Franck Vincent en 10 questions….« Il n’y a qu’en France que les standards de la comédie musicale ne sont pas connus du grand public. Sinon, partout ailleurs, Les Misérables, le Fantôme de l’Opéra, la Mélodie du bonheur sont connus de tous. En France, c’est différent. C’est l’exception française dans le mauvais sens du terme. »

Publié le par Jef

Franck Vincent en 10 questions….« Il n’y a qu’en France que les standards de la comédie musicale ne sont pas connus du grand public. Sinon, partout ailleurs, Les Misérables, le Fantôme de l’Opéra, la Mélodie du bonheur sont connus de tous. En France, c’est différent. C’est l’exception française dans le mauvais sens du terme. »

Bonjour Franck Vincent, Théâtre, chant, claquettes, comment êtes vous venu vers la comédie musicale et l’opérette ?

Complètement par hasard (rire). C’est l’occasion qui fait le larron. Je jouais une pièce de théâtre et un metteur en scène m’a proposé un rôle dans une comédie musicale. C’était la pe-tite boutique des horreurs. Cela m’a amusé parce que j’adorais le film. A la base, j’ai une formation de comédien. Les gens qui m’ont vu m’ont ensuite proposé d’autres rôles. J’ai en-suite commencé à prendre des cours de chant. Pour l’opérette, cela a été la même chose. Pierre Sybil m’a vu jouer et m’a proposé une opérette. La comédie musicale est venu à moi avec beaucoup de plaisir.

J’ai commencé avec la petite boutique des horreurs et j’ai enchaîné avec Tintin qui s’est monté en Belgique. Au départ, je n’avais pas eu l’idée d’auditionner et ce sont des amis qui m’ont décidé d’y aller. C’est un spectacle prestigieux qui m’a ouvert des portes.

Un violon sur le toit a été une des reprises qui a eu du succès en 2005. Vous en étiez le premier rôle. Quel souvenir gardez-vous de cette production ?

C’était un très beau spectacle et j’en garde de merveilleux souvenirs. Il y a très peu de rôle comme cela dans une vie d’artiste. Le plus compliqué, ce n’est pas de le jouer, c’est de conti-nuer à avoir une carrière après. Cela a été un énorme succès avec une troupe qui était formidable. Nous avons vécu des moments magiques.

En plus, c’était une grosse production avec seize musiciens. Cela a été très compliqué avec le producteur. C’était sa première production et il a fallu parfois monter le spectacle malgré lui ! !

La troupe était formidable. Nous nous sommes tous bien entendus et cela a été un bonheur. L’aventure a commencé au Comédia, s’est continuée au Casino de Paris et s’est terminée par une tournée. Un rôle écrasant, très fatigant mais passionnant.

Un violon sur le toit au théâtre Comédia

Un violon sur le toit au théâtre Comédia

Un rôle difficile. Yvan Rébrof était encore dans toutes les mémoires?

C’est la presse qui a fait la comparaison entre Rébrof et moi. Le public ne l’a pas fait. J’ai quelques personnes qui avaient vu Rébrof en 1969 qui m’en ont parlé. Certains journalistes ont eu la dent un peu dur envers lui. J’ai trouvé cela moche. Pour ma part, je n’ai pas vu sa version ni écouté le disque. J’ai fait mon Tevye à moi. Je n’ai pas eu de pressions particulières de passer après Rébrof. J’en avais un peu plus de passer après Molina à Broadway. Le lien n’avait pas non plus à se faire. L’adaptation avait changé. Il y avait de nouveaux arrangements.

Vous alternez à partir de 2008 opérettes et créations de comédies musicales. Existe-t-il réel-lement une différence entre l’opérette et la comédie musicale ?

Non, je ne trouve pas. C’est Pierre Sybil qui m’a fait venir à l’opérette. J’en avais d’ailleurs très envie. Il m’a proposé le baron de Gondremark dans la Vie Parisienne. J’étais ravi. Il y a peu de différences, si ce n’est qu’elles ne sont pas de la même époque. Je fais du théâtre, de la comédie musicale, de l’opérette………du spectacle vivant. Je ne comprends pas ces étiquet-tes, ces querelles de chapelles, ces fractionnements. A Aix, Pierre offre dans ses productions des distributions complètement éclectiques. Il y a des artistes d’opérettes comme Anne-Marie Lyonnaz que j’ai rencontré dans la production que nous répétons en ce moment. Sebastien Lemoine vient de l’opéra. David Jean vient du jazz et de la comédie musicale. Je viens du théâtre. C’est ce mariage là, la réunion de ces univers différents qui donne la richesse de cette production. La culture, les traditions, les références culturelles ne sont pas les miennes. Je viens avec mon regard de comédien. C’est grâce à tout cela que Pierre fait des spectacles si intéressants.

Les aventures de Rabbi Jacob n’ont pas marché ? Quelles en sont les raisons ?

Cela n’a pas marché. La mayonnaise n’a pas pris. Elle n’a pas pris dans un premier temps entre les membres de l’équipe créatrice: metteur en scène, chorégraphe, compositeur, auteurs. Le Palais des Congrès n’est pas non plus le lieu idéal pour une comédie musicale. Cette salle est très bien pour des spectacles musicaux comme Roméo et Juliette ou Notre Dame de Paris, des œuvres où il n’y a pas de texte, où les chansons s’enchaînent les unes derrière les autres. Pour Rabbi Jacob, la volonté de la production était de se rapprocher de la comédie musicale avec des scènes de comédie. Le plateau est tellement grand qu’il était très dur de faire passer des émotions. La salle était en partie responsable. Mais, c’était un choix de production. La Porte-Saint-Martin aurait été plus approprié.

Enfin, nous avons pris énormément de retard aux répétitions, trois semaines environs et à la générale, nous n’étions pas prêts. Evidement, la presse ne nous a rien épargné. Cela a été catastrophique. J’ai eu tout de même le plaisir de travailler avec Marianne James et Eric Métayer.

A l’opposé, la comédie musicale Cendrillon a été la surprise de la fin d’année dernière. Quel rôle y teniez-vous ?

C’était très agréable. Pour tout vous dire, je ne suis pas trop attiré par les spectacles pour en-fants. J’y allais essentiellement pour aller sur la scène de Mogador. Je suis un réel amoureux des théâtres. J’y allais aussi pour Agnès Boury que j’estime beaucoup et qui est une grande metteur en scène. En fin de compte, cela a été au delà de mes espérances. Cela a été un joli spectacle qui a très bien marché avec, encore une fois, une troupe formidable. Aurore Del-place est magique, belle et talentueuse. Je me suis beaucoup amusé.

Je jouais deux rôles. Dans l’acte I, j’étais le père de Cendrillon. Le rideau se levait et cinq minutes après, je décédais. (rire) Dans l’acte II, je jouais le chambellan du prince, pendant toute la scène du bal. Deux rôles bien différents. J’adore les transformations sur scène. J’étais servi avec ces deux rôles différents: le bon papa qui meurt et le chambellan un peu psycho rigide, maniaque. deux rôles magnifiques.

Vous abordez même Les Contes d’Hoffmann dans une mise en scène de Julie Depardieu. Vous aimez l’éclectisme. Que vous apporte ce mélange des genres ?

J’ai fait une petite incursion dans l’opéra que j’aimerai bien renouveler. J’ai mon professeur de chant qui me pousse vers le lyrique. J’y suis allé un peu au culot et j’ai auditionné pour les ensembles. Je n’ai pas la prétention de postuler pour des rôles. Il faut encore beaucoup travailler. J’ai été engagé dans les chœurs. C’était encore une fois la découverte d’un univers avec ses codes et ses traditions. C’était très intéressant. En plus, les Contes d’Hoffmann mis en scène par Julie Depardieu, qui vient, elle aussi, d’un univers différent, en plein air, devant les façades de château, c’est une expérience palpitante. Je travaille pour pouvoir renouveler l’expérience. En même temps, je ne renonce pas ni au théâtre, ni au cinéma, ni à la comédie musicale, ni à l’opérette. Je veux tout faire (rire)

La Vie Parisienne au Festival d'Aix-les-Bains

La Vie Parisienne au Festival d'Aix-les-Bains

Vous interprétez La Fille du Tambour Major au Festival d’Aix-les-Bains. Quel relief allez vous donner au personnage de Monthabor ?

Monthabor, c’est d’abord un papa, comme Tevye du Violon sur le toit. Avant d’être le papa de Stella, c’est aussi le papa de la troupe. Il a en lui une blessure, une fracture, mais au mo-ment où commence l’œuvre, c’est le papa. Les soldats l’appelle Papa Monthabor. Dans un premier temps, c’est le doyen, le protecteur. Ensuite, c’est le papa de Stella, la fille qu’il re-trouve. Avant d’être un personnage comique, Monthabor est avant tout un papa.

C’est vraiment un très beau rôle car c’est un personnage haut en couleur, un personnage au tempérament fort, qui peut se mettre en colère avec sa grosse voix si le besoin s’en fait sentir. C’est aussi un personnage drôle, décalé. La scène où il revient en capucin est irrésistible. Et puis, il y a aussi le personnage très tendre qui pleure en retrouvant sa fille. C’est un person-nage humain extrêmement riche.

En plus, venant de la comédie musicale, je découvre ce personnage. Ce n’est pas une reprise. C’est une création. Je n’ai aucune référence. Je n’ai jamais vu cette opérette. C’est formidable en 2010 de se dire que je vais créer la Fille du Tambour Major.

Dans la suite de votre carrière, vous n’allez pas interpréter que des rôles de père? quels rôles aimeriez vous interpréter ?

(rire) L’âge aidant, pourquoi pas, cela va être difficile de me donner des rôles de jeune pre-mier. J’ai des envies de rôles au théâtre mais en comédie musicale comme en opérette, je ne sais pas. Je sais qu’il y a eu une adaptation de Zorba le Grec qui a été faite à Broadway il y a quelques années et je trouve cela intéressant. Dans une production française, ce serait un rôle qui me plairait beaucoup. J’adore faire des comédies musicales et des opérettes, mais je vous avoue que le théâtre me manque un peu. J’ai un projet pour la saison prochaine mais motus, comme rien n’est signé, je n’en dirais pas plus.

Et quelle est votre actualité après La Fille du tambour Major ?

Après la Fille du Tambour Major, je pars en tournée après la rentrée pendant trois mois au Japon sur un spectacle d’extraits de comédies musicales. Il y a quatorze musiciens et neuf chanteurs. C’est un programme comprenant les standards de Broadway. Les japonais adorent la comédie musicale. Cela fait parti de leur culture. Il n’y a qu’en France que les standards de la comédie musicale ne sont pas connus du grand public. Sinon, partout ailleurs, Les Miséra-bles, le Fantôme de l’Opéra, la Mélodie du bonheur sont connus de tous. En France, c’est dif-férent. C’est l’exception française dans le mauvais sens du terme.

Cela vient petit à petit grâce notamment à Choplin au Châtelet. Il y a tout de même chez nous une dualité entre les comédies musicales dans la veine des grands succès de Broadway et de Londres et l’industrie du disque qui produit Mozart, Cléopatre, ces spectacles musicaux qui ne sont pas conçus de la même façon, qui ne s’adressent pas au même public et qui ne sont pas non plus financés de la même manière. Cela plaît beaucoup aux adolescents et cela fait du bien à l’industrie du disque tout en étant néfaste à d’autres qui aiment la comédie musicale. Quand on essaye de défendre une œuvre avec des scènes théâtrales, une dramaturgie, des chansons comme Le Violon sur le toit, le public ne fait pas forcement le distinguo entre les différents genres. Certains n’aiment pas la comédie musicale car il n’aime pas Cléopatre. C’est un peu dommage car la comédie musicale, ce n’est pas que ce genre de spectacle. Ces grands spectacles en sont une des formes, basées sur l’industrie du disque, produits par des producteurs de disques. Je voudrais que les producteurs de théâtre produisent des comédies musicales. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Cela viendra peut être. Dans les autres capitales, les producteurs de comédies musicales sont des producteurs de théâtre. Heureusement, il y a de la place pour tout le monde.

Merci Franck Vincent pour ce passionnant entretien et bon festival et bonne tournée au pays du Mikado.


BIOGRAPHIE

Cendrillon au théâtre Mogador

Cendrillon au théâtre Mogador

1985-1990

Cours d'Art Dramatique – Ada Lonati

1993

Rambouillet (Palais du roi de Rome)
UNE DEMANDE EN MARIAGE (Tchékhov)

1994

Rambouillet (Palais du roi de Rome)
UNE TEMPÊTE (Césaire)

1995

Rambouillet (Palais du roi de Rome)
LA FAUSSE SUIVANTE (Marivaux)

SALLE GOSSE – Film de Claude Mourieras

1996

Espace Jemmapes
L'AUGMENTATION (Pérec)

1997

Rambouillet (Palais du roi de Rome)
GILLES ET LA NUIT (Claus)

Théâtre du Renard
LABICHE MOTEUR (Labiche)

1998

Théâtre du Renard
GRAND GUIGNOL (divers auteurs)


1999

Rambouillet (Palais du roi de Rome)
ROMÉO ET JULIETTE (William Shakespeare)

2001

Théâtre Dejazet
LA PETITE BOUTIQUE DES HORREURS (Menken et Ashman)


2002

Rambouillet
CONVERSATION APRÈS UN ENTERREMENT (Réza)

QUAI N°1 – Téléfilm de Patrick Jamain

Charleroi
TINTIN ET LE TEMPLE DU SOLEIL (Brossé / Gaïkeema)

2004

Opéra Bastille
LE PARIS D'AZIZ ET MAMADOU (Marcel)

Festival d’Avignon
OUTRAGE A L'EVOLUTION (Coudray)

2005

Lucernaire
CHANCE (Devolder)

Théâtre du Ranelagh
LE MARIAGE DE FIGARO (Beaumarchais)

LES MONTANAS - Téléfilm de Benoît d'Aubert

Théâtre Comédia et Casino de Paris
UN VIOLON SUR LE TOIT (Stein)
F. Vincent, I. Ferron, C. Sabroux, R. Aburbe, S. Seubille, C. Bonnard.
D.m. : Pierre Boutiller

2006

Rambouillet (Palais du roi de Rome)
SAINT JUST (Brisville)

HISTOIRES EXTRAORDINAIRES - Téléfilm de Anne Bernard

2007

Tournée Japon
BROADWAY MUSICAL COMPANY (Montage musical)
D.m. : Bernard Marchais

UN FLIC - Téléfilm de Frédéric Tellier

2008

Tournée
MY FAIR LADY (Loewe)
Cie Jean-Marc Biskup

Opéra en plein air
LES CONTES D'HOFMANN (Offenbach)
D.m. : Philippe Hui

Festival d'Aix-les-Bains
LA VIE PARISIENNE (Offenbach)
S. Revault d’Allonnes, E. Danière, A. Pat’, A. Dorian, F. Vincent, F. Cassard, E. Thiébaut, P. Sybil, Y. Amar.
Dir : B. Conti

L'INSTINCT DE MORT – Film de Jean-François Richet

Palais des Congrès
LES AVENTURES DE RABBI JACOB (Cosma)
A. Metayer, M. James, F. Vincent.

2009

Palais des Glaces
CHANCE (Devolder)

Théâtre du Lucernaire
FEU LA MÈRE DE MADAME (Feydeau)

Festival d’Aix-les-Bains
MEDITERRANEE (Lopez)
F. Obé, C. Géa, F. Lelièvre, P. Sybil, C. Filou, J. M. Almecija, A. Dorian, F. Vincent, A. Dacher
Direction Musicale : Jean-Pierre Boutte

Théâtre Mogador
CENDRILLON (Sybleyras / Balasy)
A. Delplace, S. Neville, F. Vincent, C. Röelands, L. Ces.

2010

Festival d’Aix-les-Bains
LA FILLE DU TAMBOUR MAJOR (Offenbach)
C. Géa, A.M. Lyonnaz, A. Loilier, F. Vincent, S. Lemoine, M. Sempere, P. Sybil.
D.m. : Bruno Conti

Propos recueillis par Jef.
Tous droits réservés.
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