au théâtre de Tarascon.
Lakme de L.Delibes au théâtre de l’Odéon à Marseille.
2008 Ciboulette de R. Hahn au théâtre de l’Odéon à Marseille.

A propos de La Danse des Libellules



Acte I : La place du village dépendant du château de Follevie
C’est jour de fête : un nouveau riche nommé du Rand s’installe dans le château d’un duc authentique, Charles de Folleville, qu’il a évincé après avoir désintéressé les créanciers hypothécaires. Ce bourgeois gentilhomme a pour escorte deux stupides secrétaires qui sont mariés à des femmes charmantes, Zuzu et Charlotte, et qui embrouillent tout en prenant des airs avertis.

Acte II : Une immense terrasse du château de Follevie
On donne de grandes réjouissances à l’occasion de l’inauguration de la salle des fêtes. La principale invitée est une jeune veuve, Hélène, que Du Rand désire épouser. Subitement, le duc paraît. On le retient pour remplacer, au pied levé, le jeune premier d’une petite pièce qu’on répète et où les invités prennent les rôles des acteurs. Au cours des répétitions, le duc et Hélène subiront toutes les tentations des rôles de comédie qu’ils ont accepté de jouer. Travestis, leurs sentiments s’expriment librement. Mais en reprenant leurs habites ordinaires, Hélène troublée veut que Charles s’en aille. Celui-ci dévoile alors qu’il est le dernier descendant des ducs de Follevie, qu’il a pu racheter le château et qu’il se trouve maintenant chez lui. Les rôles sont simplement intervertis. Charles garde les invités de Du Rand auprès de lui et la revue continue.

Acte III : Les bosquets du parc du château
Le duc Charles qui a pris pour majordome Dieuleveut reçoit ses amis à un garden-tea. Zuzu et Charlotte viennent relancer Charles jusque chez lui : les maris respectifs les cherchent en vain. Hélène vient reprocher à Charles de compromettre ces deux femmes mariées. Puis, malgré eux, leur amour éclate, terminant ainsi cette opérette.


Opérette en trois actes
Livret de Roger FERREOL et Max EDDY
Musique de Franz LEHAR
Mise en Scène Jean-Jaques CHAZALET
Direction Musicale Bruno CONTI
avec Laurence JANOT, Laure CRUMIERE, Patricia SAMUEL,
Rodrigue CALDERON, Jean-Philippe CORRE, Pierre SYBIL,
Remi COTTA, Antoine BONELLI

Dossier réalisé par Jef. Tous droits réservés.
© INF'OPERETTE et L'Opérette c'est la fête

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