Franck Leguérinel en dix questions…"J'ai souvent fait de l'opérette dans des conditions artistiques idéales et j'ai parfois fait de l'opéra où l'art pouvait être un peu absent..."

Publié le par Jef

Franck Leguérinel en dix questions…"J'ai souvent fait de l'opérette dans des conditions artistiques idéales et j'ai parfois fait de l'opéra où l'art pouvait être un peu absent..."

Bonjour Franck Leguérinel, comment est née cette passion pour le chant ?

A l'origine, je suis pianiste et j'ai commencé en accompagnant des chanteuses amateurs dans des cours privés. Curieusement le répertoire était déjà axé sur l'opérette classique et je l'ai donc exploré comme pianiste bien avant de le faire comme chanteur. En réalité cet amour du chant remonte bien plus loin, à ma petite enfance. Ma grand-mère maternelle aimait beaucoup l'opéra et l'opérette et, tout petit, j'avais des disques de la Belle Hélène avec Jane Rhodes, de la Vie Parisienne avec Michel Roux (qui plus tard a été mon professeur), et de la Mascotte avec Michel Dens. Pour l'opéra, les Pêcheurs de Perles avec Gedda, Blanc et Micheau, et les Contes d'Hoffmann toujours avec Gedda. Il y avait aussi chez elle des disques de George Thill.

Quelle est exactement votre voix ?

Je suis baryton, avec une voix assez étendue, qui m'a permis de chanter à la fois l'horloge et le chat dans l'Enfant et les Sortilèges, deux courts rôles très aigus, et aussi les rôles de baryton-basse dans Mozart et Rossini. En réalité je n'ai pas une voix très typée, plutôt « caméléonesque », qui me permet de chanter des choses très différentes les unes des autres, ce qui est un avantage et aussi un inconvénient: les gens ne savent pas dans quel tiroir me ranger... et j'aime assez ça! Si je devais utiliser une typologie française un peu ancienne, je dirais: baryton d'opéra-comique.

Les années d’apprentissage au CNSM et à l’Ecole d’Art Lyrique de l’Opéra de Paris vous destinaient-elles plus au grand répertoire qu’au lyrique léger ? Quels étaient vos professeurs ?

Je n'ai jamais pensé que j'étais destiné au grand répertoire et j'ai été tout surpris de me retrouver dans le rôle-titre de Falstaff à deux reprises! Bien sûr j'ai aussi beaucoup chanté Mozart, Rossini et Donizetti et je considère ça comme le grand répertoire mais je crois que vous pensiez plutôt à Verdi, Puccini ou Wagner, et effectivement ce n'est pas pour moi à quelques exceptions près, non plus que le répertoire français de grand- opéra.
Au conservatoire de Paris, j'ai travaillé avec Peter Gottlieb, Michel Roux pour la scène, et aussi la mélodie française avec Jean-Christophe Benoit. A l'école de l'opéra mon professeur était Denise Dupleix, entre les mains de qui sont passés beaucoup de chanteurs français aujourd'hui en activité. Mais mon tout premier professeur s'appelait Bernard Clément, c'était à Nantes. Il m'a donné la culture du chant, le goût du travail bien fait et aussi de l'élégance en musiqu
e.

Vous avez commencé votre carrière par le répertoire Mozartien et vous avez abordé ensuite le répertoire romantique, le bel canto et l’opéra-bouffe ? Comme certains de vos confrères, refusez-vous les étiquettes ?

Absolument! les seuls critères pour moi sont la qualité musicale et théâtrale, ainsi que les partenaires avec qui j'aime travailler, chanteurs, chefs, metteurs en scène... Il n'y a pas de genre inférieur, il y a des bons spectacles ... et des moins bons! J'ai participé à de très belles productions montées avec des bouts de ficelle et à des productions à gros budget assez inintéressantes. De même, j'ai souvent fait de l'opérette dans des conditions artistiques idéales et j'ai parfois fait de l'opéra où l'art pouvait être un peu absent...

La fréquentation des opéras-bouffes de Rossini et Donizetti demande des talents d’acteurs. Est-ce que cela vous a beaucoup servi pour les œuvres d’Offenbach ?

Je crois que tout ça se nourrit l'un l'autre. D'ailleurs je dis souvent qu'Offenbach n'est pas si éloigné de Rossini: même finesse, même sens du rythme, même efficacité diabolique mise au service de la scène. Mais c'est une musique qui demande beaucoup d'élégance, qualité dont je parlais plus haut, et il ne faut jamais l'oublier. La grande différence réside dans le fait qu'il y a des textes parlés dans les ouvrages d'Offenbach. Il faut savoir dire un texte en comédien, et négocier les passages du parlé au chanté: un défi supplémentaire mais qui, je crois, donne une dimension en plus au genre opérette ou opéra-comique. C'est un art complet, du chant et du théâtre!

En 2006, vous êtes le Bilou du Chanteur de Mexico au Châtelet. Quels souvenirs gardez-vous de cette production ?

Excellents! On ne m'attendait pas là-dedans et je me suis beaucoup amusé, malgré les mises en garde que j'ai reçues ici ou là avant de signer le contrat. Un chanteur typé « opéra » qui se lance dans du Lopez, ça déroutait et surprenait. La même saison, à trois mois d'intervalle, j'ai chanté Bilou et Falstaff, un grand écart assez rigolo, et peut-être unique dans l'histoire du chant! Pour en revenir à la production, je pense qu'un certain nombre de spectateurs n'ont pas vu le Chanteur de Mexico qu'ils attendaient mais j'en garde en ce qui me concerne un très bon souvenir.


Comment abordez vous des rôles si différents ? Avez vous des modèles ?

Je regarde d'abord la musique et les notes, pour voir si cela me convient au niveau de la tessiture et de l'écriture vocale, mais en général je sais déjà si le personnage m'intéresse avant de faire ce débroussaillage avec la partition. C'est d'abord le personnage qui m'attire et si vocalement ça « colle » alors je dis oui et je commence le travail d'apprentissage. En restant assez neutre, toutefois, pour être réceptif à ce que le chef et le metteur en scène me proposeront au début des répétitions. J'écoute aussi un certain nombre d'enregistrements car je trouve toujours intéressant de s'inscrire dans une tradition interprétative. En ce qui concerne les modèles, un nom me vient à l'esprit: Gabriel Bacquier, le chanteur-acteur type! Dans la génération actuelle j'ai beaucoup d'admiration pour Bryn Terfel.

Quel est votre plus grand souvenir scénique ?

Mon Papageno au Palais Garnier, sous la direction d'Armin Jordan, était un peu l'accomplissement d'un rêve mais ce n'est pas forcément mon plus grand souvenir scénique. Mes débuts bien sûr, à l'Opéra de Nantes, un théâtre qui m'est resté très fidèle. J'ai énormément de grands souvenirs scéniques qui, encore une fois, tiennent plus à l'environnement artistique qu'au prestige du lieu... Je repense souvent avec beaucoup d'émotion aux productions que j'ai faites à Saint-Céré, et c'est un exemple parmi tant d'autres...

Vous participez à de nombreux festivals et entre autre le sympathique festival d’Etretat. Est-ce des moments de communications privilégiées avec le public?

Oui, complètement, de par le répertoire, et aussi le côté familial de l'entreprise, que j'adore! On est proche, à la fois par la petite taille de la salle, et aussi parce qu'il nous arrive souvent de croiser des spectateurs dans les rues d'Etretat. Après cinq ans de participation, une connivence s'est créée avec le public et aussi une fidélité réciproque.
C'est très important la fidélité dans notre métie
r.

Qu’aimeriez-vous aborder comme rôles dans l’opéra ou l’opérette ? Quels sont les rôles auxquels vous êtes le plus attachés aujourd’hui ?

J'ai eu la chance de chanter des grands rôles et je remercie les gens qui me les ont proposés: Papageno, Don Giovanni, Don Pasquale, Falstaff, etc. Actuellement je chante régulièrement Bartolo du Barbier et j'ai beaucoup de tendresse pour lui: c'est un « méchant » à qui j'essaie de donner de l'humanité, un bouffon à qui j'essaie d'insuffler de la poésie et de la profondeur. J'espère que j'y arrive un tout petit peu... Mais il n'y a pas que les grands rôles: tous les emplois sont importants et camper un personnage apparemment secondaire en lui conférant une épaisseur inattendue peut se révéler un plaisir rare... Un de mes rêves d'opérette serait de jouer l'Abbé Bridaine dans les Mousquetaires au Couvent, ne me demandez pas pourquoi... Ah! et aussi Léopold dans l'Auberge du Cheval Blanc...

Quels sont vos projets pour la prochaine saison ?

Ma prise de rôle du Baron de Gondremarck dans la Vie Parisienne à Nantes, à nouveau le Vice-Roi de la Périchole, et la création en France d'un opéra pour enfants de Franck Villard et Olivier Balazuc, l'Enfant et la Nuit, où je jouerai un méchant dans un univers un peu à la Tim Burton. Donc beaucoup d'opérette et de théâtre musical!


Merci Franck Leguérinel

Biographie


1991
Nantes
La Finta Girdinera (Mozart)
A. Massis, T. Dran, R. Corraza, F. Leguérinel.
D.m. J.P. Wallez

1993
Nantes
Le Roi malgré lui (Chabrier)
F. Leguérinel, N. Dessay, M. Barrard.
D.m. : V. Reymond

1996
Opéra de Paris/Bastille
Faust (Gounod)
R. Flemming, M. Giordani, W. White, F. Leguérinel.
D.m. : Y. Abel.

Billy Budd (Britten)
R. Gilfry, R. Tear, F. Leguérinel.
D.m. : G. Bertini.

Rigoletto (Verdi)
R. Vargas, A. Rost, P. Gavanelli, F. Leguérinel.
D.m. : J. Conlon.

1997
Opéra de Paris/Bastille
Carmen (Bizet)
B.Uria-Monzon, A. Georghiu, N. Shicoff, G. Quilicco, F. Leguérinel.
D.m. : G. Bertini

Manon (Massenet)
R. Flemming, R. Leech, F. Leguérinel, L. Naouri.
D.m. : G. Bertini.

1998
Opéra de Paris/Bastille
Traviata (Verdi)
A.Georghiu, R. Vargas, A. Agache, F. Leguérinel.
D.m. : J. Conlon.

Le Nain (Zemlinski), L’Enfant aux Sortilèges (Ravel)
M. Delunsch, L. Naouri, F. Leguérinel.
D.m. : J. Conlon

1999
Opéra de Paris/Garnier
Platée (Rameau)
J.P. Fourchecourt, M. Delunsch, L. Naouri, F. Leguérinel.
D.m. : M. Minkowski

2000
Opéra de Paris/Bastille
Les Contes d’Hoffmann (Offenbach)
J. Lotric, N. Dessay, S. Ramey, F. Leguérinel.

2002
Opéra de Paris/Garnier
Platée (Rameau)
P. Agnew, M. Delunsch, L. Naouri, F. Leguérinel.
D.m. : M. Minkowski

Jules César (Haendel)
B. Daniels, D. de Niese, F. Leguérinel..
C. D.m.: M. Minkowski

Massy
Don Pasquale (Donizetti)
F. Leguérinel, I. Poulenard, F. Harismendy, A. Gabriel.
D.m. : A. Altinoglu

Opéra de Paris/Garnier
La Flûte enchantée (Mozart)
P. Groves, F. Leguérinel, K. Moll, B. Bonney, E. Mosuc.
D.m.: A. Jordan.

2003
Montpellier
Viva La Mamma (Donizetti)
F. Leguérinel.

2004
Dijon
Don Giovanni (Mozart)
F. Leguérinel, F. Harismendy
D.m. : J. Suhubiette.

Châtelet
La Grande Duchesse de Gérolstein (Offenbach)
F. Lott, Y. Beuron, F. Leroux, S. Piau, F. Leguérinel.
D.m. : M. Minkowski

2005
Festival de Saint-Céré
Falstaf (Verdi)
F. Leguérinel, A.S. Domergue, J.B. Dumora, B. Antonelli, A. Barbier, B. Burley, S. Malbec Garcia,
D.m. : D. Trottein

2006
Tours
Le Barbier de Séville (Rossini)
C.Fevre, S. Droy, J.S. Bou, F. Leguérinel.
D.m. : G.J. Rumstadt

Châtelet
Le Chanteur de Mexico (Lopez)
I.Jordi, C. Coureau, R. di Palma, F. Leguérinel, J. Benguigui.
D.m. : F. Karoui.

2009
Lille
La Périchole (Offenbach)
S. d’Oustrac, M. Defontaine, F. Leguérinel.
D.m. : J.C. Casadessus.

Festival d’Etretat
Pomme d’Api (Offenbach)
G. Raphanel, C. Gérault, F. Leguérinel.
D.m. : T. Pélicant.

2010
Angers/Nantes
La Serva Padrola (Pergolèse)
V. Pochon, F. Leguérinel.
D.m. : D. Cuiller.

Festival d’Etretat
La Bonne d’enfant/Un mari à la porte (Offenbach)
F. Leguérinel, G. Raphanel, S. Vaysset, M. Larcher.
D.m. : T. Pélicant.

2011
Opéra-Comique
Les Brigands (Offenbach)
E. Huchet, F. Leguérinel, D. Touchais, L. Félix, M. Lenormand.
D.m. : F.X. Roth

Propos recueilli par Jef
Crédits photos:
portrait: Jef Rabillon

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