Festival de Barie 2010, entretien avec Jean-Marc Choisy

Publié le par Jef

Festival de Barie 2010, entretien avec Jean-Marc Choisy

Bonjour Jean-Marc Choisy, vous organisez depuis plusieurs étés un festival très original. Comment est né ce festival ?

Passionné d 'opéra puis d'opérette, j'ai toujours regretté que ces belles pages du répertoire Français tombent dans l'oubli et qu'il n'y ait personne ou pas grand monde pour faire vivre ce répertoire qui en son temps attirait les foules. Concernant la genèse de l'Opéra de Barie, je venais d'acheter une maison à Barie, et lors d'une soirée conviviale entre amis avec des airs à boire d'Opéra en fin de repas, le jeu de mot a été lancé à la galéjade : l'idée de l'Opéra de Barie était née et puis le jeu de mots était trop beau pour ne pas se décider à en faire quelque chose.

Vous avez une prédilection sur des opérettes en un acte d’Offenbach. Certaines sont de véritables chefs d’œuvre. Comment les choisissez-vous ?

D'abord c'est un genre que j'ai découvert il y a peu de temps car il n'est jamais proposé au public des grandes institutions. J'ai fait connaissance avec ce répertoire au fil de mes recherches, j'ai soulevé un coin du rideau et un nouveau monde m'est apparu. Le « un acte », c'est du concentré de musique d'émotion, il n'y a souvent que l'essentiel.

Pour choisir ces œuvres , je me mets à la place d'un spectateur. Je ne retiens que des œuvres qui plairont à coup sûr car tant qu'à faire découvrir un répertoire inconnu à un public curieux, autant que ce soit pour un coup de foudre. Dans les faits, je commence par regarder la musique. Si elle est belle, je passe très vite au livret et à l'histoire. C'est souvent rédhibitoire car le livret est désuet ou sans intérêt mais, une fois sur dix, quand ce n'est pas de l'Offenbach, je trouve une œuvre qui mérite d'être redécouverte.
Enfin, il faut que je compose avec les capacité vocales et théâtrales des chanteurs qui sont dans l'équipe.

Festival de Barie 2010, entretien avec Jean-Marc Choisy

Reprendre une œuvre de jeunesse de Léo Délibes est véritablement audacieux. Est ce pour montrer toute l’influence musicale qu’a pu avoir Offenbach sur ses contemporains et surtout sur les jeunes compositeurs de l’époque ? Faire découvrir une œuvre injustement oubliée ?.

Je ne m'appelle pas Jean-Christophe Keck et je ne fais pas une fixation sur Offenbach, même s'il est vrai que dans le genre bouffe, Offenbach est le maître incontesté. Avec les deux vieilles gardes , on est très loin du Delibes de Lakmé institutionnalisé. On est en présence d'un jeune homme de 19 ans qui a tout à prouver et qui sans aucun doute s'est beaucoup inspiré d'Offenbach autour duquel il gravitait à l'époque pour composer ce petit chef d’œuvre.

Pour notre plus grand bonheur, Léo Delibes s'est complètement lâché dans ce genre bouffe. Ce n'est pas de l'Offenbach, ce n'est pas non plus encore du Delibes, mais cela a la fraîcheur intemporelle de la jeunesse et je crois que c'est la petite touche de génie qu'il est donné d'avoir aux jeunes esprits comme l'a eu aussi dans un autre genre un jeune homme nommé Rimbaud.

Six mois après, il produira « Six demoiselles à marier » dont je me suis empressé de trouver la partition et le livret mais après lecture et audition, j'ai le sentiment qu'on a déjà perdu cette petite flamme qu'on trouve dans les vieilles gardes et qui m'a séduit à la première écoute. Je n'ai pas réussi par contre à me procurer la partition de « Deux sous de charbons « qui précède dans le temps notre ouvrage .J'aurai voulu savoir si les « Deux vieilles gardes » était juste un accident heureux ou si le bonhomme avait juste changé au fil des saisons et des influences... En tous cas, 154 ans après, l'Opéra de Barie va faire revivre ces pages oubliées et je suis certain que ce sera un grand succès, car il y a tout là dedans : du théâtre bien ficelé , de la belle musique et surtout de la bonne humeur, ce qui est essentiel pour ce que nous souhaitons produire à Barie.

Qui sont vos chanteurs ?

Les chanteurs de l 'Opéra de Barie sont avant tout des passionnés, c'est pour moi un critère de recrutement essentiel. Il y a des amateurs très éclairés, des semi-professionnels, des jeunes gens qui veulent faire carrière ayant terminé leurs études au conservatoire, des anciens professionnels.

Venez écouter Claire Baudouin, Audray Hostein et vous verrez qu'il n'y a pas besoin d'aller sur de grandes scènes pour entendre de très belles voix. Venez voir Didier Claveau, Cyril Fargues et tous les autres et vous verrez que nous avons aussi de très bons comédiens chante
urs.

Le succès que vous rencontrez d’année en année va-t’il vous amener à monter une opérette plus « importante » (moyen, orchestre, chœur, etc….) ?

Je ne suis pas sûr que ce soit rendre service à l'Opéra de Barie et à son public que de vouloir faire comme les autres et comme la grenouille de vouloir se faire aussi grosse que le boeuf. Au contraire, je pense que dans les années à venir, nous devons nous démarquer et nous spécialiser dans le « un acte » voir dans les saynettes qui ne sont jamais jouées nulle part, garder notre identité.

Je ferai peut-être une exception avec un « deux actes » qui sort des sentiers battus comme avec « l'Oie du Caire » de Mozart, si je trouve la bonne distribution, histoire de faire un pied de nez aux vrais maisons d'Opéra et de faire découvrir un autre Mozart à ceux qui pensent déjà le connaître complètement. J'aimerai aussi produire du Adolphe Adam, mais le public de l 'Opéra de Barie a encore besoin d'être façonné pour être prêt à écouter du ringard, du désuet, en se disant comme moi qu'il trouve ça sympa. Moi cela me plaît bien et c'est sûr, j'en programmerai un jour car c'est aussi une page d'histoire et de culture dont il faut avoir connaissance.

Ce festival, au nom un peu moqueur, c’est aussi une ambiance. Racontez-nous ?

Barie est un village de 250 âmes très agricole et très implanté dans le terroir. Alors y créer un Opéra …. Au début, je suis passé pour un fou. Les paysans du coin dont je respecte beaucoup le bon sens si rare à notre époque disaient d'un air railleur en me voyant, « tiens voilà le chanteur d'opérette » et puis comme ils ont vu que j'avais de la suite dans les idées, ils sont venu pour voir, se rendre compte, eux qui n'aimaient pas ça... Et puis ils ont aimé, ils ont amené des amis et ils sont devenus des habitués. L'Opéra de Barie devient une institution qui fait la fierté du village.

Le concept plaît parce qu'Offenbach et son répertoire « Un acte » est intemporel, ses sujets parlent à tous, sa musique est très populaire et il y a là une forme de notre culture Française que chacun est en droit de revendiquer à condition bien sûr de savoir qu 'elle existe.

De là à faire la fête et à boire un coup en communiant avec cette histoire oubliée, il n'y a qu'un pas... et je crois nous le sautons allègrement tous les ans.

L'ïle de Tulipatan 2009

L'ïle de Tulipatan 2009

Vous devez rajeunir un peu le public habituel de l’opérette. Quel est votre public ?

Notre public est représentatif de la population Française: des enfants, des trentenaires, des plus vieux, toutes les couches de la société de l 'ouvrier au médecin, du cuisinier à l'intellectuel … cela change c'est sûr un peu de ces opérettes ciblées exclusivement pour club du troisième âge.

Aux grillades (parce qu'on mange et on boit aussi à Barie), nous avions des jeunes dont on peut dire qu'ils n'adhéraient pas trop à ce genre musical au début car ne le connaissant pas. A chaque représentation, ils étaient cependant scotchés à la scène et j'ai bien vu dans leurs yeux qu'ils y prenaient du plaisir. ils m'ont d'ailleurs avoués qu'ils trouvaient ça sympa et ils sont tous partant pour recommencer à chaque sa
ison.

Pas de frou frou, pas de paillettes, pas de plumes, rien que de l'authentique à Barie. On respecte l’œuvre, on respecte le public et surtout on essaie de rester cohérent avec nos choix et on a décidé de ne pas prendre la grosse tête. A 10€ la place, on peut aussi dire que c'est à la portée de toutes les bourses, même en temps de crise.

Que devient Jean-Marc Choisy après le festival ?

Après le festival, nous nous reposons un peu avec mon épouse qui m'accompagne chaque année au fil de cette aventure. Nous mettons plus d'une semaine à nous en remettre. Puis je reprends mon travail d'informaticien... rien à voir avec la musique donc.

Je prépare la saison suivante : je consulte, monte les dossiers de subvention. Je me remets au pied du prochain ouvrage en posant chaque brique, une à une, en espérant toujours que la saison suivante ira jusqu'à son terme car il faut vraiment beaucoup d'énergie pour mener à bout de tels projets.

Des indiscrétions pour l’été 2011 ?

J'espère pouvoir programmer du Frédéric Barbier, peut-être un « Faust et Marguerite ». Nous n'avons pas pu monter la leçon de chant électromagnétique d'Offenbach cette année car un peu tardivement, le baryton pressenti a jugé que l’œuvre était trop tendue pour lui. Je vais donc peut-être m'y coller… Il y aura aussi un vrai « un acte » d'Offenbach du genre « le savetier et le financier », « vent du soir », ou « apothicaire et perruquier » . .. Mais pour l'instant, ce sont des pistes. Le passé m'a appris que les prévisions ne se traduisent pas toujours dans la vraie vie par une programmation l'année suivante.

Avant une rentrée où bien des interrogations se pose sur un certain nombre de saisons d’opérettes en France, comment voyez-vous l’avenir de ce genre que nous aimons tant ?

Je crois que la survie de ce qui est l'Art lyrique en général viendra de gens qui comme nous arrivent à faire des choses authentiques et originales.

Les professionnels en charge des grandes institutions ne prennent plus de risques, sont peu curieux et ne vont guère s'aventurer en dehors des sentiers bat
tus.

Pour ce qui est de l'opérette, ces responsables produisent du Lopez à paillettes et à gros budget ou toujours la même veuve joyeuse ou la même auberge que l'on a vu, revu et re-revu avec des jeunes premiers plus très jeunes ou des princesses ménopausées.

Pour l'Opéra, c'est un peu la même chose. Tous les deux ans dans les grandes institutions, on a Carmen ou Traviata et quand ce n'est pas la flûte enchantée ce sont les noces de Figaro.

A force d'entendre toujours les mêmes choses, on finit par tourner la tête. Ces redites perpétuelles font le bonheur des metteurs en scène qui se sentent obligés d'être créatifs pour innover dans des programmations qui ne changent pas et de ce côté là aussi, ça devient du grand n'importe
quoi.

Merci beaucoup Jean-Marc Choisy pour ce long entretien et bon festival.


Un Mari à la Porte

Opérette de Jacques Offenbach
Livret de Léon Morand et Alfred Delacour


Synopsis


Le soir de son mariage, Suzanne trouve le moyen de se chamailler avec son époux, Henri Martel, et s’enferme très contrariée dans sa chambre avec son amie Rosita.
Florestan Ducroquet, jeune homme tombé du toit et introduit par la cheminée dans la chambre de cette jeune mariée, vient troubler les confidences que sont en train de se faire les deux jeunes femmes. Un temps surprises, elles vont tenter d’aider le jeune poète afin qu’il quitte les lieux sans attirer l’attention car il faut avant tout que l’honneur soit sauf.
Mais la chambre de Suzanne est située au 3° étage et n’a pour seule issue que la porte derrière laquelle le mari, Henri Martel, huissier chargé de recouvrer les dettes de Florestan, fait déjà le siège.
Le mari perd patience car il est là depuis trop longtemps et il faut maintenant qu’il rejoigne son épouse. La confusion règne et la situation devient intenable dans la chambre. Il faut trouver une solution au plus vite.
Comment tout ce petit monde arrivera à se dépêtrer de cette situation inextriquable et vaudevillesque : c’est ce que vous aurez le plaisir de découvrir en venant écouter ces belles pages de musique composées par Offenbach dont on disait à l’époque qu’il était le Mozart des Champs Elysées.


La distribution

Mise en scène : Daniel Darc
Piano : Philippe Lamouroux

Suzanne : Valerie Cantard (13 et 15 août)/Magali Klipffel (11 et 14 août)
Rosita : Claire Baudoin
Florestan Ducroquet : Didier Claveau
Le Mari : Michel Ballan



Deux vieilles gardes




Opérette bouffe de Léo Delibes
Livret de Ferdinand de Villeneuveet Alphonse Lemonnier



Synopsis



Le jeune clerc de notaire Fortuné (ténor) , afin d’attendrir son oncle qui envisage de le déshériter suite à la calomnie véhiculée par un rival, décide de se faire passer pour malade. Il engage Madame Potichon (ténor) , une garde malade du quartier.
Son oncle, inquiet tout de même pour la santé de son neveu, lui envoie à son tour sa garde malade, Mme Vertuchoux (ténor).
Ces caricatures de mamies au langage truculent, aux jeux de mots hasardeux, commencent par se disputer le droit de veiller le malade puis s’entendent très vite pour le dépouiller et revendre les quelques biens qu’il possède. On boit, on danse, on refait le monde au chevet de ce mourant. Ces deux vieilles garde-malades ignobles mais attachantes font inévitablement penser à une version des Vamps façon 19ème siècle.
Le jeune Fortuné arrivera doucement à prendre sa revanche sur ces deux roublardes en leur faisant croire que les papiers qu’elles ont brûlés sont en réalité des testaments en leur faveur qu’il conservait en tant que clerc de notaire.
La catastrophe entraîne cris, pleurs, gémissements, mais finalement tout rentrera dans l’ordre car Fortuné retrouvera sa fiancée et la confiance de son oncle et nos deux vieilles gardes en seront quittes pour une bonne leçon.


Distribution



Mise en scène : Daniel Darc
Piano : Philippe Lamouroux

Fortuné : Audrey Hosteins
Potichon : Jean-Marc Choisy
Vertuchoux : Cyril Fargues

11, 13, 14 et 15 août



Propos recueillis par Jef.
Tous droits réservés.
© INF'OPERETTE et L'Opérette c'est la
fête

Commenter cet article