Barbe Bleue au 13e festival de Bruniquel

Publié le par Jef

Barbe Bleue au 13e festival de Bruniquel

C’est l’âge de raison pour le festival de Bruniquel et pourtant, avec Offenbach, la joie, le plaisir, le bonheur surpasse heureusement la raison. Cette année, u 23 juillet au 11 août, c’est Barbe bleue qui va enchanter les heureux festivaliers du Tarn-et-Garonne. Franck T’Hézan a eu la gentillesse de nous recevoir.


Bonjour Frank T’Hézan, vous voilà parti pour un nouvel été Offenbach à Bruniquel.
Comment est né ce festival
?

Le Festival est né en 1997.
Au départ, j’avais simplement souhaité mettre en scène la bouffonnerie moyenâgeuse d’Offenbach « Croquefer », dans le décor naturel des Châteaux de Bruniquel.
La pièce connut un succès réel. On ne pouvait pas s’en tenir là.
En 1998, ce fût « Tromb ala ca zar ».
Les années suivantes, petit à petit, d’autres évènements liés à l’Art Lyrique ou au Théâtre Musical vinrent colorer la programmation. De façon naturelle, le Festival a germé au fil des premiers étés, puis n’a cessé de se déve
lopper.

Cette année, c’est Barbe Bleue qui va enchanter les festivaliers. Que va apporter Frank T’Hézan comme metteur en scène ?

Quelques « thézaneries », comme Robert Pourvoyeur aimait à le dire. Sans doute, il y en aura.

Une trentaine de figurants, une dizaine d’enfants et une quinzaine de rôles vont se rencontrer dans le décor naturel des Châteaux.

Mais, l’essentiel reste toujours de raconter une histoire. Une histoire humaine.
Le travail des personnages avec les acteurs (chanteurs) est un point important dans la mise en scène.
Que chacun puisse nourrir le personnage qu’il interprète avec nuance et complexité.
Rien n’est définitivement tranché quand il s’agit de définir un caractère. Souvent, les contraires se font face. C’est ce que nous recherchons dans l’étude des personnages.
Par ce travail, nous souhaitons renvoyer au public, les facettes contradictoires de notre humanité ; facettes qu’il aime tant reconnaître.
C’est là, tout simplement, la source identitaire de la comédie. C’est là aussi, la matière qui est toujours traitée par les librettistes d’Offenbach. C’est aussi pour cela que ses pièces ne vieillissent pas.
Hélas, nous manquons parfois de temps pour mener ce travail jusqu’au bout mais il est chaque fois mis en œuvre et développé.

En ce qui concerne le reste, ce n’est qu’une question de moyens financiers. Il est vrai cependant, que nous améliorons chaque année la facture de nos décors, avec des équipes de décorateurs de plus en plus structurées.
Les éclairages de Marion Jouhanneau sont préparés avec beaucoup d’attention.
Nous aurons, pour cette pièce de Barbe Bleue, 70 costumes (Maison madrilène « Cornejo ») préparés par Guillaume Attwood, …avec la complicité de mon ami Pierre-Jean Larroque.
J’ai la chance et le bo
nheur d’être très bien entouré...

Et comme chanteur ? Le roi Bobèche n’est-il pas plus comédien que chanteur d’ailleurs ?

Effectivement. Cela me ravit. Je ne prends plus de risque sur Bruniquel.
Le travail de préparation du spectacle et du festival en général, est devenu littéralement harassant. Surtout quand on porte une multitude de casquettes sur la tête.
Un rôle de comédien sous les murs des Châteaux me semble plus raisonnable.
Interpréter est une fin. Pour moi, chanter reste un des m
oyens.

Vous bénéficiez d’un chef d’orchestre de choix, spécialiste, historien et musicologue du maître de l’opérette. Quelle partition va-t’il proposer ? Quelques ensembles inédits, quelques airs oubliés, j’espère !

Mon ami Jean-Christophe Keck souhaiterait que l’on joue des intégrales.
Cela ne me déplairait pas non plus.
Mais à Bruniquel, le spectacle doit durer 2 heures au grand maximum, car la configuration du lieu n’est pas propice à de véritables entractes et la Table d’Hôtes suit, vers 23h30.
C’est toujours très difficile de lui faire accepter des coupures dans ses éditions (OEK - Boosey and Hawkes) et je le comprends. Heureusement, on finit toujours par trouver des compromis. Je sais qu’il les accepte la mort dans l’âme. Je prends cela comme une preuve d’a
mitié.

Frank T'Hézan

Frank T'Hézan

Le bonheur est là. Bruniquel c’est Offenbach, mais c’est aussi la fête et la convivialité. Quel est l’ambiance de ce festival ?

« Le bonheur est là » phrase récurrente des livrets mis en musique par Offenbach, est la formule la plus simple, pour présenter le Festival des Châteaux de Bruniquel.
Les bruniquelais disent : « Le Festival Offenbach ! » en faisant joyeusement résonner le phonème « ach ». En les entendant, je ressens tout ce qu’ils expriment en le disant.
Ce n’est pas seulement l’œuvre d’Offenbach qui brille dans leurs yeux.
C’est aussi un bonheur. Celui d’en faire partie. Celui de se retrouver, avec le public, les artistes, les bénévoles et de passer 3 semaines d’une intensité exceptionnelle, de travail mais aussi de simplicité et d’échanges humains.
Le Festival rassemble des personnes de différents âges, venant de milieu sociaux très différents. Toutes et tous vont dans le même sens. Le bon sens ; pour créer dans le village, un vrai moment de bonheur, celui où il faut que la réussite soit partout.
Cette ambiance exceptionnelle est l’identité du festival. Je ne saurai dire la recette.
C’est quelque chose qui nous échappe. C’est tout simplement les bonnes personnes, qui se retrouvent au bon endroit et au bon moment. C’est quasiment alchimique.
Après l’attention soutenue des répétitions et des spectacles, les Tables d’Hôtes qui réunissent tous les participants et le public sont très attendues. Elles sont préparées par les producteurs locaux (Ferme de Calvignac et Vins des Coteaux du Quercy).
Un vrai moment de détente et de simplicité. Le reflet exact de l’ambiance génér
ale du Festival.

Et puis, il y a aussi des concerts apéritifs et un stage de chant. Que servez-vous dans ces concerts et qui sert ? Le stage de chant est-il l’occasion de faire la connaissance de nouveaux talents ?

Tous les concerts sont offerts au public. Que ce soit à Montauban, Place Nationale, à Montech ou bien à Caussade et à Bruniquel avec en prime le verre de l’amitié avant de se quitter.
Le programme de ces concerts est différent à chaque fois.
opéra, opérette, mélodie, comédie musicale, music hall… La Troupe composée d’une dizaine de chanteurs aux caractères bien trempés, permet de proposer aux publics des programmes très éclectiques présentés par Jean-Christophe Keck.
(Anaïs Constans – Maryline Fallot – Till Fechner – Isabelle Fleur – Jeanne Marie Levy – Frédéric Mazzotta – Jean-Louis Meunier – Aude Sardier –Frank T’Hézan – Michel Vaissière – Piano : Yoshiko Moriai)

Cette année, le stage est proposé par la soprano Nicole Fournié.
Il s’adresse à des chanteurs de niveau amateur ou préprofessionnels.
Nous espérons y découvrir de jeunes stagiair
es prometteurs.

Les célèbres tables d'hôtes

Les célèbres tables d'hôtes

Vous êtes le seul festival d’opérette à proposer des produits dérivés (dvd, mugs, casquettes, tee-shirts). Est ce une manière de plus d’attirer un autre public que le public traditionnel des salles de concert ?

La logique est plutôt inverse.
Ces produits dérivés existent parce que le public nous les a réclamés.

A Bruniquel, nous avons dans le public, beaucoup de connaisseurs.
Mais il est essentiellement constitué de profanes.
Beaucoup de familles ou, des sorties entre amis.
Notre objectif a également une dimension pédagogique :
Le genre lyrique/opéra bouffe est pour le novice, une approche privilégiée vers le répertoire classique et le patrimoine musical français.
En regroupant les habitants autour du projet et en proposant des prix attractifs à notre public (avec notamment l’entrée libre pour les enfants à tous les spectacles, 4 apéritifs concert gratuits, entrée libre dans le Château Médiéval pour le concert de clôture du Stage), le festival crée les conditions favorables pour l’accès du plus grand nombre à la culture.
Par son triple caractère culturel - artistique, historique (avec le Château) et régional (avec les producteurs des Tables d’Hôtes) - il donne la priorité à la curiosité et aux découvertes culturelles plutôt qu’à la consommation culturelle.
Personne n’ignore plus à présent, en Pays-Midi Quercy ce qu’est un Opéra Bouffon, un ténor, une basse ou une soprano. Nous sommes gagnants lorsqu’un spectateur nous dit que maintenant qu’il sait ce qu’est un ouvrage lyrique (que ce n’est pas ennuyeux, que l’on peut tout comprendre et en tirer des plaisirs certains), il réservera l’hiver prochain des places au Théâtre du Capitole de Toulouse.
Nous sommes encore gagnants quand des spectateurs qui ignoraient tout de notre genre artistique il y a seulement 2 ou 3 ans, demandent aux artistes de leur interpréter tel ou tel extrait d’un opéra. Nous sommes toujours gagnants quand ces mêmes spectateurs usent de leurs fraîches références, pour étayer leur avis sur nos productions – en comparant les artistes ou les spectacles d’une année su
r l’autre, par exemple.

Après Bruniquel, quelle est votre actualité ?

Je suis très heureux de rejoindre un grand nombre d’artistes amis, sur la production « L’Homme de la Mancha » mis en scène par Jean-Louis Grinda au Théâtre du Capitole.
J’ai plusieurs fois travaillé avec Jean-Louis, et toujours avec un grand plaisir, tant pour l’ambiance, justement, que pour la qualité de son travail et la beauté de ses production
s.

Avant une rentrée où bien des interrogations se posent sur un certain nombre de saisons d’opérettes en France, comment voyez-vous l’avenir de ce genre que nous aimons tant ?

Hélas, je ne peux que constater.
Ce que j’ai remarqué, c’est que le public jeune et novice, n’a aucun à priori sur ce genre.
Ce jeune public est plutôt très enthousiaste, chaque fois qu’il découvre l’Opérette ou l’Opéra Bouffon.
Aucun doute ! Ce genre est excellent. Le public est tout simplement à reconquérir.
Qu’il vienne une fois et il reviendra ! C’est notre credo, …à Bru
niquel !

Merci Franck T'Hézan pour cet entretien et bon festival 2010.

Distribution

Direction Musicale : Jean Christophe Keck
Adaptation, Mise en Scène : Frank T'Hézan
Chorégraphie : Julie Moryoussef
Ensemble Orchestral : Patrick Couffignal

Saphir : Jean-Louis Meunier
Fleurette / Hermia : Aude Sardier
Boulotte : Jeanne-Marie Lévy
Popolani : Michel Vaissière
Comte Oscar : Till Fechner
Barbe Bleue : Frédéric Mazzotta
Bobêche : Frank T'Hézan
Alvarez : Vincent Vellas
Le page du Roi : Thibaut T'Hézan
Clémentine : Marilyne Fallot
Héloïse : Isabelle Fleur
Eleonore : Anaïs Constans
Isaure : Marie-Josée Lespes
Rosalinde : Anne-Lise Panisset
Blanche : Véronique David


Propos recueillis par Jef.
Tous droits réservés.
© INF'OPERETTE et L'Opérette c'est la
fête

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