Festival d'Aix-les-Bains 2011...Entretien avec Pierre Sybil

Publié le par Jef

Le 23e festival d’Aix-les-Bains nous promet des surprises : redécouverte du répertoire, jeunes chanteurs venant de tous les horizons. Pendant un mois, cette jolie cité de Savoie présente un concert et trois opérettes : Monsieur Carnaval, La Chauve-Souris et Le Chanteur de Mexico. Nous avons approché Pierre Sybil, son directeur artistique, pour nous en dire plus sur ce cru 2011.

Bonjour Pierre Sybil, quels sont les points forts du festival cette année ?

Il y a Monsieur Carnaval qui ne s’est pas joué en France depuis la dernière fois que nous l’avons produite à Aix-les-Bains. Comme on essaie de diversifier les plaisirs, il y a la Chauve-Souris, un gros morceau aussi et Le Chanteur de Mexico, un des incontournables du répertoire d’opérette.

Reprendre Monsieur Carnaval est un beau projet.

Oui. C’est un ouvrage que j’aime bien et qui est injustement inconnu. La musique d’Aznavour est très belle. Le texte de Frédéric Dard est très intéressant. On a la chance d’avoir dans cette opérette des auteurs qui changent de l’ordinaire. Toute moderne qu’elle était à sa création en 1965, l’époque a évolué et nous avons revu un peu le texte. Pendant 4 mois, je n’ai lu que du Frédéric Dard pour insérer dans l’opérettes une ambiance qui aurait peut être choquée les gens à la création. Hélas, ce n’est pas ce qui se remplit le mieux et c’est bien dommage, car si on continue comme cela, on ne jouera plus que L’Auberge du Cheval Blanc, La Veuve Joyeuse et La Belle de Cadix. Dès que cela sort un peu du commun, le public est un peu frileux.

Vous avez l’habitude de nous présenter des petits cocktails artistiques ? Quel est le cru de cette année ?

J’essaie de mélanger un peu les genres. J’ai souffert, en tant qu’artiste, d’être catalogué. Donc, je fais des mélanges entre ceux qui sont plus comédies musicales, les chanteurs d’opéras et les chanteurs d’opérettes. Pour Monsieur Carnaval, j’ai Franck Vincent qui vient de faire Hairspray à Paris, Flannan Obé qui a fait les nuits d’Elliot Fall à Paris et qui joue dans le feuilleton Avocats et associés, Grégory Juppin qui fait parti plutôt du monde des comédies musicales, le comédien Patrice Latronche, Estelle Darnière qui vient du monde de la revue. Pour la Chauve-Souris, j’ai Frédérique Varda qui vient de l’Opéra, le comédien Patrice Dozier, etc… J’essaie de mélanger un peu les genres.

Ce mélange donne-t’il un autre image de l’opérette ?

Oui, chacun apporte à l’autre. Les conseils vocaux et les conseils de comédie s’échangent. C’est complètement bénéfique pour l’opérette et je m’arrange pour avoir des artistes qui ont l’âge et le physique des rôles. Les jeunes premiers ventripotents d’une cinquantaine d’année, c’est terminé. Le spectateur, habitué au cinéma et à la télévision, veulent voir une artiste qui à l’âge d’une mère et un gamin qui à l’âge du role. Je m’arrange d’aller dans ce sens. Dans Monsieur Carnaval, la jeune héroïne, jouée par Julie Morgane, a 24 ans.


Combien de mois de préparation pour préparer ce festival ?

J’y suis depuis septembre même si avec les artistes, nous n’avons qu’une dizaine de jours de répétition. Monsieur Carnaval, c’est une dizaine de danseurs, une vingtaine de choristes et une douzaine de comédiens et l’orchestre. On arrive à plus de 60 personnes sur le plateau.

C’est plutôt luxueux surtout si on compare cette production à ce premier semestre qui pour l’opérette a été un peu morose ?

Oui, c’est difficile. On a de moins en moins d’aides et se greffent des problèmes nouveaux, comme les problèmes de sécurité notamment pour l’aménagement d’une passerelle d’avant-scène. J’ai été très optimiste pendant des années. Cependant, dans une dizaine d’année, qu’en sera-t’il de l’opérette ? La comédie musicale peut prendre le dessus. Et encore…Récemment, j’ai vu Mamma Mia et Hairspray à Paris et c’était loin d’être plein. Le jour où je ne pourrais plus monter de l’opérette comme je l’entends, j’arrêterai.

Quel est le public du festival d’Aix ?

On a un public qui n’est pas trop âgé. Les chœurs ont une moyenne d’âge très jeune. Ils amènent un public de leur âge. Beaucoup de trentenaire lors des soirées. Ce qui nous redonne un peu confiance.

Le renouveau de l’Opérette viendra de Paris ou de la Province ?

Il faut un théâtre d’opérette à Paris avec des moyens. Pour faire de l’opérette, il faut de la lumière, des décors, des costumes, des plumes…Il faut la sauce. Lehmann et Varna le comprenaient très bien et il n’hésitait pas à mettre des millions dans les productions pour que cela soit somptueux. Il n’y a que cela qui peut sauver l’opérette. Bien sur, on peut revoir le texte mais il faut du décorum. Un metteur en scène qui avait bien compris cela, c’est Jérôme Savary. Il avait l’Esprit Opérette. Laurent Pelly l’a aussi. Paris est toujours à tord et à raison le phare de la vie culturelle.

L’Opérette souffre aussi d’un manque d’implication des médias qui la snobent un peu ?

Qui la snobent ou qui l’a démolissent ! Même dans notre Région, nous avons très peu d’aide des médias. Il faut se bagarrer pour avoir une annonce dans France Bleue Pays de Savoie. Quant aux médias nationaux….Ce n’est pas faute d’écrire…

Une petite note positive avant de nous quitter ?

Oui, si on s’en donne les moyens, l’opérette reviendra assez rapidement. On a la comédie musicale. Mais c’est quoi la comédie musicale, c’est de l’opérette. Le plus beau compliment que j’ai eu c’était l’an dernier, pour Un de la Canebière. Une dame à la sortie du spectacle vient me voir et me dit : Monsieur Sybil, je vous remercie. J’ai eu trois cancers et pendant, ces trois heures, j’ai pu tout oublier…On se dit que l’on ne travaille pas pour rien à Aix.

Merci Pierre Sybil et plein de bonnes choses pour le festival 2011.

Propos recueilli par Jef
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