L'Auberge du Cheval Blanc à Reims...Entretien avec Jacques Duparc

Publié le par Jef

L'Auberge du Cheval Blanc à Reims...Entretien avec Jacques Duparc

L’Auberge du Cheval Blanc sera ouverte à la fin du mois de janvier à l’Opéra de Reims et c’est Jacques Duparc, metteur en scène et Léopold ; qui nous y reçoit et nous livre tous les secrets de cette production.

Bonjour Jacques Duparc, vous mettez en scène à Reims L’Auberge du Cheval Blanc. Est ce une nouvelle production ?

C’est une production de l’Opéra d’Avignon, qui a été déjà reprise plusieurs fois. C’est une nouvelle mise en scène. Les costumes sont de Danièle Barraud. C’est toute une nouvelle équipe qui est sur cette auberge et nous voilà à Reims. L’année prochaine, nous serons à Metz pour les fêtes de fin d’année.

Quelle différence avec la mise en scène que vous aviez faite à Mogador en 1999 ?

A l’époque, nous avions joué cette Auberge pendant trois mois. A l’époque, nous l’avions faite avec moins de moyen et cette expérience m’avait donné l’idée de remonter cette opérette en la dépoussiérant un peu, en réduisant un peu le texte et en la rendant plus dynamique.

La version de Mogador avait été monté un peu avec du bric et du broc. On avait blanchi tout cela et commencé à dépoussiérer. Avec Raymond Duffaut, nous avons décidé de reprendre cette idée et de faire une nouvelle production. Cette nouvelle production donne un coté comédie musicale à la française.

Effectivement, on a raccourci un petit peu car j’estimais que l’ouvrage était trop long. Aujourd’hui, les standards sont que les gens ne veulent pas forcément assister à des spectacles de quatre heures. On l’a réduit aussi pour des raisons très simples. La version originale tenait compte qu’il fallait changer les décors d’où des petites scènes devant le rideau et de nombreuses réminiscences pour pouvoir permettre de changer le décor. Comme nous sommes dans une production où il n’y a pas besoin de changer de décor, nous sommes tout le temps dans la même unité de lieu, ce qui fait que toutes ces scènes et réminiscences sont devenus inutiles. Cela raccourcit considérablement l’ouvrage. Tous les airs sont présents, tous les duos et tous les chœurs. Il y a une grosse partie de chœur à
défendre.

Le parti pris que vous aviez pris à Mogador concernant cette vision très drôle d’un empereur un peu déjanté est-elle dans cette nouvelle mise en scène ?

On retrouve un empereur qui est complètement à coté de ces pompes. (rire) J’ai gardé cette idée car cette histoire en 2011 est difficile à faire passer. Cette arrivée d'un empereur dans une auberge peut paraître très bizarre. Comme je traite un peu cet ouvrage un peu comme une bande dessinée, j’ai traité l’arrivée de l’empereur de façon humoristique. A Mogador, Jacques Lemaire tenait le rôle de l’empereur. J’en avais fait un personnage complètement déjanté. Celui de Reims le sera tout autant.

A quoi va ressembler votre scénographie ?

Il y a une différence avec la version Mogador. En 1999, tous les chœurs et le ballet étaient unis en même temps. Les chanteurs avaient des micro-cravates. En province, il n’y en a pas. Tout est chanté en vraie voix sans micro avec un orchestre symphonique. Costumes et décors ont été changés. Tout se passe dans la cour de cette auberge.

Encore beaucoup de spectateurs ont en mémoire les images des grandes mises en scène du Châtelet ? l’arrivée du bateau, du train, de l’Empereur…

Tout cela était possible du temps du Châtelet. Aujourd’hui, financièrement, c’est impossible. Aucun théâtre ne pourrait mettre autant de moyen pour jouer un mastodonte de l’opérette. Il faut trouver des moyens pour que l’on ait ce sentiment de grandeur. Ce n’est pas une version minimaliste de l’Auberge. A Reims, on est proche des cinquante exécutants sur scène. Le Châtelet pouvait se permettre l’arrivée du bateau, du train avec de nombreux figurants. Actuellement, les mises en scène demandent plus de simplicité mais aussi plus de finesse et plus de poésie. Le décor de Reims est très poétique. C’est un peu un décor à la Blanche Neige. On a oublié qu’il y avait dans l’Auberge de très jolies situations, de très nombreux airs. Tout en gardant l’humeur comique, il faut en garder toute la poésie. C’est l’histoire d’un amour contrarié, torturé déçu. C’est une belle histoire à raconter.

C’est vous qui allez interpréter le personnage central de cette opérette. Qui est ce Léopold ?

J’ai toujours beaucoup aimé ce rôle. C’est le majordome de l’Auberge du Cheval Blanc. C’est lui qui dirige l’Auberge. Il y a une patronne, la propriétaire des lieux, qui a un directeur général. C’est Léopold. Or Léopold est amoureux de cette femme qui ne l’aime pas du tout. Elle le trouve très bien pour diriger l’Auberge mais leur rapport s’arrête là. Elle, au contraire, profite de l’arrivée de certains clients, comme Florès, pour avoir des petits flirts. Evidemment, Léopold en prend ombrage. C’est ce qui va provoquer des tas de quiproquos dans la pièce. L’histoire de l’Auberge du Cheval Blanc, c’est l’histoire d’amour de cette patronne et de ce majordome. Ce n’est qu’à la fin de la pièce que cette patronne, Josépha, se rendra compte que sans ce directeur général exceptionnel, son auberge bat de l’aile. A la fin, elle se marie avec lui. C’est un mariage de raison, semi sentimental.

Elle est très moderne cette Josépha ?

C’est le principal rôle féminin. C’est une femme de tête. Elle dirige son hôtel avec beaucoup de maestria car elle est secondée par son majordome qui lui règle tous les problèmes matériels. Elle profite des clients un peu fortuné comme cet avocat. C’est une femme normale qui a besoin de sentiments pour vivre et qui sans doute, rêve de s’évader de son auberge. Même si l’Auberge est un ouvrage comique, de divertissement, il y a quand même une histoire que j’aime bien raconter.

Vos mises en scènes sont toujours assez drôles et changent souvent de ce que l’on peut voir habituellement. Le renouveau de l’Opérette se fera-t’il par une évolution de la mise en scène ?

C’est actuellement indispensable et je ne suis pas le seul à le comprendre et à le faire. Dans les années 1980, quand je suis sorti du Conservatoire National de Paris, c’était encore la grande époque. Tous les théâtres de Province avaient leurs saisons, mais souvent on jouait les mêmes opérettes partout avec souvent les mêmes artistes. Cela ne pouvait plus durer et cela ne pouvait pas intéresser les jeunes.

Il fallait trouver à l’opérette un contenu théâtral. Au départ, je venais du théâtre. J’ai débuté à Nantes et c’est Jean-Luc Tardieu qui aimait beaucoup le chant qui m’a aiguillé vers le Conservatoire. Dans certaines mises en scène, je me sentais un petit peu ….pauvre. Je pensais que l’on pouvais faire autre chose avec ces ouvrages, leur donner une actualité. On peut le faire dans Offenbach, Messager, Lehar et trouver une autre façon de faire des décors car toutes les productions qui tournaient venaient du Châtelet et tout le monde se basait sur ces productions. On ne pouvait pas continuer à jouer de cette façon. Il fallait leur donner une autre dimension, une autre esthétique, une autre priorité, une situation de théâtre…. C’est ce que j’ai fait avec la production de Dédé avec cette chaussure géante que l’on avait joué à l’Opéra Comique. Cela a été le cas avec la Route Fleurie, avec Le Chanteur de Mexico à Avignon, Un de la Canebière à Avignon avec un énorme bateau de pèche et avec Czardas, un ouvrage magnifique que l’on a fait à Bordeaux. L’opérette compte de beaux ouvrages, de la belle musique et de belles situations de théâtre et je trouve qu’il faut pour donner ce répertoire dans les théâtres leur donner une nouvelle esthétique et les monter comme une pièce de théâtre d’aujourd’hui. Il faut faire cet effort esthétique, s’entourer de costumiers, de décorateurs qui pensent les costumes et les décors comme on doit les penser en 2011. Il est capital de repenser ces ouvrages, de les adapter et de les rendre plus court.

Il faut aussi rajeunir les distributions. Il y a des tas de rôles que je ne joue plus et il est temps de passer la main. Pour moi, il est très important que les chanteurs aient les âges de leur rôle. Je les trouve dans une école de comédie musicale de Paris : l’Académie internationale de Comédies Musicales où il y a une formation de trois ans. Dans l’Auberge, il y a toute une pléiade de jeunes artistes exceptionnels : Fabrice Todaro, Kévin Lévy, Aurore Delplace. Il y a aussi Florian Cléret, Charlotte Filou. Ce sont des jeunes qui chantent bien, qui dansent et qui jouent la comédie. Que voulez-vous
de mieux ?

L'Auberge du Cheval Blanc à Reims...Entretien avec Jacques Duparc

Par rapport à l’Opéra qui a eu une renaissance à partir des années 1970, l’Opérette a t’elle un métro de retard ?

Oui, je pense que l’opérette a eu un métro de retard et qu’elle est en train de le rattraper. Aujourd’hui, des metteurs en scène très importants comme Laurent Pelly et sa Vie Parisienne et beaucoup d’autres renouvellent le genre et transforment ces spectacles en comédie musicale à la française, en opérette comédie musicale… Je ne sais pas quel mot il faudrait employer. Il faut que dans les têtes d’un certain public le mot opérette ne fasse plus peur. Certains artistes qui jouent de l’opéra ou de la comédie musicale ne veulent plus jouer de l’opérette à cause de son image « vieillotte ». Il n’a rien qui m’exaspère le plus que d’insinuer que l’opérette est un art mineur et ringard. C’est souvent plus compliqué de monter des opérettes que de monter des opéras.

Votre Chanteur de Mexico qui a été un événement sur Paris Première a t’il changé l’image que peuvent avoir beaucoup de gens sur l’opérette ?

Cela a changé l’image pour les jeunes générations. Depuis cette retransmission, beaucoup de jeunes artistes m’ont contacté pour faire de l’opérette. Aujourd’hui, ces jeunes générations s’intéressent à ce genre d’ouvrage. Pour la Route Fleurie à Reims, nous avons fait une générale où nous avions invité les scolaires (collèges et lycées) avec des jeunes qui n’avaient jamais mis les pieds dans un théâtre et qui n’avaient jamais vu une opérette. Cela a été une soirée qui a très bien marché. Les jeunes étaient enthousiastes. Ils voyaient sur le plateau des jeunes et sentaient le dynamisme de ces jeunes artistes. Il y a aussi une éducation du public à faire. L’opérette montée de façon moderne avec des jeunes artistes qui pensent leur métier comme des artistes d’aujourd’hui et non avec une nostalgie du passé a toutes les chances de séduire un jeune public.

En tant que metteur en scène, quelles œuvres aimeriez vous mettre en valeur ?

J’ai beaucoup mis d’ouvrage en scène et je vais vous parler plutôt des ouvrages que j’aimerai remonter : La Vie Parisienne d’Offenbach, La Veuve Joyeuse et Princesse Czardas. C’est un ouvrage magnifique. Quand on est porté par une aussi belle musique, c’est plus facile d’aller vers le succès. J’aime beaucoup Messager : Passionnément, Coup de Roulis…très intéressant sur le plan théâtral et très exigent sur le plan musical. Je vais continuer aussi le répertoire de Francis Lopez : Le Chanteur de Mexico, La Route Fleurie et Andalousie, musicalement plus aboutie. J’aime aussi beaucoup le Mikado. C’est un ouvrage peu connue en France. Il mériterait une nouvelle production... Plein de projets avec plusieurs théâtre.

Il faut également créer. Comme une famille qui n’a plus d’enfant, cela se tarit et on perd le nom. Créer des opérettes c’est compliqué car ce n’est pas dans l’air du temps d’écrire des ouvrages drôles. Il y a pourtant un créneau qui tend à se mettre en place : la comédie musicale dramatique. Il y a un public pour cela. La preuve en est: les Misérables jouées avec beaucoup de succès l’année dernière au Châtelet. Des ouvrages de ce type ont toute leur place en France. J’en ai écrit quatre dont Clemenceau, la tranchée des baïonnettes créé en Vendée. Les jeunes artistes se reconnaissent dans ce genre d’ouvrage. C’est de la musique actuelle. Il y a aussi des situations dramatiques, des situations qui laissent à réfléchir sur le sens de la vie, le sens des valeurs, le doute, la souffrance, la douleur, tout ce qui finalement fait parti de la vie de chaque individu. La vie n’est pas faite que de rire. Si j’ai fait de la mise en scène d’opérette, c’est aussi un genre de psychothérapie pour éloigner les doutes et la nostalgie qui est parfois en moi. La vie n’est jamais aussi simple que l’on pourrait penser. J’aime mettre en scène ces comédies musicales dramatiques. Dans quelques années, j’espère mettre en scène les Misérables. Un sujet épique, une magnifique musique. Ce sont des choses que j’aimerai dans l’avenir développer.

Et en tant que chanteur, quel rôle vous reste-t‘il à interpréter ?

J’aime chanter. Je n’ai pas une voix d’opéra, mais plutôt ce qu’on appelle un voix de jeune premier fantaisiste, de trial comme on disait autrefois. Ce que j’aime chanter, c’est la comédie musicale dramatique et dans l’opérette, il y a énormément de rôles que j’adore. J’aime beaucoup Léopold mais aussi Le baron, Bobinet, Popoff, Dédé.

Après l’Auberge, qu’elle est votre actualité ?

Après l’Auberge, je vais remonter une Chauve Souris, des Routes Fleuries. Je prépare également une comédie musicale. Je vais prendre deux mois de congé sabbatique pour écrire une comédie musicale sur la Résistance. Je vais aussi remonter Dédé, Un de la Canebière. Je monte aussi des coproductions pour les deux années qui viennent.

Merci beaucoup Jacques Duparc et je ne vous dit pas Adieu comme dans l’Auberge mais à bientôt pour parler de la réalisation de tous ces projets.

Distribution

Direction musicale : Bruno Membrey
Mise en scène : Jacques Duparc
Décors : Christophe Vallaux
Costumes : Danièle Barraud

Léopold : Jacques Duparc
Josépha : Claudia Mauro
Bistagne :Michel Grisoni
Florés : Kevin Levy
Sylvabelle : Aurore Delplace
Piccolo : Florian Cleret
Célestin : Fabrice Todaro
Clara : Lina Lamara
L’Empereur : Jean-Michel Bayard

Opéra de Reims
29 et 30 janvier 2011


Propos recueilli par Jef
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