Benoît Duteurtre nous parle de l’avenir de l’Opérette

Publié le par Jef

Benoît Duteurtre nous parle de l’avenir de l’Opérette

Benoît Duteurtre, Nicolas Ducloux, Christophe Grapperon que nous avons accueilli dans INF’OPERETTE à l’occasion de la reprise de Phi-Phi et Philippe Cathé ont animé à la Bibliothèque Nationale de France le 7 janvier dernier une conférence sur le Renouveau de l’Opérette. C’est avec grand plaisir que nous recevons Benoît Duteurtre pour nous parler de l’opérette et de son potentiel avenir.

Bonjour Benoît Duteutre. Vous êtes bien connu du public pour votre livre sur l’histoire de l’opérette en France et pour vos émissions hebdomadaires sur France Musique. Comment vous êtes venus ce goût pour l’opérette ?

En ouvrant une armoire chez mes grands parents, où j’ai trouvé des microsillons des années cinquante : Offenbach et Messager, dirigés par Jules Gressier et chantés par Michel Dens, Liliane Berton, Camille Maurane, Martha Angelici. C’est la séduction de la musique qui m’a d’abord conquis, et son côté moderne : le surréalisme d’Offenbach, les affinités de Messager avec Fauré et Debussy.

Vous avez récemment animé une conférence sur l’avenir de l’opérette. Est-ce qu’elle en a toujours un ?

Il n’y a pas vraiment lieu d’être optimiste. Sauf que... Les baroqueux, certains théâtres comme l’Opéra Comique semblent décidés à faire revivre le meilleur de ce répertoire, au gré des possibilités, certes trop rares. Les petites troupes existent aussi et n’ont pas peur des redécouvertes. Le drame, c’est que tout le réseau des opéras de province a presque abandonné ce répertoire depuis vingt ans – ce qui nuit au métier, au savoir faire. Le nombre d’ouvrages montés chaque année se réduit comme une peau de chagrin.

Benoît Duteurtre nous parle de l’avenir de l’Opérette

L’opéra aussi est mort. Ce ne sont pas les quelques commandes publiques qui prouvent la vigueur du genre. Cependant, l’opéra est toujours représenté. L’opérette aurait elle manqué l’aggiornamento qu’a connu l’opéra dans les années 1970 en France ?

C’est vrai, mais la situation est moins mauvaise qu’il y a dix ou vingt ans. L’opérette ne passe plus pour un genre ridicule. Nombre de chefs d’orchestres venus du classique sont désireux de l’intégrer à leur répertoire : Marc Minkowski, Hervé Niquet, Alain Altinoglu, Benjamin Lévy... Intellectuellement, nous sommes sur une pente ascendante. La difficulté est que cela se traduise dans les programmations qui, elles, sont encore sur la pente descendante.

Il y a aussi un choix politique qui a condamné le genre dans de nombreuses villes malgré la popularité de l’opérette. Les théâtres lyriques de province ont peu à peu banni l’opérette de leur saison à partir des années 1990 sans forcément qu’il y ait plus d’opéras dans leur programmation d’ailleurs. Que sait-il passé à cette époque ?

Comme souvent, dans l’histoire de France, la province a fait la même chose que Paris, avec quelques années de retard. Les derniers théâtres qui possédaient encore une tradition d’opérette l’ont abandonnée au nom de la modernité. Les nouveaux directeurs ont voulu absolument adopter un modèle international, tournant autour du grand répertoire et des mises en scènes branchés. Aujourd’hui, nombre de bons artistes ont envie de redécouvrir l’opérette, mais il y a un décalage avec les élus, les responsables culturels et la bourgeoisie, qui croient encore que c’est une vieille chose, un peu démodée

Maintenant, l’opérette est quasi absente des programmations des théâtres lyriques. Elle se résume à quelques titres d’Offenbach, de Léhar et de Lopez. Cependant à Paris, la Compagnie les Brigands propose une opérette par an à l’Athénée avec tout le succès que l’on sait. Jean-Luc Choplin programme au Châtelet des comédies musicales américaines qui attirent un public nombreux. Malgré ce triste constat en province, est-ce le signe d’une renaissance dans la capitale ?

La présence des brigands à l’Athénée est une des meilleures nouvelles pour l’opérette ces dernières années, même si cela ne suffit pas. J’admire aussi beaucoup Jean-Luc Choplin etle travail qu’il fait pour la comédie musicale américaine au Châtelet. Ma seule tristesse est qu’on ne mette pas des moyens équivalents pour l’opérette, qu’elle n’ait pas droit elle non plus à des productions riches, étalées des périodes suffisamment longues. Mais il faut dire que le Châtelet n’est pas forcément le meilleur lieu pour cela. Par sa taille, il est surtout adapté aux opérettes à grand spectacle qui ne sont pas forcément les plus urgentes à remonter. Pour l’essentiel du répertoire, il faudrait un théâtre moyen, du format des Bouffes Parisien, où l’on puisse faire revivre Offenbach, Lecocq, Messager, Yvain, Hahn.

Benoît Duteurtre nous parle de l’avenir de l’Opérette

L’ANAO le demande sans succès depuis sa création. Un théâtre spécifique à l’Opérette devrait-il être créé à Paris ?

L’idéal serait une alliance théâtre privé/Etat/Ville de Paris dans un projet de ce genre. Mais ce n’est possible ni politiquement, ni budgétairement, tant que les pouvoirs publics ne considèrent pas l’opérette comme prioritaire. Paris est pourtant la ville de l’opérette. Un tel théâtre aurait un sens historique, et une vraie originalité ; mais on préfère aujourd’hui faire la même chose que dans toutes les grandes villes du monde.

A Budapest, le théâtre d’opérette présente aussi bien des standards de Kalman ou de Lehar et Roméo et Juliette de Presgurvic montées dans les mêmes conditions et attirant le même public. La comédie musicale, très populaire depuis Notre-Dame de Paris, est-elle une chance pour l’opérette ?

Pour moi, il n’y a pas grand chose de commun entre ces répertoires. L’opérette française est fondée sur le théâtre, l’insolence, le raffinement musical. Tout le contraire de Notre Dame de Paris et de ces comédies musicales à grands sentiments et à grand spectacle. Evidemment on pourrait imaginer que l’un et l’autre soient complémentaires, et permettent de revivifier le théâtre musical populaire. Ce qui m’ennuie, c’est surtout cette façon de chanter, très outrée, très variété américaine, qui est aux antipodes du chant français d’opérette, fondé sur la ligne et sur le texte.

Les grandes surprises viennent parfois de troupes d’amateurs qui représentent des œuvres oubliées (Jeanne qui pleure et Jean qui rit d’Offenbach par le Groupe Lyrique, La Princesse de Trébizonde par les Tréteaux Lyriques, Pampanilla de Rys par les Palétuviens). Ces nombreuses initiatives prouvent-elles que le genre est resté populaire ?

Je ne doute pas en tout cas qu’il continue à revivre, en attirant continuellement de nouveaux passionnés, friands de découvertes. Je constate moi même que le public de mon émission est très divers. Des vieux passionnés aux jeunes attirés par l’esprit et l’humour musical. Reste à savoir si les pouvoirs publics, qui ont toujours joué un rôle central dans la vie artistique française, le considèrent ou non comme un patrimoine à part entière.

Merci beaucoup pour cet entretien et pour le plaisir que vous nous donnez chaque semaine sur France Musique.

Propos recueillis par Jef
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