Festival d'Aix-les-Bains 2010, entretien avec Pierre Sybil

Publié le par Jef

Festival d'Aix-les-Bains 2010, entretien avec Pierre Sybil

Bonjour Pierre Sybil. Acteur, chanteur, metteur en scène, vous êtes aussi le grand organisateur et le créateur du festival d’Aix-les-Bains. Quels ont été les grands moments de ces 22 années de festival ?

Chaque Festival est un grand moment en soi. Bien sur il y a eu la visite de Mady Mesplé qui nous a honoré de son amicale présence, puis Rudy Hirigoyen venu parrainer un Gala Lopez, Rudy déjà bien atteint par la maladie et dont ce fut la dernière apparition publique : un souvenir très émouvant encore dans la mémoire de tous les artistes participant à ce concert. Et aussi, bien sur, lorsqu’à l’issue du 1er Festival en 1989 la municipalité nous a annoncé la reconduction de la manifestation pour 1990… j’ai encore dans les oreilles le cri de joie des participants.

Comment choisissez-vous les oeuvres qui vont être représentées ?

Comme nous sollicitons les spectateurs 4 fois en 4 semaines il faut essayer de diversifier la programmation. En général nous partons sur la base d’une opérette classique (ou Gala), une opérette viennoise, une opérette moderne (1925) et un grand spectacle (souvent un Lopez… taux de remplissage oblige !) mais il peut y avoir des variantes….


Dans les précédentes années, vous avez proposé des versions très originales ou des redécouvertes. On se souvient d’une Route Fleurie avec une partition complète ou de la reprise l’an dernier d’Ignace. Quel va être le challenge de cette année?

C’est vrai que chaque année nous essayons, la direction du Festival et moi-même, de trouver quelque chose d’original. J’ai pris énormément de plaisir à restituer cette version « complète » de la Route Fleurie… il est vrai que j’avais une distribution de chanteurs-danseurs et de ce fait cet ouvrage a pris un grand coup de jeune très apprécié par les spectateurs. Cette année, étant soumis à un taux d’autofinancement sans lequel la survie du Festival serait bien comprise et aussi en regard du manque de curiosité du public pour les ouvrages moins connus, nous ne pourrons nous permettre d’explorer le répertoire oublié et c’est grand dommage car cela fait partie de notre patrimoine national ! Néanmoins je suis très heureux de faire ce Gala sur les Opéras et Opérettes Française du 19ème siècle avec 5 superbes chanteurs et aussi de mettre en scène La Fille du Tambour-Major dans le cadre des manifestations de commémoration du rattachement de la Savoie à La France.

Quelle est la raison d’exister d’un festival d’opérette en 2010 ?

C’est de faire plaisir à un public aimant ce genre musical et, dans l’absolu, d’essayer de faire venir un nouveau public qui ne connait l’opérette que par les références « ringardes » véhiculées dans les médias et le mépris affiché de nos politiques (une certaine partie du moins). Les jeunes spectateurs qui ont « osé » franchir les portes d’un spectacle d’opérette pensant aller au Musée Grévin sont ressortis avec de l’émerveillement dans les yeux et la joie au cœur, tout étonnés d’avoir passé une « super » soirée !
Vous faites appel à des jeunes talents qui souvent chantent aussi bien l’opérette que la comédie musicale. Comment les repérez-vous ?

J’adore mélanger les genres… le cloisonnement est aussi l’une des causes du vieillissement de l’opérette qui, c’est certain, doit elle aussi évoluer au même titre que le cinéma, l’opéra, la peinture, la sculpture, la mode ou .. ; la gastronomie ! Selon les rôles à distribuer je n’hésite pas à engager des chanteurs d’opéra, d’opérette de comédies musicales ou tout simplement des comédiens issus du théâtre ou de la télévision. Je me déplace beaucoup et vois environ une quarantaine de spectacles dans l’année, tous styles confondus.

Et pour l’année prochaine, quelles surprises allez-vous nous apporter ?

Personnellement, vu les difficultés à intéresser les divers publics composant notre clientèle (car même si nous sommes artistes, nous sommes aussi des commerçants, c'est-à-dire qu’il est de notre devoir de satisfaire ceux qui nous font confiance) , je serais pour élargir la programmation vers des opéra-comique légers, des comédies musicales, voire même des comédies à couplets sans pour autant négliger l’opérette telle que l’attendent ses aficionados… je vais essayer de convaincre mon jeune Président !

Quelle sera votre actualité après le Festival ?

Je dois, en autre, mettre en scène divers ouvrages : La Fille du Régiment et le Baron Tzigane à Lyon, Pas sur la Bouche à l’Odéon de Marseille, Méditerranée à Dole, ma ville natale, qui donne chaque année une opérette depuis 1976 !!!!! Et puis, il y aura peut être autre chose, les saisons se font de plus en plus tard… et bien entendu la préparation d’Aix 2011, préparation qui donne beaucoup de travail.

Avant une rentrée où bien des interrogations se pose sur un certain nombre de saisons d’opérettes en France, comment voyez-vous l’avenir de ce genre que nous aimons tant ?

C’est un peu ce que je vous répondais deux questions plus haut. Il est certain que l’opérette doit évoluer, sinon c’est une mort déclarée. J’ai été optimiste pendant très longtemps, mais je me rend compte que la situation n’est pas brillante. L’opérette est avant tout un art de divertissement et faute de moyens on lui a enlevé progressivement tout ce qui faisait son charme… On y rêve de moins en moins… Plus de ballet, plus d’orchestre « normaux » , des costumes d’entre les deux guerres (c’est moins cher qu’un costume Louis XV), un décor minimaliste (c’est très difficile de rêver devant un fauteuil… même bien éclairé !). Si l’opérette avait bénéficié de l’argent distribué largement à d’autres secteurs, elle serait encore bien vivante. A nous d’essayer de trouver la solution qui puisse lui permettre de subsister dans des conditions décentes… De toutes façons, personne ne connait l’avenir !

Merci Pierre Sybil pour cet entretien et bon festival.

Propos recueillis par Jef.
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© INF'OPERETTE et L'Opérette c'est la fête

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