José Todaro, de l’opéra à l’opérette

Publié le par Jef

José Todaro, de l’opéra à l’opérette

Raflant tous les premiers prix aussi bien au Conservatoire que dans les concours de chant, après un début de carrière des plus prometteurs dans le monde de l’opéra, José Todaro crée avec un succès, jamais égalé depuis, une opérette dans le Paris traumatisé par la mort de Luis Mariano. Désormais, véritable star, attirant un public enthousiaste, José Todaro enchaîne tournées et créations tout en revenant à ses premiers amours : l’opéra. Mais laissons lui la parole….

Bonjour José Todaro,
La musique semble toujours avoir fait parti de votre identité. Comment est né votre goût pour l’opér
a ?

Depuis ma naissance, chanter a toujours fait partie du quotidien dans ma vie comme la nécessité de manger, boire, rire, dormir, marcher…mes souvenirs les plus lointains datent de l’âge de deux ans. Mes premiers maitres étaient : mes fréres, sœurs, mes voisins… A chaque réunion de famille, les fêtes du village ou a l’occasion d’un mariage , on me hissait sur une table et on me faisaient chanter des chansons que l’on m’avait appris.

Avec qui avez-vous travaillez votre voix ? Aviez-vous des modèles ?

Mon oncle maternel était sociétaire de deux cinémas, un a ciel ouvert pour la période de l’été et l’autre couvert pour l’hiver. Dès l’âge de six ans, j’y allais tous les jours regarder tous les films qui s’y donnaient. J’ai découvert des chanteurs qui chantaient mieux que moi, leurs noms : Enrico Caruso, Mario Lanza, Mario Del Monaco, Franco Corelli. Depuis ils sont restés mes modeles, mes maitres.

A l’âge de dix huit ans, je suis parti en France pour retrouver mes frères et mes sœurs installés en Moselle avec leurs familles. Ils m’ont appris qu’a Metz, il existait un conservatoire national de musique, de chant et d’art lyrique. Je n’ai pas perdu de temps pour m’inscrire dans la classe de solfège et dans la classe de chant .Mon professeur a été Georges Genin, ténor de l’Opéra de
Paris.


Vos grands débuts ont lieu à La Monnaie avec La Bohème. Comment s’est passé cette première prise de rôle et quel a été la suite de votre carrière dans l’opéra ?

Pendant mes quatre années d’études j’ai appris le français et j’ai obtenu mes diplômes.
Des la deuxième année de conservatoire, on m’invitait déjà pour chanter dans des concerts lyriques, dans des oratorios…

Le directeur du Théâtre municipal de Metz me proposait des rôles intéressants dans des opéras comme le rôle du ténor italien dans «Le chevalier a la rose» celui de l’innocent dans « Boris Godounov ». J’ai participé aussi a plusieurs concours de chant, obtenant les meilleures récompenses. Une bourse d’études m’a permis de participer à l’Académie Lyrique de Vichy, organisée par Monsieur Charles Imbert où les plus grands chanteurs et chanteuses de l’opéra de l’époque encadraient les jeunes espoirs aptes à une carrière lyrique.

C’est a cette occasion que Monsieur Raymond Vogel, Directeur de l’Opéra de Mulhouse m’a proposé mon premier contrat d’un an. J’y suis resté quatre années où je me suis assuré un répertoire de quatorze rôles d’opéra de premier ténor: Mireille, Rigoletto , Traviata, Les pécheurs des perles, La bohème…

Encouragé par des collègues, j’ai auditionné dans plusieurs théâtres, Je m’étais fixé un itinéraire : Nancy, Strasbourg, Luxembourg, Bruxelles, Dijon, Marseille…. Alors que l’on m’avait prédit une dizaine de spectacles, j’en ai obtenu 85dans la même première saison.

Ensuite, les portes de l’Allemagne, de la Suisse, de la Bulgarie, de la Roumanie, de la Pologne, de l’Angleterre se sont ouvertes grâce à Monsieur Huismann ,Directeur, qui m’a engagé pour interpréter 14 spectacles de « La Bohème » au Théâtre Roya
le de la Monnaie de Bruxelles.

Aviez vous un rôle ou un répertoire préféré ?

Les 42 Opéras de mon répertoire que j’a chanté en public, je les ai appris et interprété avec beaucoup d’amour et de sincérité. Ils sont tous dans ma tête et dans mon cœur comme un bon père peut aimer ses enfants mais c’est vrai que j’ai une particulière tendresse pour le rôle de Rodolfo de La Bohème de Giacomo Puccini qui m’a fait grandir vers le monde lyrique et le rôle de Don José de Carmen de Georges Bizet. C’est grâce a cet opéra que j’ai rencontré la femme de ma vie qui m’a permis de construire ma famille : Maria-Helena de Oliveira ,mezzo soprano. Elle tenait le rôle de Carmen et moi celui de Don José au théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles.

Ensuite, vous allez être connu du grand public avec la création de Gipsy à Lille puis pendant trois saisons au théâtre du Châtelet. Comment avez-vous rencontré Francis Lopez ?

C’est a l’Opéra Royal de Gand que Luis Mariano est venu dans ma loge avec son secrétaire, Monsieur Lacan, à l’issu des opéras Rigoletto, Romeo et Juliette, Madame Butterfly où j’interprétais les rôles principaux. A chaque fois, il, insistaient et me répétaient que l’Opérette manquait de ténor comme moi et que si j’acceptais de chanter au Théâtre du Chatelet, je deviendrais une grande star etc…

Je n’étais pas intéressé puisque mon calendrier était complet comme ténor d’opéra et que la grande star c’était lui. Lorsque je lui ai rappelais que le monde de l’Opéra en France considère moins l’opérette , il m’a répondu : « Il vaut mieux être Roi dans une petite nation que valet dans une grande » et que l’opérette est un art avec un grand « A ».

A Monsieur Francis Lopez, ses collaborateurs et ses relations, qui venaient me solliciter souvent après le décès de Luis Mariano j’ai leur répondais que pour une petite série de spectacles, j’accepterai de chanter une opérette composée sur mesure pour ma voix.
Gipsy a été créée a Lille pour 12
représentations .

Gipsy a été un succès phénoménal. Quels souvenirs gardez-vous de cet évènement ?

La création a connu un grand succès. La presse parisienne ,les maisons des disques, les directeurs des Théâtres de toute la France l’ont beaucoup apprécié. Le Théâtre du Chatelet était alors fermé. Francis Lopez me proposait 30 représentations de Gipsy avant que le théâtre soit transformé en parking municipal. Nous sommes restes trois saisons a l’affiche et le Chatelet a eté sauvé du triste sort qui l’attendait. Je suis très reconnaissant a l’opérette !

Le succès de Gipsy m’a permis de m’être établi dans la capitale, de me familiariser avec cette discipline musicale, d’avoir été apprécié et accepté par un immense public, après le décès de Luis Mariano. De plus, j’étais heureux de partager l’affiche avec Maria-Helena mon épouse, mon inséparable et excellente partenaire sur scène comme dans la vie,
Il y a eu aussi la naissance de notre fille Rose-Marie, a présent l’épouse de Louis Otey baryton du Métropolitain de New York.

Les théâtres de toute la France attendaient José Todaro dans Gipsy. La tournée a duré deux ans et demi. Pendant ce temps, Francis Lopez préparait « Volga » pour mon retour au Chatelet et inaugurer la rénovation de l’inté
rieur du théâtre.


Volga a été aussi une très belle production qui a pérennisé votre statut de grandes stars de l’opérette. Vous chantiez bien sur mais vous vous battiez aussi, conduisiez une troïka. Quels souvenirs gardez-vous de cette production ?

Volga une opérette a très grand spectacle , d’une grande richesse artistique et scénique, était destinée a une longue vie Parisienne mais ma nostalgie de revenir a mon répertoire d’opéra étais tellement fort que après un ans de succès, j’ai quitte le Châtelet.

C’est l’époque où vous avez fait intégré la troupe de l’Opéra de Paris. Vous retrouviez vos premiers amours. A quelles grandes productions avez-vous participé au Palais Garnier ?

L’offre pour faire parti de la troupe de l’Opéra de Paris n’a pas tardé. Monsieur Bernard Lefort, grand administrateur de l’opéra National de Paris, m’a proposé un contrat de 3 ans. J’y suis resté 11 années pour participer a 44 spectacles par an. J’ai assuré toutes les répétitions et doublures de Pavarotti, Kraus, Domingo, Schico. En dehors de ce nombre de spectacle, j’avais la liberté de chanter dans d’autres théâtres en France et dans d’autres pays.


Vous avez alors côtoyé les plus grandes stars de l’opéra. Quels souvenirs gardez vous de cette période ?

Le souvenir que je garde de L’Opéra de Paris, est d’avoir eu le privilège de travailler avec les plus grands stars du monde de l’Opéra : directeurs d’orchestres, metteurs en scène, chanteurs, artistes choristes, danseurs. Beaucoup sont venus dans ma maison et devenus mes amis.

Aussi quel merveilleux privilège d’exister grâce à l’amour du chant et de réaliser le rêve d’’avoir enregistré plusieurs extraits d’Opéra , Opérette Française, Opérettes Viennois, chansons Napolitain, Espagnol, Ora
torios…

Le public vous suit toujours. Quels rapports avez-vous eu avec lui pendant toute votre carrière ?

Ma société « TODARTE » me permet de présenter mon spectacle « L’UNIVERS DE JOSE TODARO » a travers la France et a l’étranger. Prochainement avec ma partenaire, MARIA-HELENA de OLIVEIRA, le merveilleux ballet « DORLANN-CHOW » et mes musiciens avec au piano « CHARLY OLEG » nous allons présenter 3 spectacles à Clermont-Ferrand, 2 spectacles prés de Béziers, à Dijon, en Andorre…Les rapports que nous avons avec le public sont très chaleureux et festifs. Les salles sont toujours pleines et enthousiastes.

Vous avez connu les derniers feux de la grande époque de l’opérette aussi bien à Paris, en région que dans l’espace francophone, quels conseils donneriez vous à un jeune ténor qui voudrait se lancer dans la carrière ?

Je leur répondrai de s’assurer si vraiment il aime cette profession, d’écouter les conseils d’un très bon professeur de chant et travailler bien le solfège, d’avoir un grand équilibre morale. pour devenir chanteur d’opéra car il faut être très serieux.
Ensuite, je leur conseillerai de se comparer à d’autres, être parmi les meilleurs et chercher un agent sérieux.

Et puis, se créer une belle famille et vivre en amoureux constamment, ne pas chercher la richesse mais lui donner un confort, s’assurer de ne pas souffrir plus tard, ne pas gaspiller son énergie pour des choses futiles et inutiles. Rester sain, fort comme un gladiateur moderne, vivre sur les intérêts et non sur le capitale. Rester simple, modeste, respectueux. Notre vie est comme un compte en banque, a la fin on y trouve ce que o
n y a mis.


Merci beaucoup José Todaro.


Crédit photo :
ANAO et M. Cardozo.

Propos recueillis par Jef
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a fête

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