André Dassary

Publié le par Jef

André Dassary

Ce n’est pas la dernière interview d’André Dassary que je vous propose mais un entretien avec Jacqueline, une passionnée, grâce à qui la mémoire du chanteur basque est toujours vivante. Proche d’André Dassary, elle a pu recueillir de nombreux enregistrements ou écrits laissés par ce dernier nous éclairant sur sa carrière.


Bonjour Jacqueline, nous allons essayer d’en connaître un peu plus sur un des trois chanteurs les plus populaires de l’après guerre.

Vous voulez parler des 3 ténors sans doute.
Luis Mariano le basque du Sud magnifique voix et grande gentillesse.
Georges Guétary le Grec, (Lambros Worloou) belle voix, bel homme, très travailleur.
Et enfin ANDRE DASSARY basque du nord généreux et la plus belle
voix.

André Dassary a écrit lui-même quelques pages pour raconter sa vie et je vais vous en rapporter quelques détails en répondant à vos questions.

André Dassary est d’origine basque. Quel a été sa jeunesse ? de quel milieu venait-il ?

Les parents d'André Dassary étaient employés des postes à Licq Atherey dans le pays Basque profond en pays Souletin. André à l'âge de 4 ans voit partir son père à la guerre. Sa mère devient receveuse principale de la poste de ce village. A la fin de la guerre ils rentrent à Biarritz ville ou il est né. André est un enfant, parait-il un peu turbulent au contact des enfants d'un quartier populaire.

André Dassary - "La seule chose qui me fit du bien, c'est d'être aller au patronage de ma paroisse de l'église Saint-Eugénie"

Après bien des petites péripéties de gamin, ses parents le mettent pensionnaire à Bordeaux à l'école Saint-Genès. Il restera 8 années.

A.D. " Je suis sur que c'est là, le premier carrefour qui me fait prendre une route que je n'aurai jamais prise, si j'avais été un enfant sage et obéissant. Lors d'une fête de mon école, je monte sur une table et à la demande de l'aumônier, je chante "En passant par la Lorraine". C'est du délire. Du coup, tout le monde me trouve gentil. J'avoue que par la suite, de savoir en pousser une, me servira toujours !..." Je dois dire que ses 8 années de pensionnat m'ont vraiment marqué. J'ai appris à devenir un homme dans la droiture, l'honnêteté, la franchise, la bonté, l'indulge
nce, le pardon.

Football, rugby, gym, préparation militaire et chant sont au programme. Après 8 années il sort diplômé de comptabilité.

A.D. " Je pars à Londres dans un grand hôtel "Le Savoy". Je connais plusieurs postes et pratique l'anglais. Je joue aussi au rugby. En même temps, c'est là que je fais mon premier enregistrement. Un camarade du Savoy, loufiat comme moi, chantait aussi un peu comme moi. Il me raconte qu'il avait fait un enregistrement de disque au coin du Strand à côté de Charing Cross station. Il m'y emmena et là je chantais le rêve de Des Grieux de Manon. J'expédiais cela à mon père qui avait une très jolie voix et qui chantait ce morceau à la fin des banquets et des repas de familles.

1930 me voit revenir à Biarritz où je prends du service dans l'hôtellerie à l'Hélianthe et où je fais la comptabilité, la réception, le téléphone, puis à Saint Sébastien à l'hôtel Maria-Christina. Je pratique plusieurs sports. Je joue au rugby, 2ème du BO (Biarritz Olympique) comme arrière. Mon père est président de la commission de rugby du B.O. Je fais aussi partie d'une chorale, Je chante beaucoup et souvent et pour tout le mo
nde."


Comment André Deyhérassary est il passé du sport à la chanson ?

André qui pratique beaucoup de sports décide de monter à Paris pour apprendre le métier de kinésithérapeute. Il joue au rugby demi-d'ouverture au PUC.

André retrouve à Paris un ami qui vient d'entrer à l'opéra et il l'emmène à sa professeur de
chant Madame Fourestier qui l'entend comme ténor et non comme baryton comme il le croyait. De retour à Bordeaux il s'installe professeur d'éducation physique.

Il travaille au conservatoire et obtient ses premiers prix de chant : Opéra, Opéra comique et Opérette. Il devient masseur de l'équipe de France aux jeux universitaires de Paris 1936.
A Paris il retrouve ses copains du quartier latin qui le font s'engager dans un radio-crochet à "Radio-Cité". Il gagne. Il est entendu par Danielle Darrieux et Pasquali qui le présente à Ray Ventura qui cherche un soliste. Il est engagé
sur le champ.

André Dassary commence sa carrière avec Ray Ventura et son orchestre. Quels sont les grands moments de cette collaboration ?

Ray Ventura le baptise. André Deyhérassary devient ANDRE DASSARY. Il y reste 3 ans et 2 films 1938 "Feux de joie" et 1941 "Tourbillon de Paris"

A.D. : " Hélas la guerre est là, mobilisé dans une ambulance de corps d'armée avec des amis, je monte une chorale avec quelques belles voix des Pyrénées. Le général de corps d'armée me félicite. Je serai versé aux théâtres des armées. Un jour d'attaque Allemande nous chantons à Vouziers. Quelques jours plus tard je suis fait prisonnier à Saint-Dié. La semaine après, je suis parqué avec quelques autres à Strasbourg à la caserne Gendron. Un orchestre est monté, les décors sont bâtis, la musique est trouvée sous l'égide d'un prêtre l'abbé François. Tous les jours c'est la revue "Les marchands d'oublis".

Il devient vraiment célèbre après son retour de captivité en 1940. Plusieurs créations d’opérettes tant à la Gaité-Lyrique qu’au Châtelet. Comment en est-il venu à l’opérette ?
André chantait à "L'Européen" derrière Georgette Plana

A.D. : " De retour de captivité, je reprends la vie de chanteur. L'orchestre de Ray Ventura ayant disparu, je prends un tour de chant et passe dans les cabarets : Le bœuf sur le toit, Le lido, Chez Carrère, Bagatelle. Je passe en numéro 2 à l'Européen avec Georgius comme vedette. C'est là que Georges Hirsch vient me chercher pour créer une opérette à la Gaîté Lyrique "L'auberge qui chante" en 1941.
J'ai une place en 6ème position sur l'affiche sous Laverne, Boucot, Nina Miral, Madeleine Mathieu et Odette Moulin. Le lendemain de la générale toutes les affiches sont refaites avec ANDRE DASSARY seul au dessus du titre entouré de qualificatifs : - la révélation du siècle - Le ténor à la voix d'or. J'ai 9 airs que je bisse à chaque représentations : Viens mon seul amour c'est toi devient la chanson la plus populaire de France. Des milliers d'auditeurs la demande chaque dimanche matin dans l'émission " les disques demandés " Je passe en vedette à " L'ABC"(dans le programme d
ébute Yves Montand)

Il y a aussi l’épisode de la fameuse chanson à la gloire du Maréchal Pétain. Incident de parcours, naïveté de jeunesse ? Beaucoup critiqué après la guerre, comment André Dassary a-t-il vécu cette situation ?

Il faut se remettre dans le contexte de l'époque, juin 1941 l'occupation, la pression sur les juifs, les rafles... André Dassary accepte d'interpréter ce chant pensant avec juste raison qu'il détournerait les soupçons sur l'organisation, avec ses amis basques, du passage clandestin de la frontière espagnole. A la libération, il reçoit les compliments du Général Leclerc. Il recevra plus tard la légion d'honneur.


Et puis, en 1946, il crée Chanson Gitane de Maurice Yvain qui est le gros succès de la Gaité-Lyrique d’après guerre. Comment s’est passée cette création ? Des anecdotes ?

La plus belle des opérettes. Sa partenaire Maria Murano vient de l'opéra. André devient son parrain et tous deux parcourent le monde avec cette œuvre : La France, le Canada, l'Afrique du nord la Belgique. C'est en quittant Bruxelles pour Angers pour présenter cette pièce qu'André a un très grave accident de voiture à Frameries. Le rond-point où a lieu cet accrochage en 1953 porte son nom. Après sa convalescence il retourne au théâtre Royal de Bruxelles, le public lui fait un triomphe. Le repos forcé de sa voix lui rend celle-ci encore plus claire. Les critiques ne trouvent plus de superlatifs : Il mène sa voix comme il veut tant dans la puissance que dans la douceur. Sa technique vocale est un modèle du genre, ses demi-teintes sont inégalables, son souffle est inépuisable. Sa voix est digne de Favart. André Dassary jouera cette opérette plus de 3600 fois. Le trio du petit poney est trissé tous les soirs. Il reprendra jusqu'a cinq fois le grand air principal. Il triomphe.

L’ingénue de Londres et Symphonie portugaise n’ont pas eu le même succès. Pouvez vous nous parler de ces productions ?

L'Ingénue de Londres 1946. et Symphonie Portugaise 1949. Il va défendre Symphonie Portugaise en Belgique et à Montréal. Sans être superstitieux, il est frappé par la mort dans cette pièce de son ami Henri Montjoie le directeur de la Gaîté Lyrique, d'Ambreville et Marcelle Monty ses partenaires. Restent les enregistrements des principaux airs.

Outre l’opérette, André Dassary a été aussi une vedette de la chanson et du cinéma ? Comment a-t-il marqué ses deux disciplines ?

En 1947 il est la vedette du film "Le Mariage de Ramuntcho", premier film français en couleurs naturelles. Ce film se tourne en 1946 au Pays Basque dans le village d'Iholdy et se terminera aux studios de la Victorine à Nice. On reconstruira les décors tout à fait identiques de la place de ce village. On emmènera des camions de terre locale pour avoir bien la couleur du pays Basque dans le film, tout ça parce qu'il pleut et que le film doit être terminé.

Avec ce film, André sera la vedette du festival de Cannes en 1947. Il ira le présenter à Bruxelles et à Montréal. Son nom grandit dans le monde du music-hall et dans le milieu lyrique.

On lui demande de reprendre le rôle de Fritz dans la grande Duchesse de Gerolstein à l'Opéra de Monte Carlo. André laisse aller sa nature de fantaisiste. Il fait une très bonne reprise de cette œuvre. On lui propose l'opéra comique mais il décline cette proposition.
Maurice Lehmann administrateur de l'Opéra de Paris lui propose "Carmen" il préfère rester dans l'Opérette. L'Amérique le demande. Il va jouer pendant 3 ans "Chanson Gitane" "Symphonie Portugaise" et "l'Auberge qui chante". Il y retourne un an après avec un tour de chant de 29 chansons, il termine par "pourquoi de me réveiller" de Werther.
Il triomphe.


En 1955, il effectue son grand retour au Châtelet dans une opérette de Francis Lopez « La Toison d’Or ». Quels étaient ses rapports avec le compositeur ? Des anecdotes sur cette production ?

Cette opérette créée le 18 décembre 1954 est tirée roman de son ami Pierre Benoît, qui demeure à Ciboure au Pays Basque. Francis Lopez est basque aussi et tout le monde se comprend. Avec cette pièce il va battre le record d'entrées et de recettes au Capitole de Toulouse. La ville lui offre une médaille sur laquelle est marquée "ANDRE DASSARY CHAMPION DU CAPITOLE" La route qui chante 1957 au cirque Médrano laisse une chanson souvenir et des photos.

En 1958, il récidive mais avec une opérette sur un montage d’airs de Franz Lehar « Rose de Noël ». Là encore, un gros succès. Maurice Lehmann a fait trois fois appel à ses services pour son prestigieux théâtre. Quels souvenirs gardaient ils de ce directeur, de la salle du Châtelet et de cette très belle opérette ?

C'est le professeur Rekaï, ami de Franz Lehár, mort dix ans auparavant qui retrouve ces morceaux de musique. L’impératrice Sissi et le comte Michel Andrassy sont les protagonistes de l'histoire. Une anecdote :
A.D. : " Je sors du prologue ou je viens de chanter mon premier air et fou de joie de l'énorme succès, je prends dans mes bras la première danseuse qui se trouve là en attendant son entrée en scène. Tout est dans le noir car on prépare le lever de rideau du premier acte. Le lendemain et les jours suivants la fille est là et en sortant du prologue je continue ma tradition et un soir, dans le noir, j'ai embrassé un pompier
!"


André Dassary a aussi parcouru la France entière et la Belgique avec des tours de chansons et des tournées d’opérettes jusque dans les années 1970.

Dans les années 70 à 80 André présente un tour de chant pour son public qui l'avait toujours suivi avec des chansons bien choisis pour nos aînés.

Il aussi enregistré de nombreux disques d’opérettes dont certaines n’avaient pas été créés par lui ou joué sur scène comme Méditerranée, Le Pays du Sourire, Frasquita ou La Veuve Joyeuse. Quels étaient vraiment ses goûts musicaux ?

André avait été choisi pour créer "Méditerranée " mais une mésentente avec Maurice Lehmann l'a privé de cette création. André excellait dans ces ouvrages et il aimait les chanter.

Quels regards portait-il sur sa carrière ? Quels étaient ses meilleurs souvenirs ?

André aimait beaucoup chanter mais ses meilleurs amis étaient surtout des sportifs : rugby, cyclisme, boxe. Un regret, ne pas avoir accepté "Etoiles des neiges" pensant que cela ne ferait pas de succès !!! En 1982 André se retire à Biarritz, il retrouve ses copains de jeunesse et il passe de bons moments avec eux. Il est présent à quelques joyeuses manifestations locales.

Vous entretenez son souvenir à travers de nombreuses expositions. Pour le centenaire de sa naissance, quels vont être les moments marquants du souvenir du grand chanteur (expo, cd, dvd ?) ?

Un coffret de 6 CD de reprises de tous les enregistrements "Véga" est en préparation chez "Marianne Mélodie" Matthieu Moulin le directeur artistique de cette maison aime beaucoup ANDRE DASSARY. Un premier coffret de 4 CD contient tous ces enregistrements du début jusqu'aux années 1950. Le livret accompagnant ce coffret est une copie des documents que je possède écrits par André. La presque moitié des chansons sont également ma propriété et les interview aussi.

Il serait fabuleux qu'une exposition se fasse à Paris pour lui rendre un grand hommage mais il faut pour cela des relations où des connaissances qui appuient cette espérance. Hélas pour moi ! Je suis prête à réaliser ce rêve. J’en ai déjà fait une dans sa ville natale Biarritz avec bien du
mal.


Merci beaucoup Jacqueline de nous avoir parlé de ce chanteur que beaucoup d’entre nous apprécient encore.

Vous retrouverez André Dassary et Jacqueline sur un site internet entièrement dédié au ténor basque à andre-dassar
y.com


Théâtrographie


1941

Gaîté-Lyrique
L’Auberge qui chante (Richepin)
M. Mathieur, G. Mey, H. Laverne.

1942
Châtelet
Valses de France (Divers)
L. Grandval, M. Perchick, M. Dinay.

1946
Ambigu
L’ingénue de Londres (Blareau et Muscat)

Gaîté-Lyrique
Chanson Gitane (Yvain)
M. Murano, A. Mestral, Rogers, M. Hotine.

1948
Gaîté Lyrique
Symphonie Portugaise (Padilla)
G. Roger, Rogers, J. Morey.

1954
Châtelet
La Toison d’Or (Lopez)
C. Riedinger, L. Lupi, Pierjac.

1958 :
Châtelet
Rose de Noël (Lehar)
N. Broissin, D. Tirmont, R. Bredy, H. Chanaron, H. Bedex.

1964
Toulouse
Sauté aux prunes (Breffort)

Discographie


BLAREAU et MUSCAT
L’ingénue de Londres
A. Dassary

FRIML
Rose-Marie
A. Dassary, M. Claverie. D.m.: R. Legrand.

LEHAR
Frasquita
A. Dassary, M. Murano, N. Broissin, A. Doniat. D.m.: M. Cariven.

Le Pays du Sourire
A. Dassary, N. Broissin, R. Brédy, S. Clin. D.m.: H. Killer.

Rose de Noël
A. Dassary, N. Broissin, R. Brédy, D. Tirmont. D.m.: F. Nuvolone.

La Veuve Joyeuse
A. Dassary, N. Broissin. D.m.: H. Killer.

LOPEZ
Méditerranée
A. Dassary, C. Dumas, A. Patrick. D.m.: J.C. Hartmann.

La Toison d’Or
A. Dassary, L. Dachary, L. Lupi. D.m.: P. Bonneau.

PADILLA
Symphonie Portugaise
A. Dassary

RICHEPIN
L’Auberge qui chante
A. Dassary

ROMBERG
Le Chant du Désert
A. Dassary, M. Altéry. D.m.: R. Legrand.

SCOTTO
Violettes Impériales
A. Dassary, N. Broissin, R. Bredy, S. Clin, F. Betti. D.m.: M. Cariven.

STRAUS
Rêve de Valse
A. Dassary, L. Dachary, C. Muzart, G. Godin. D.m.: H. Killer.

YVAIN
Chanson Gitane
A. Dassary, M. Murano, G. Mey, A. Mestral, L. Berton. D.m.: M. Cariven.

Propos recueillis par Jef
Tous droits réservés.
© INF'OPERETTE et L'Opérette c'est la fête

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