Chilpéric renaît à Angers, un opéra bouffe d'Hervé retrouvé

Publié le par Jef

Chilpéric renaît à Angers, un opéra bouffe d'Hervé retrouvé

C’est l’événement de cette fin d’année. Ce n’est pas tous les ans que l’on ressuscite un des chefs d’œuvre des opéras-bouffes d’Hervé et aussi qu’une association propose une rareté avec des professionnels alors que la plupart des institutionnels ne font tourner que les mêmes opérettes. Nous avons pu joindre la présidente qui nous parle de l’association et des différents grands moments de cette aventure et Nicolas Bercet qui est revenu à la partition originale en la retranscrivant intégralement.

Bonjour Marie-Odile Lenoir, vous êtes présidente de l’Atelier Lyrique Angevin. Comment est née cette structure ?

Elle a été créée voilà 5 ans par Monsieur Jocelyn Riche, notre metteur en scène actuel. L’association a pour but la promotion du chant lyrique et sa valorisation à travers un spectacle d’opérette ou opéra-bouffe chaque année.

Quels sont vos effectifs ?

Les choristes sont en nombre variable autour de 40 selon les dates de production et la disponibilité de chacun. Les musiciens viennent d’horizons divers et l’on peut dire qu’aujourd’hui nous avons une petite formation fidèle à l’Atelier Lyrique Angevin. Ce sont des musiciens professionnels, professeurs de conservatoire ou d’école de musique de la région.

Vous travaillez avec des solistes professionnels ? Quels sont vos choix pour Chilpéric ?

La plupart sont parisiens et travaillent beaucoup dans divers théâtre.

Il n’y a pas que le coté artistique, il y a aussi tout ce qui ne se voit pas : confection des décors, des costumes, machinistes, éclairagistes. Comment vous organisez-vous ?

Les membres de l’association, essentiellement les choristes plus quelques bénévoles sur des postes clés comme le trésorier, assurent la logistique du spectacle : accessoires, costumes, décors, supports de communication, couture, bricolages….les costumes et décors sont loués essentiellement à l’association d’éducation populaire de Saint Paul Du Bois.

C’est une véritable ruche qui s’active sur 3 mois et travaille dans un esprit associatif en recherchant la qualité professionnelle que requiert le specta
cle.

Chilpéric renaît à Angers, un opéra bouffe d'Hervé retrouvé

Vous êtes une association qui a la chance de pouvoir jouer dans un grand théâtre. Comment se passe cette collaboration ?

Nos spectacles ont lieu depuis 3 ans au Grand Théâtre d’Angers. Celui-ci ayant eu connaissance de la qualité de notre travail et du remplissage de nos salles nous a proposé de louer le grand théâtre à des conditions exceptionnelles. Depuis nos spectacles profitent de ce cadre magnifique, théâtre à l’Italienne et notre remplissage est pratiquement à 90 % chaque année.

Comment est né le projet Chilpéric ?

L’idée a germé de la discussion entre le directeur artistique et Nicolas Bercet qui a fait un travail fantastique à la BNF de recopie de la partition originale et d’édition ; de travail sur les partitions des chœurs et de l’orchestre.

Chilpéric, c’est le travail de toute une année pour votre association. Quelles sont les temps forts de cette aventure ?

Une semaine pendant les congés d’automne où nous travaillons toute la mise en scène ; ces deux dernières semaines avant le spectacle où toutes les composantes sont à regrouper et mettre en harmonie, le visuel comme l’auditif !

Pour une association consacrée au répertoire lyrique léger, quels sont les défis à relever ?

Le budget et la logistique. Nous tenons le budget car toute la logistique est faite bénévolement ; Nous profitons des machinistes du théâtre et nous employons une habilleuse professionnelle. Le budget des spectacles d’opérette est conséquent à cause des très nombreux changements de costumes comme de lieux (décors) et c’est l’articulation association et professionnels qui permet de relever le défi. Les professionnels (chanteurs et musiciens) acceptent de travailler dans des conditions parfois inhabituelles mais c’est un véritable esprit de troupe qui règne dans ce travail.

Je pense que vous allez refuser du monde et que bien des amoureux des opérettes d’Hervé ne pourront venir. Mais, j’ai cru comprendre qu’un dvd serait fait pour l’occasion.

Exactement, nous avons une captation qui sera faite sur 5 séances : préG G et les 3 spectacles. Nous sommes en négociation avec un distributeur et nous espérons voir cette sortie en première mondiale ! pour le printemps.

Votre association s’est beaucoup consacrée aux opéras-bouffes d’Offenbach et maintenant redécouvre une œuvre d’Hervé, allez vous continuer les prochaines années dans la redécouverte de ces grands succès oubliés ?

Je ne peux répondre à cette question, Offenbach recèle tant de trésors…mais il y a aussi beaucoup de bijoux qui dorment…

Merci Marie-Odile Lenoir de nous faire redécouvrir ce succès du compositeur toqué.

Nous avons ensuite rencontré Nicolas Bercet, chanteur et fin musicologue qui a reconstitué la partition de Chilpéric.

Bonjour Nicolas Bercet, vous êtes pour beaucoup dans la résurrection de ce Chilpéric. Qu’était devenu le matériel d’orchestre ?

Il semble que le matériel d’orchestre ait été perdu par l’éditeur dépositaire de l’œuvre… Lorsque nous avons décidé de monter l’ouvrage, celui-ci n’a pu me fournir que des « chant-piano-conducteur » (que je possédais déjà, du reste).

Il est probable que le matériel ait été égaré (voire détruit) par inadvertance lors des regroupements des fonds des maisons d’éditions musicales dans les années 1970… C’est malheureusement le cas de nombreuses opére
ttes…

Vous avez dû revenir à la partition originale qui est conservée à la Bibliothèque Nationale. Comment avez vous eu connaissance de ce fonds et comment avez vous articulé votre travail ?

J’ai eu connaissance de l’existence de la partition manuscrite à la Bibliothèque Nationale par l’intermédiaire de Pascal Blanchet (auteur d’une thèse sur Hervé) que j’avais tout simplement contacté par les réseaux sociaux. Je remercie d’ailleurs vivement Jacques Rouchouse (auteur d’une biographie d’Hervé), car c’est grâce à lui que j’ai pu contacter Pascal Blanchet.

Est ce la partition écrite de la main d’Hervé ?

Oui, il s’agit bien du manuscrit autographe d’Hervé réalisé en 1868. Je me suis basé sur ce document pour réaliser une nouvelle édition de l’ouvrage. J’ai d’ailleurs découvert quelques inédits dans cette partition (notamment un air de Chilpéric aux accents wagnériens au deuxième acte) que nous donnerons sur la scène du Grand-Théâtre d’Angers.

Dans ces émouvantes retrouvailles avec la source de l’œuvre, j’ai également retrouvé un air de Sigebert (situé au deuxième acte) écrit en version chant-piano et dont je n’ai pas retrouvé l’orchestration. J’ai donc réalisé l’orchestration de cette pièce pour en permettre la représentation sur scène…

Egalement, tous les airs de la version de 1868 qui avaient été abrégés ou supprimés lors de la reprise de l’ouvrage en 1895 (après la mort d’Hervé…) ont été rétablis. Ainsi, les couplets de la Blanchisseuse, l’Air du Docteur Ricin ou le Duo Chilpéric-Galswinthe feront leur réapparition après près de 150 ans d’absence…

Vous avez sans doute ensuite reconstitué les parties instrumentales et chorales. Par rapport à la version que l’on connaît enregistré par l’ORTF, existe t’il des grandes différences ?

J’ai dû effectivement réaliser un petit travail de reconstitution, principalement dans les parties vocales (dans les finals notamment, les parties solistes diffèrent légèrement de celles inscrites sur les chant-piano d’époque). Pour les parties instrumentales, j’ai dû réaliser quelques « coutures » pour raccommoder les quelques « trous » d’orchestration dans de rares passages…

Par rapport à l’enregistrement ORTF de 1959, il y a parfois de grandes différences (notamment dans les actes II et III). La version privilégiée par l’ORTF (ou peut-être la seule disponible) était celle de 1895… Nous nous basons, nous, sur la première version de 1868. Dès le départ, l’ouverture est très différente. La chose la plus étonnante est certainement l’orchestration de la reprise en chœur du refrain de la « Chanson du Petit Papillon Bl
eu »…

Chilpéric renaît à Angers, un opéra bouffe d'Hervé retrouvé

Ce travail de titan vous donne t’il envie de recommencer sur une autre œuvre ?

Ce travail de reconstitution et de recherche s’impose dès que l’on veut monter un ouvrage oublié… Il est parfois compliqué de retrouver les matériels d’orchestre chez les éditeurs et le retour à la source s’impose donc. Cela permet de repartir sur des bases saines dépourvues de toutes les adaptations, arrangements et simplifications parfois douteuses accumulées au cours du temps.
Lorsque la source est introuvable, on peut essayer de se lancer dans un travail de ré-orchestration dans le style d’époque, ultime chance pour une partition de se faire représenter sur une scène de théâtre.
Pour ma part, je recommencerais ce travail volontiers pour des projets futurs. C’est une entreprise passionnante, parfois un peu fastidieuse, mais récompensée à son terme par le fait de voir chanter une œuvre oubliée, de nos jours par des chanteurs viva
nts…

Vous faites aussi parti de la distribution de ce Chilpéric. Quelle est l’ambiance avant les premières représentations ?

La troupe de l’Atelier Lyrique Angevin existe depuis 2005 et j’ai la chance et le bonheur d’avoir participé en tant que chanteur à toutes les productions. J’aurai pour ma part, le rôle de Sigebert, le frère de Chilpéric.

Nous sommes impatients de faire découvrir cet ouvrage au public angevin. Les dernières répétitions (italienne, pré-générale et générale) ont lieu en ce moment dans une ambiance idéale ! A très bientôt donc au Grand-Théâtre d’Ang
ers !

Merci Nicolas Bercet et encore bravo pour votre travail

Chilpéric renaît à Angers, un opéra bouffe d'Hervé retrouvé

Distribution

Chilpéric : Charles MESRINE
Frédégonde : Valéria ALTAVER
Galswinthe : Anne LE BRAS-BASTIDE
Le Docteur Ricin : Philippe BROCARD
Sigebert : Nicolas BERCET
Brunehaut : Caroline MONTIER
Landry : Louis ZAITOUN
Alfred : Timour SADOULLAIEV
Le Grand Légendaire : Pierre-Louis CREVOISIER
Divitiacus : Philippos VAZAKAS
Don Nervoso : David TRAINEAU
Madame Chapuis : Delphine CADET
Fana : Vanessa BERRUE

Mise en scène : Jocelyn RICHE
Choeur et Orchestre de l’Atelier Lyrique Angevin
(chef de choeurs : Christian FOULONNEAU)
Direction musicale : Rémi CORBIER



Propos recueillis par Jef
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fête

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domingo warner 17/02/2017 09:53

C'est a magnifique oeuvre d'Hervé, j'ai vu le DVD, au excellent niveau.Vous dois faire cela pour apprécier le génie de le compositeur toqué.